Publié le 26 décembre 2007

ENVIRONNEMENT

Allemagne : un certain décalage entre discours et réalité

Le géant allemand de l'énergie E.on prévoit la construction, à Anvers, de la plus grande centrale thermique belge fonctionnant au charbon. Elle sera installée sur les terrains de la multinationale chimique allemande Bayer, qui achètera une partie de l'électricité produite. Le projet a aussitôt suscité une levée de boucliers chez les ONG, qui dénoncent l'exportation de technologies polluantes et obsolètes par des acteurs industriels communiquant volontiers sur leurs programmes de protection climatique.

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Pas moins de 3 centrales au charbon vont être construites par le leader d l'énergie E.on. En plus du port d'Anvers, deux autres centrales doivent également voir le jour sur les sites Bayer de Krefeld et de Brunsbüttel, en Allemagne cette fois. Selon la Coordination contre les méfaits de Bayer, la centrale de Krefeld devrait émettre 4,4 millions de tonnes de CO2 par an, celle d'Anvers à peu près 6 millions. Pire, ces centrales devraient utiliser du charbon en provenance d'Amérique du Sud et d'Australie, entraînant, via le transport du charbon, une augmentation des taux d'émission des nouvelles centrales.

Exclusion des fonds ISR

« Nous dénonçons l'exportation de tels « assassins du climat » par des entreprises allemandes, qui osent de surcroît prétendre ainsi contribuer à sa protection. Le rendement énergétique de la centrale en projet serait d'environ 46%, c'est à dire que plus de la moitié du charbon serait brûlée en pure perte, » s'insurge Philipp Mimkes, de la Coordination contre les méfaits de Bayer. Pour le défenseur de l'environnement, la construction de nouvelles centrales au charbon va à l'encontre du programme annoncé en grande pompe par le groupe Bayer : "Comment Bayer veut-il protéger le climat s'il mise sur la technologie la plus polluante? »

De fait, le groupe Bayer a annoncé en novembre dernier, devant un parterre de journalistes invités au siège de Leverkusen, un programme d'investissement s'élevant à un milliard d'euros sur les trois prochaines années en faveur, précisément, de la lutte contre le réchauffement climatique. « Nous sommes conscients que nous sommes des émetteurs de gaz à effet de serre. C'est pourquoi nous nous efforçons de diminuer les émissions de CO2, » avait alors déclaré Werner Wenning, le PDG de Bayer.

Bayer s'est engagé à réduire de 25% ses taux d'émission de CO2 d'ici 2020, par exemple en réduisant le nombre de voyages d'affaires effectués en avion, ainsi qu'en introduisant dans sa flotte automobile des véhicules fonctionnant au gaz naturel. Par ailleurs, le groupe prévoit également la construction d'un immeuble de bureaux sans émission en Inde. Parallèlement, le groupe pharmaceutique veut également renforcer ses programmes de recherche chez des végétaux susceptibles d'être utilisées pour la production de carburant bio.

De fait, le groupe chimique fait partie du « Climate Leadership Index », un indice qui classe les entreprises en fonction des programmes en faveur de la protection du climat, ainsi que de huit autres indices durables. En raison de la publication annuelle de rapports durables, notamment sur le climat, Bayer est également présent dans quatre fonds ISR. Et en décembre dernier, le groupe s'est vu décerné le «Low Carbon Leader Award», un prix qui récompense des entreprises pour leur politique de réduction d'émission de CO2.

Or, certains experts dénoncnt le décalage entre les programmes annoncés des actions menées sur le terrain - qui se font alors au détriment du climat. Le professeur Juergen Rochlitz, membre de la Commission pour la sécurité des implantations industrielles mise en place par le gouvernement allemand, demande l'exclusion du groupe chimiques des fonds ISR où il est présent: « Bayer jette de la poudre aux yeux pour cacher que, depuis des lustres, il fait partie des entreprises les plus émettrices. Il est impératif que le groupe soit exclu de tous les fonds durables et fonds éthiques où il est présent ; ses déclarations sur la protection du climat sont volontairement trompeuses. » L'expert ajoute que l'industrie chimique allemande se place en troisième position derrière les producteurs et fournisseurs d'énergie ainsi que derrière l'industrie sidérurgique en terme d'émission de CO2. Le groupe Bayer émet à lui seul 10 millions de tonnes de CO2 chaque année, un chiffre qui inclut ses fournisseurs.

E.on, un des quatre producteurs d'énergie allemands largement décrié par les ONGs (voir ci-dessous), est présent dans dix fonds ISR, ainsi que dans six indices durables. Les acteurs financiers de l'ISR mettent en avant l'investissement par le géant énergétique allemand dans les énergies renouvelables. Or, pour les ONGs environnementales, un tel investissement, aussi louable soit-il, ne saurait occulter la responsabilité des entreprises dans les pays où elles exportent leurs technologies. En l'occurrence, l'ONG Urgewald a fait de la campagne contre la construction d'une centrale nucléaire dans une zone sismique en Bulgarie (Belene) un des ses principaux cheval de bataille. D'après Urgewald, E.on prévoit, en partenariat avec l'allemand RWE, mais aussi l'italien Enel, Electrabel de Belgique, CEZ de la République Tchèque et d'EDF, d'assurer le financement de la construction du site, à hauteur de deux milliards d'euros, après le retrait des banques initialement intéressées par le projet. Le consortium franco-allemand Areva devrait participer à la construction du site. Heffa Schücking, qui dirige l'ONG Urgewald, de déclarer : « Belene fait partie des centrales nucléaires les plus dangereuses dont la construction est prévue en Europe de l'est. Si RWE et E.on veulent écouler sur le marché allemand les profits tirés d'investissements totalement irresponsables, alors je ne vois qu'une réaction appropriée pour les sanctionner : chercher un fournisseur d'énergie alternative. »

Claire Stam
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