Publié le 02 août 2017

ENVIRONNEMENT

À partir d’aujourd’hui, l’humanité vit à crédit

Cette année, le jour du dépassement tombe le 2 août. Depuis ce matin, nous vivons à crédit, c'est-à-dire que nous avons déjà consommé toutes les ressources que la planète est capable de produire en un an. Cette dette écologique s'alourdit d'année en année.


Pixabay

C’est une journée qui est en train de devenir tristement célèbre : l’Earth overshoot day (le dépassement de la Terre en français). À partir de cette date, l’humanité aura consommé l’ensemble des ressources que la planète peut renouveler en une année. Elle devra "entamer" une seconde planète, pour continuer à boire, à manger, à se chauffer, à se déplacer, à produire.

Chaque année, cette date grignote quelques jours sur le calendrier. Le Global Footprint Network a calculé que, pour 2017, elle tombe le mercredi 2 août. Cela signifie qu’en sept mois, nous avons déjà émis plus de carbone que ce que les océans et les forêts ne peuvent absorber en un an. Nous avons pêché plus de poissons, coupé plus d’arbres, fait plus de récoltes, consommé plus d’eau douce que ce que la Terre a pu produire sur cette même période. À partir d’aujourd’hui, nous vivons donc à crédit jusqu’au 31 décembre.

En quarante ans, le jour du dépassement a été avancé de près de quinze semaines, passant du 13 novembre en 1977  au 2 août cette année. Encore excédentaires au début des années 60, avec un quart des réserves de la Terre non consommées, nous sommes devenus déficitaires à partir de 1971, année pour laquelle le jour du dépassement se situait au 24 décembre.

Australie et États-Unis parmi les plus mauvais élèves

À partir de là, un seuil critique a été franchi. Pour la première fois, la consommation de l’homme a pris le pas sur la capacité de la nature à y répondre. Désormais, cette "surconsommation" dépasse de 70 % les capacités de la planète puisque le Global Footprint Network estime qu’il faut aujourd’hui 1,7 planète pour répondre aux besoins de la population mondiale.

Le bilan est encore plus lourd quand on regarde les données pays par pays. Ainsi, il faudrait cinq planètes pour couvrir les besoins des Australiens et des Américains. Plus de trois planètes pour les Suisses, les Allemands et les Français. À l'autre extrême, les Indiens ne consomment qu'une demi-planète.

Le coût de cette surconsommation est déjà visible : pénuries en eau, désertification, érosion des sols, chute de la productivité agricole et des stocks de poissons, déforestation, disparition des espèces.

La transition est à l’œuvre

"Notre planète est limitée, mais les possibilités humaines ne le sont pas. Vivre selon les moyens que nous accorde notre planète est technologiquement possible, financièrement bénéfique et notre seule chance pour un avenir prospère" explique Mathis Wackernagel, PDG du Global Footprint Network, qui calcule l’Earth overshoot day depuis 1986.

Seule bonne nouvelle, l’Earth overshoot day progresse dans le calendrier à un rythme plus lent. "C’est le signe que la transition est à l’œuvre dans le monde, veut croire Pascal Canfin, directeur général du WWF France. Nous connaissons les solutions qui nous permettront de changer de modèle de développement pour ne plus creuser notre dette écologique. Qu’attendons-nous pour accélérer la cadence ?"

Si nous faisions reculer le jour du Dépassement mondial de seulement 5 jours chaque année, nous retrouverions l’équilibre entre notre consommation et les ressources d’une seule planète d’ici 2050. Une réduction de 50% des déchets alimentaires dans le monde pourrait faire reculer la date de 11 jours. Réduire les émissions mondiales de CO2 de 50% déplacerait la date de trois mois.

Concepcion Alvarez @conce1


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