Publié le 16 septembre 2022

ENVIRONNEMENT

À 50 jours de la COP27 de Charm el-Cheikh, la colère des pays du Sud et les tensions diplomatiques font craindre le pire

Les difficultés s'accumulent à l'approche de la COP27 sur le climat qui se tiendra à Charm el-Cheikh, en Égypte, du 6 au 18 novembre prochains. Alors que le sommet doit permettre une relève de l'ambition climatique et la mise en place d'un objectif mondial sur l'adaptation, entre autres sujets, la coopération sino-américaine est au point mort, les pays du Sud sont remontés autour du sujet crucial des financements climat et la société civile accuse Le Caire d'entraver son travail sur place.

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La COP27 sur le climat de Charm el-Cheikh, organisé du 6 au 18 novembre en Égypte.
@CC0

La COP27 sur le climat de Charm el-Cheikh, organisée du 6 au 18 novembre en Égypte, va se tenir dans un contexte qui a rarement été aussi compliqué. À la guerre en Ukraine, la crise énergétique, la crise alimentaire et un été apocalyptique viennent s’ajouter des tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine, les deux principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre. La visite de Nancy Pelosi à Taïwan cet été a été vécue comme une provocation par Pékin. En réaction, la Chine a annoncé la suspension de la coopération sur le climat entre les deux pays.

Or, cette coopération, née en amont de la COP21 de 2015 qui a abouti à l’Accord de Paris, est un véritable moteur dans la lutte contre le changement climatique. "La coopération entre la Chine et les États-Unis avait donné un nouvel élan par exemple aux négociations de Glasgow l’année dernière, l’annonce de la Chine est donc très dommageable", analyse Lola Vallejo, directrice du programme climat de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). "Mais il y aura peut-être des ouvertures d’ici à la COP27. La Chine a notamment fixé des conditions pour la réouverture du dialogue", ajoute-t-elle.

Les pays riches pointés du doigt

La liste des mauvais signaux ne s’arrête pas là. Début septembre, les G20 Climat et Énergie se sont achevés sans communiqué conjoint en raison de "désaccords", reflétant les profondes divisions entre les plus grandes économies mondiales, notamment avec la Russie. Le président de la COP26, Alok Sharma, a dès lors appelé les pays à "revisiter et renforcer" leurs engagements pour parvenir à la neutralité carbone. "Il ne doit pas y avoir de recul sur les engagements", a-t-il plaidé sur twitter.

Autre point majeur de crispation, celui des financements climat. En 2009, les pays développés s'étaient engagés à transférer 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, aux pays vulnérables pour faire face au dérèglement climatique. Mais selon un nouveau bilan de l’OCDE, le montant mobilisé par les pays développés a atteint 83,3 milliards de dollars en 2020. Malgré une augmentation de 4 % depuis 2019 - et +40 % pour l'adaptation -, il manque toujours 16,7 milliards de dollars à l’appel. 

Et le sujet ne semble pas particulièrement intéresser les pays riches, malgré un été où les canicules et les incendies se sont succédés dans l’hémisphère Nord. Lors du sommet sur l'adaptation qui s’est tenu à Rotterdam aux Pays-Bas, début septembre, ces-derniers ont brillé par leur absence, au grand dam des pays africains qui eux avaient fait le déplacement. La question du financement des pertes et dommages, pour laquelle les pays du Sud demandent un mécanisme dédié, n’a pour l'instant pas encore été mise à l’agenda des négociations formelles de la COP27, malgré les images chocs du Pakistan, meurtri par de violentes inondations.  

"Le rapport de force a évolué"

"La confiance entre les deux blocs ne tient plus qu'à un fil. On observe que les pays du Sud montent le ton. ils ne veulent plus faire l'aumône. Ils disent clairement aux pays riches qu'ils ont une dette climatique envers eux et qu'il est temps de la payer, quitte à envisager des poursuites juridiques. Le rapport de force a extrêmement évolué depuis la COP26. Elle a permis de mettre les pieds dans le plat sur le manque de financements climat et la question des pertes et dommages. Ce sont des enjeux sur lesquels s'investit pleinement la présidence égyptienne de la COP27", analyse Fanny Petitbon, responsable plaidoyer au sein de Care France.

À la marge des négociations officielles, les acteurs de la société civile accusent quant à eux Le Caire d’imposer des obstacles au travail des groupes de défense de l’environnement égyptiens. "Le gouvernement égyptien impose arbitrairement des obstacles en matière de financement, de recherche et d’enregistrement, qui ont affaibli les groupes environnementaux locaux, forçant certains militants à s’exiler et d’autres à s’écarter de travaux importants", alerte Richard Pearhouse, directeur environnement de Human Rights Watch (HRW). L’ONG appelle les États participant à la COP27 à travailler avec les autorités égyptiennes pour assurer une participation des diverses composantes de la société civile durant la conférence sur le climat. 

Concepcion Alvarez @conce1


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