Publié le 18 septembre 2021

ENVIRONNEMENT

TotalEnergies visé par un canular environnemental, une pratique de plus en plus courante

Ramener les animaux africains en France pour les sauver de la destruction de la biodiversité due à un pipeline. Un vrai projet de TotalEnergies ? Non, un canular mais auquel plusieurs observateurs, journalistes et ONG, ont cru. Ces pratiques de mouvements écologistes se multiplient pour mobiliser les populations, mais gare à la frontière avec les fake news.

Rehabitat DR
Dans sa fausse campagne sur Rehabitat, le groupe "Fixers" adiffusé la photo de cette arche de Noé propulsé à l'aide de voiles solaires.
@DR

C’est une étrange aventure qui est arrivée à TotalEnergies lundi 13 septembre. Sur Twitter (comme ci-dessous) et Facebook, une série de messages a présenté un programme inédit du pétrolier. Impliquée dans la construction d’un oléoduc en Ouganda, l’entreprise présentait la mission Rehabitat. Son objectif était de rapatrier des animaux de la zone pour les réacclimater en France, comme des éléphants ou des Chimpanzés. Les bêtes auraient voyagé sur une immense arche de Noé propulsée par des voiles solaires.

Une fausse conférence de presse a même été organisée à Paris. Il n’était pas difficile de voir la supercherie. De nombreux éléments pouvaient mettre la puce à l’oreille comme les étranges visuels du bateau (qui prévoyait une salle de consultation psy pour les animaux par exemple), une vidéo de présentation constituée uniquement d’images prétextes et quelques arguments qui ne pouvaient faire que sourire. Par exemple, dans le communiqué "officiel", on pouvait lire que le groupe envisageait la création d’écosystèmes tropicaux fonctionnels en France et l’hybridation d’espèces africaines et européennes.

Dénoncer des problèmes réels

Dans le feu de l’action, quelques journalistes et plusieurs ONG, comme Greenpeace et les Amis de la Terre, se sont laissé prendre. TotalEnergies a dû finalement démentir la réalité du projet Rehabitat et depuis il est indiqué sur les documents de Rehabitat qu’il s’agit d’une parodie. À l'origine du canular, le groupe des "Fixers", qui se revendique de la lignée Yes Men, des activistes à l’origine de nombreuses attaques satiriques envers Georges Bush, Dow Chemical, ExxonMobil, l’OMC… "Nous utilisons l'humour, la satire et la créativité pour dénoncer des problèmes réels. Quand on y pense, nous avons annoncé l'importation d'animaux de tout un écosystème africain vers la France... c'est ridicule, c'était évident que c'était un canular", se défend Natalie Whiteman, membre du groupe américain "The Fixers", auprès de l'AFP.

Ces dernières années de nombreuses entreprises ont fait l’objet de ce type de supercherie comme la banque Standard Chartered ou un fonds de pension suédois qui annonçait la fin des investissements fossiles. L’un des coups les plus médiatiques fut, en 2019, la fausse lettre écolo envoyée par Larry Fink, le patron de BlackRock. Celui-ci indiquait qu’il allait vendre toutes ses participations dans les entreprises qui ne respectent pas les engagements de l’Accord de Paris. Beaucoup y avaient cru, même le très réputé et avisé Financial Time. Le plus puissant gestionnaire d’actifs de la planète avait dû démentir et même reporter la publication de la vraie lettre de son PDG.

Malversations

"Certains activistes estiment que tous les coups sont permis pour défendre leurs causes mais je pense qu'ils font une erreur", explique à l'AFP Nicolas Vanderbiest, spécialiste de la réputation en ligne. "Ils mettent en jeu leurs relations avec les médias, les premières victimes de ces canulars", ajoute-t-il. Les militants pour l'environnement ne sont pas les seuls à recourir à ces infox.

En 2016, Vinci, le grand groupe français de construction a été victime de la diffusion d'un faux communiqué de presse en son nom. Repris par plusieurs médias dont l'agence américaine Bloomberg, le faux communiqué a fait chuter le cours de l'action du groupe de 18 % en quelques minutes. Les fraudeurs ont pu profiter des variations du cours de l'action de Vinci pour en tirer des bénéfices. Mais l'enquête conduite par l'Autorité des marchés financiers (AMF) n'a pas réussi à établir l'identité des auteurs du communiqué.

Ludovic Dupin avec AFP


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