Publié le 05 avril 2021

ENVIRONNEMENT

Surexploité, le lac Balkhach pourrait subir le même sort que la mer d’Aral

Le lac Balkhach, situé au Kazakhstan, va-t-il s'éteindre comme la mer d'Aral ? C'est que ce craignent plusieurs experts alors que ce lac, un des plus grands d'Asie, ne cesse de s'assécher. En cause, un pompage excessif de la Chine sur une rivière en amont du lac. Pekin irrigue ainsi en masse ses centaines de milliers d'hectares de terres agricoles dans le Xinjiang, région accusée d'exploiter des Ouïghours dans les champs.  

Lake balkhash nasa
Balkhach est le quinzième plus grand lac du monde.
@NASA

C’est un lac dont vous n’avez sûrement jamais entendu parler. Le lac Balkhach, situé dans le sud-est du Kazakhstan est pourtant l’un des plus grands d’Asie. Il s’étend sur 600 kilomètres de long avec une spécificité : sa partie occidentale est composée d’eau douce et sa partie orientale d’eau salée. Mais ce joyau, principale source d’eau douce du pays, est en danger. Le lac ne cesse de se dessécher, menaçant tout l’écosystème de la région. L’une des principales raisons de cette situation est l’agriculture.  

80 % de l’eau du lac est fournie par la rivière Ili, située en Chine. Or cette dernière est accusée de pomper excessivement cette eau pour irriguer ses centaines de milliers d’hectares de terres agricoles dans le Xinjiang. C’est d’ailleurs cette région qui est actuellement pointée du doigt dans le travail forcé des Ouïghours exploités dans les champs de coton. La région compterait ainsi plus de 2,6 millions de terres agricoles, selon le Bureau d’État des statistiques. Un million d’entre elles serait directement irrigué par le lac Balkhach. Or, pour sauver ce dernier, la Chine devrait significativement réduire la quantité d’eau qu’elle utilise. 

C’est la conclusion des chercheurs de l’Université d’Oxford qui ont publié une étude sur le sujet dans la revue Water en janvier. Ils ont réalisé plus de 700 simulations sur l’avenir du lac en fonction de la consommation d’eau avec 80 scénarios climatiques différents pour arriver à ce résultat. "Dans presque toutes les simulations, le niveau de l’Ili est inférieur à celui nécessaire pour reconstituer le lac Balkhach", explique le média spécialisé Eurasianet. "Environ la moitié des modèles montrent que d’ici 40 ans, trop peu d’eau s’écoulera dans le Balkhach pour sauver le lac".

Une autre menace plane

Si les deux pays, Chine et Kazakstan sont accusés de surexploiter l’eau du lac, c’est le manque de coopération qui est aussi en cause. Selon les chercheurs, aucun des deux États n’a conclu d’accord sur le volume d’eau qu’il peut pomper. Certains craignent que le lac Balkhach connaisse le même sort que la mer d’Aral. Quatrième plus grand lac de la planète, situé à cheval entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, la mer d’Aral a perdu 75 % de sa surface et 90 % de son volume à cause des activités humaines, en 50 ans. Si aujourd’hui, la partie sud du lac a été abandonnée pour essayer de faire revivre la partie nord, elle est devenue un symbole

Dans une tribune publiée dans Science, l’experte en gestion des ressources en eau, Aizhan Ussenaliyeva appelle à sauver le lac Balkhach. Elle rappelle ainsi que ce dernier abrite près de 20 espèces de poissons dont six vivent uniquement dans le lac, 60 espèces de plantes qui ne grandissent pas ailleurs ou encore 120 espèces d’oiseaux dépendant du lac donc 12 sont des espèces menacées d’extinction. "Compte tenu des risques croissants d’approvisionnement en eau et de l’indicateur de stress hydrique élevé du pays dans son ensemble, le lac Balkhack a besoin d’une attention particulière appropriée et de mesures de protection urgentes avant qu’il ne s’assèche davantage", écrit-elle. D’autant que le lac est menacé par un autre problème d’envergure : le changement climatique. Les glaciers alimentant la rivière Ili sont en train de fondre. Des conséquences désastreuses à long terme. 

Marina Fabre, @fabre_marina 


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