Publié le 09 août 2017

ENVIRONNEMENT

[SÉRIE D'ÉTÉ] Plongez responsable, pour mieux décompresser !

Novethic vous propose toute la semaine des solutions pour passer des vacances plus responsables et respectueuses de l’environnement. Nous continuons cette série d’été avec la plongée. Une activité qui fait de plus en plus d’adeptes mais qui n’est pas sans impact sur l’environnement.


pixabay

Profitez de ses vacances pour faire son baptême de plongée ? L’idée en tente plus d’un. L’activité s’est considérablement développée ces dernières années. Rien qu’en France, où la plongée connaît un grand succès, on estime le nombre de plongeurs à plus de 350 000 dont 149 000 licenciés à la fédération française FFESSM. Difficile d’avoir des données au niveau mondial. Les estimations tournent autour de dizaines de millions.

Le hic, c’est que le développement de ce tourisme de masse autour de la plongée n’est pas sans impact sur l’environnement. Sur certains spots parmi les plus prisés, "en mer rouge par exemple, des sites sont aussi fréquentés que les grands magasins en heure de pointe !", alerte François Sarano, océanographe, ex-compagnon de route du commandant Cousteau et fondateur de l’association Longitude 181.

Et quand les plongeurs se multiplient au mètre carré, difficile d'assurer d’éviter les mauvais coups de palme qui peuvent casser les coraux ou de veiller à ce que les plongeurs ne touchent pas les poissons (certaines espèces peuvent en mourir). Surtout, souligne le plongeur professionnel, la plongée engendre bien d’autres activités – transports, restauration, pêche, hôtellerie, consommations diverses, etc.- qui nuisent à l’environnement du site dans son ensemble : émission de CO2, pollution, pillage de sites, déchets, raréfaction de la faune halieutique…

Trop de plongeurs… un risque pour la plongée

Dans certaines régions, l’activité a pris une telle ampleur que les autorités ont dû sévir pour protéger les sites les plus menacés. C’est ce qui s’est passé l’an dernier en Thaïlande où 14 sites paradisiaques du sud du pays ont été fermés à la plongée pour une durée indéterminée. Motif : la dégradation de l’environnement par le tourisme de masse. 40 à 80% des récifs coralliens de huit parcs nationaux montraient des signes de blanchiment...

C’est pour éviter d’en arriver à ces extrémités que s’est développé le concept de "plongée responsable" Un terme qui n’avait pas beaucoup de sens il y a seulement quelques années, se souvient pourtant François Sarano. "Quand la plongée a démarré il y a 50 ans, il n’y avait rien de responsable. Nous étions dans l’ignorance complète de l’impact que nous avions sur l’environnement. C’était la culture de l’aventure : il était glorieux de taquiner la langouste avec son poignard. Puis il y a eu la démocratisation de la plongée et là, le plongeur de vacances était dans une logique de consommation sur le mode "j’ai payé, je peux faire ce que je veux"… Ce n’est que dans les années 2000 que les choses ont vraiment commencé à bouger". Et encore, à l’époque, raconte-t-il, la charte internationale du plongeur responsable, qu’il présente au musée océanographique de Monaco, n’attire pas les foules.

Des actions se mettent en place

Quinze ans plus tard, la conscience des impacts environnementaux et sociaux de la plongée s’est diffusée. Aujourd’hui, quasiment tous les organismes certificateurs dont le premier d’entre eux – PADI– et les grandes fédérations, assurent prendre en compte cette dimension, notamment en consacrant une partie de la formation destinée aux moniteurs et plongeurs aux questions de préservation de l’environnement.

C’est notamment le cas à la fédération française (FFESSM) qui a pris, dès 2009, 10 engagements en matière de développement durable. Ils visent notamment à adopter des pratiques éco-responsables, à sensibiliser plongeurs et moniteurs à ces questions (formation + livret sur les éco-gestes) et à préserver les sites naturels.

"Nous travaillons main dans la main avec l’État, les collectivités locales et les agences de l’environnement comme l’agence des aires marines protégées pour préserver au maximum les sites, explique ainsi Julie Tinetti, responsable du développement durable de la fédération. Car ce que nous voulons absolument éviter, ce sont les interdictions totales à la plongée. Il faut bien comprendre que c’est la pression cumulée sur un même lieu qui est néfaste à l’environnement, pas la plongée en soi quand elle est bien pratiquée".

Des guides pour mieux plonger

Car il ne faut pas l’oublier, le plongeur est aussi une "sentinelle bleue", un "témoin privilégié de l’état de la mer, de sa faune et de sa flore et de son évolution", souligne François Sarano. La FEESSM a d’ailleurs développé des programmes de sciences participatives - comme le programme Doris de recensement participatif des espèces sous-marines ou l'initiative BioObs - qui permettent d’alimenter l’inventaire du patrimoine naturel du Museum d’histoire naturelle et de développer les connaissances sur de nouvelles espèces ou des espèces invasives par exemple. Des programmes qui suscitent l’engouement (plus de 2 500 plongeurs français participent à BioObs). Et les plongeurs peuvent aussi contribuer au nettoyage des milieux aquatiques.

Alors si vous voulez plonger cet été, quelques principes de base : d’abord se renseigner avant sur la zone que vous souhaitez explorer et sur les conditions de plongée. Pour être sûr de votre choix, vous pouvez opter pour un des 60 centres français labellisés Ecosub par la FFESSM (il faut que le centre ait réalisé au moins 4 actions d’importance en matière de développement durable) ou, si vous visez des spots ailleurs dans le monde, choisir l’un des centres responsables recensés par Longitude 181. Et puis surtout, comme le préconise François Sarano : "ne pas oublier que la plongée est une rencontre, dans un milieu que l’on ne connaît pas bien, avec des espèces sauvages. Vous plongez comme chez des amis, avec autant de respect pour le lieu et les personnes qui y habitent. Plonger responsable, c’est une démarche, une philosophie !". 

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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