Publié le 11 mai 2019

ENVIRONNEMENT

[Science] Biodiversité : deux tiers des plus longs fleuves et rivières entravés par l'Homme

Deux tiers des plus longs cours d'eau du monde sont entravés par des barrages et autres infrastructures, menaçant les écosystèmes et les communautés qui en dépendent. Telles sont les conclusions d’une étude canadienne qui s'interroge ainsi sur l'hydroélectricité comme alternative aux énergies fossiles.

Barrage de Katse au Lesotho.
@YolandaVanNiekerk

Utilisant des données satellites et des modèles informatiques, une équipe internationale de scientifiques a analysé près de 12 millions de kilomètres de fleuves et rivières dans le monde, créant la première cartographie mondiale de l'impact des constructions humaines sur ces cours d'eau. L'étude publiée dans la revue Nature conclut que seuls 37 % des 246 cours d'eau dépassant les 1 000 km sont encore "à courant libre", c'est-à-dire libre d'aménagement entravant son cours naturel, et seulement 21 fleuves gardent un cours ininterrompu entre la source et la mer.

Et les cours d'eau qui restent "sauvages" sont surtout dans des régions très isolées comme l'Arctique, l'Amazonie et le bassin du Congo. Pourtant, "les cours d'eau à courant libre sont tout aussi importants pour les humains que pour l'environnement", a commenté Günther Grill, de l'université canadienne McGill. Ces écosystèmes et les poissons qui y vivent sont ainsi cruciaux pour la sécurité alimentaire de centaines de millions de personnes, mais ils permettent aussi de protéger contre les inondations et d'apporter les sédiments dans les grands deltas.

Les chercheurs pointent surtout la responsabilité des routes dans les plaines inondables, des réservoirs, mais surtout des barrages hydroélectriques. Aujourd'hui, il existe 2,8 millions de barrages dans le monde, dont 60 000 barrages d'au moins 15 mètres de haut, selon l'étude. Et plus de 3 700 barrages hydroélectriques sont en cours de construction ou en projet.

Équilibrer les énergies renouvelables

Les auteurs s'inquiètent notamment de la situation du Mékong. "Dans ce bassin, plus de 60 % de la population dépend de la pêche et plus d'un million de tonnes de poissons d'eau douce sont pêchés chaque année", explique à l'AFP Bernhard Lehner, également professeur à McGill. "Il y a de nombreux barrages prévus sur le Mékong, et il est probable qu'ils auront un impact négatif sur beaucoup d'espèces de poissons", a-t-il ajouté.

Dans un monde qui subit déjà les impacts du changement climatique, les chercheurs s'interrogent alors sur le développement de cette énergie plus propre que le pétrole ou le charbon en termes d'émissions de gaz à effet de serre. "L'hydroélectricité a inévitablement un rôle à jouer dans la révolution des énergies renouvelables. Mais nous devons changer notre approche", a indiqué à l'AFP Michele Thieme, de l'ONG WWF, qui a également participé à l'étude.

"Les énergies renouvelables sont comme une recette : vous devez trouver le bon mélange pour avoir à la fois un réseau énergétique durable et un monde naturel prospère", a-t-elle ajouté, estimant que le solaire et l'éolien "bien planifiés" pouvaient être des "options plus viables pour les cours d'eau" et ceux qui en dépendent.

La Rédaction avec AFP


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Biodiversité

Préserver la diversité des écosystèmes est indispensable pour gérer durablement les ressources de la planète. Quelles doivent être les conditions d’utilisation de ces ressources ? Peut-on breveter des plantes et pour quels usages ? Autant de questions posées au secteur cosmétique et pharmaceutique.

One planet summit

Un One Planet Summit consacré à la biodiversité se tiendra en janvier prochain à Marseille

Le Président Emmanuel Macron entend faire de 2021 l'année de la biodiversité. Dès janvier, il va organiser un One Planet Summit dans le cadre du Congrès mondial de la nature de Marseille, pour mobiliser la communauté internationale et placer le sujet au centre de leur agenda. Ce sommet doit servir...

Abeilles bonne nouvelle

[Bonne nouvelle] Au Costa Rica, une ville donne la citoyenneté aux abeilles et plantes

Dans la banlieue de la capitale du Costa Rica, la ville de Curridabat vient de donner la citoyenneté aux pollinisateurs et aux arbres. Le but est de faire de ces espèces vivantes non humaines le cœur de la restructuration urbaine de la ville et non l'inverse. Un projet qui devrait permettre aux...

Rorqual DanielBenhaim

[Bonne Nouvelle] Quand le coronavirus protège les baleines des chasseurs

Cette année, les baleiniers islandais ne partiront pas au large pour traquer les baleines. Les entreprises estiment que les obligations de distanciation sociale et de sécurité, liées au coronavirus, ne permettront pas de mener à bien les opérations de pêche. Mais au-delà de la crise sanitaire,...

Cerf espaces sauvages JMrocek

Déconfinement : appels à protéger les animaux qui se sont réappropriés les espaces naturels

Le déconfinement de millions d'humains risque d'être dramatique pour les animaux qui se sont réappropriés des espaces désertés par l'activité humaine, avertissent l'Office national des forêts (ONF) et la Ligue de protection des oiseaux (LPO).