Publié le 30 juin 2009

ENVIRONNEMENT

Quel prix pour la nature ?

Alors que l'Union européenne souhaite mettre fin à la perte de la biodiversité en 2010, économistes et experts environnementaux multiplient les études destinées à évaluer financièrement l'apport de la biodiversité et le coût de sa destruction pour atteindre ou du moins se rapprocher de cet objectif. Grâce à ces travaux, quelques initiatives commencent à voir le jour en France pour permettre des mécanismes de compensation.

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23 500 milliards d'euros par an, soit environ la moitié du PIB mondial, voilà la valeur des services rendus par les écosystèmes au niveau mondial, selon l'économiste Pavan Sukhdev, auteur d'un rapport sur le coût économique de la perte de biodiversité. Pourtant ce capital est en péril. Malgré sa volonté de mettre fin à la perte de la biodiversité en 2010, l'Union Européenne n'atteindra probablement pas cet objectif. Le 25 juin dernier, les ministres européens de l'environnement ont ainsi appelé à une meilleure évaluation des politiques européennes de protection de la biodiversité ainsi qu'à une intégration des « services écosystémiques » dans les politiques des 27 afin de mesurer ce qui cause la diminution de la biodiversité. De son côté, l'Agence européenne pour l'environnement souhaiterait mettre en place une tarification des biens et services en fonction de leur véritable impact sur l'environnement.
Mais quel est le prix de la biodiversité? Contrairement au carbone, il est impossible d'en donner une unité de mesure, selon Bernard Chevassus-au-Louis, auteur d'un rapport sur « l'approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes ». Cependant, ce même rapport estime que la perte des services écologiques pourraient représenter chaque année jusqu'à 7% du PIB mondial en 2050, soit environ 13 938 milliards d'euros...Les chiffres donnent le tournis et l'équipe de Pavan Sukhdev missionnée par l'Union Européenne, n'hésite pas à marquer les esprits. L'exemple de la seule forêt de Masoala, à Madagascar, est édifiant. Sa perte se chiffrerait à 1,5 milliard de dollars pour l'industrie pharmaceutique, 5 milliards pour le tourisme et 4 milliards de dollars pour les ménages.

Un marché en devenir

De quoi inciter entreprises et politiques à prendre en compte ce coût dans leurs investissements. C'est en tout cas ce qui ressort des déclarations de nombreux Etats, comme la France qui devrait pouvoir l'intégrer dès l'an prochain, selon Nicolas Sarkozy. Pour l'instant, l'Hexagone n'en est pourtant qu'aux balbutiements de la compensation alors même qu'une loi de 1976 oblige théoriquement les acteurs économiques à compenser les impacts environnementaux de leurs infrastructures. L'initiative la plus probante est aujourd'hui la création en 2008 d'un fonds de compensation pour la biodiversité doté par la Caisse des dépôts et consignation de 15 millions d'euros. La CDC Biodiversité est ainsi chargée de constituer des actifs naturels pour permettre aux maîtres d'ouvrages de pouvoir effectivement compenser en aidant à la réhabilitation d'un terrain spécifique et non plus se contenter d'un dédommagement financier. Son premier programme a vu le jour dans les Bouches du Rhône, dans la « steppe provençale » de Saint Martin de Crau où 357 hectares d'anciens vergers ont ainsi été réhabilités par ce biais pour permettre la reconstitution d'ensembles végétaux et la présence d'espèces animales.
En parallèle, un fonds d'investissement pour le patrimoine naturel (FIPAN) a été lancé pour permettre aux entreprises et particuliers de souscrire des « actions-vie » d'un terrain (le premier est une tourbière bretonne) et ainsi, de participer à la restauration d'un patrimoine en danger. Nous sommes encore loin des Etats-Unis, qui offre aujourd'hui le système de compensation le plus abouti. Les entreprises et agriculteurs qui portent atteintes aux zones humides naturelles doivent en effet acheter des crédits environnementaux à des banques spécialisées pour compenser les dégradations...Malgré les mises en garde répétées contre les dérives d'une monétarisation à outrance de la biodiversité, un marché de la préservation des milieux naturels pourrait bien voir le jour en France. Selon le Boston Consulting Group, celui-ci devrait se chiffrer à 3 milliards en 2020.

Béatrice Héraud
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