Publié le 10 juin 2021

ENVIRONNEMENT

Le biodiversité et le climat sont un seul et même combat, alertent le GIEC et l’IPBES dans une collaboration inédite

La lutte contre le réchauffement climatique occupe souvent les devants de la scène. Mais celle-ci ne peut se penser indépendamment de la préservation de la biodiversité, alertent les deux instances de référence, le GIEC pour le climat, et l'IPBES pour la biodiversité, dans une première collaboration. Penser ensemble ces deux défis est d'autant plus essentiel que des actions trop ciblées sur le climat peuvent être dangereuses pour les écosystèmes et vice-versa.

@Ipbes  @biodiversityclimatescience
La perte de la biodiversité et le changement climatique ont des origines communes liées aux activités économiques humaines et se renforcent mutuellement.
@Ipbes / BiodivresityClimateScience

C'est la première fois que ces deux institutions de référence livrent un rapport en commun. Après cinq mois de travail, des experts de l'ONU sur la biodiversité (IPBES) et le climat (Giec) tirent la sonnette d’alarme. Alors que les politiques nationales et internationales tendent à compartimenter la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversitéles cinquante experts réunis soulignent qu'"aucun de ces enjeux ne sera résolu avec succès s’ils ne sont pas abordés ensemble".

"Pendant longtemps, nous avons envisagé le climat et la biodiversité comme deux choses différentes", a détaillé en conférence de presse la professeure en écologie humaine Pamela McElwee de l'Université Rutgers (États-Unis). "Les politiques ont également suivi cette trajectoire […]. Le climat a progressivement pris plus d’importance, d'après moi parce que l’on en ressent les effets alors que les feux en Australie peuvent paraître plus lointains. Les deux sont pourtant intimement liés". C'est en effet un cercle vicieux :  la sécheresse favorise les feux de forêts qui libèrent du CO2 dans l’atmosphère et amplifient à leur tour le réchauffement climatique. "Des politiques de réduction des émissions ambitieuses permettent de protéger la biodiversité et les contributions apportées par la nature permettent d’atténuer le changement climatique", résume le professeur Hans-Otto Pörtner, co-président du comité scientifique.

Des compromis

Ces deux défis doivent d’autant plus être pensés en synergie que des actions ciblées pour lutter contre le changement climatique peuvent nuire à la nature et vice-versa. Par exemple, la compensation carbone,  stratégie largement prisée par les entreprises qui consiste à planter des arbres pour absorber les émissions, peut favoriser le remplacement de forêts d'espèces diverses par une monoculture plus fragile. "Les forêts de plantation peuvent être un vrai désastre et sont extrêmement vulnérables à la sécheresse ou aux parasites", a ainsi alerté lors d'un point presse Camille Parmesan, de l'université britannique de Plymouth, une des experts du rapport. Le développement de certaines énergies renouvelables peut quant à elle entraîner l'exploitation de métaux rares, dont les conséquences sont parfois catastrophiques pour l'environnement.

Le solutions existent

"Heureusement, beaucoup de solutions existent", détaille le biologiste Peter Smith. "La première chose à faire est d'abord de préserver nos écosystèmes", et notamment ceux qui sont riches en carbone et en biodiversité comme les forêts, les zones humides ou les mangroves. Le rapport souligne que la réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts peut à elle seule contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine de 0,4 à 5,8 gigatonnes d'équivalent en dioxyde de carbone chaque année. Une contribution non négligeable : en 2019, 43,1 gigatonnes de CO2 ont été émis dans le monde. 

La seconde action fondée sur la nature la plus efficace et la moins chère pour atténuer le changement climatique consiste à restaurer les écosystèmes dégradés, détaillent les experts. Et le temps presse : selon le Programme des Nations-Unies pour l'environnement (Pnue), depuis le début de la civilisation, le monde a perdu la moitié de ses forêts et de ses récifs coralliens et 70 % de ses zones humides. La stratégie est particulièrement encouragée par l’ONU, qui a lancé le 5 juin, la Décennie de la restauration des écosystèmes.

Pauline Fricot, @PaulineFricot 


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Biodiversité

Préserver la diversité des écosystèmes est indispensable pour gérer durablement les ressources de la planète. Quelles doivent être les conditions d’utilisation de ces ressources ? Peut-on breveter des plantes et pour quels usages ? Autant de questions posées au secteur cosmétique et pharmaceutique.

Podcast romain trouble tara oceans

Podcast #LesEngagés : Romain Troublé scanne les océans à bord de la goélette Tara

Novethic vous emmène en mer pour ce nouvel épisode de notre podcast #Les Engagés. Nous avons rencontré le marin et scientifique Romain Troublé, à la tête de la Fondation Tara Océans. Depuis 2006, la goélette a parcouru 400 000 kilomètres à travers le monde à la découverte des écosystèmes marins afin...

Requins pointe noire biodiversite ubcmio de Pixabay

[Bonne nouvelle] Face au déclin de sa biodiversité, l’archipel des Glorieuses dans l’océan indien devient une réserve naturelle

Les requins pointe noire, les concombres de mer ou encore les tortues vertes des Glorieuses devraient enfin être protégés. La France vient de faire de l'Archipel une réserve naturelle alors qu'elle vise à préserver 30 % du territoire marin et terrestre d'ici 2022. Un engagement que l'Hexagone entend...

@Ipbes  @biodiversityclimatescience

Le biodiversité et le climat sont un seul et même combat, alertent le GIEC et l’IPBES dans une collaboration inédite

La lutte contre le réchauffement climatique occupe souvent les devants de la scène. Mais celle-ci ne peut se penser indépendamment de la préservation de la biodiversité, alertent les deux instances de référence, le GIEC pour le climat, et l'IPBES pour la biodiversité, dans une première...

Surpeche Patricia Alexandre de Pixabay

La Méditerranée a connu en 30 ans un "effondrement" de sa biodiversité

En 30 ans, les populations de vertébrés des écosystèmes marins du bassin méditerranéen ont chuté de moitié. Les poissons sont les premières victimes de cet effondrement. Une situation dramatique, alertent les scientifiques de la Tour du Valat, Institut de recherche pour la conservation des zones...