Publié le 23 novembre 2009

ENVIRONNEMENT

La biodiversité victime des subventions à l'industrie et à l'agriculture

Les résultats de la première étude évaluant le bénéfice économique de la biodiversité et des écosystèmes montrent l'urgence de réformer les politiques de subventions agricoles et industrielles. Pour l'économiste indien Pavan Sukhdev, responsable de l'étude, ces politiques sont responsables de la destruction massive des ressources naturelles.

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« Dépassées, inefficaces et contre-productives ». Les subventions destinées à l'agriculture, l'industrie de la pêche, mais aussi au secteur de l'énergie ou encore de la mobilité s'élèvent pourtant à près de mille milliards de dollars par an, soit 1% du produit intérieur brut mondial. Une large majorité de ces subventions sont responsables d'une destruction massive des ressources naturelles, démontrent les économistes et scientifiques auteurs de « L'économie des écosystèmes et de la diversité biologique » (The Economics of Ecosystems and Biodiversity - TEEB). Les auteurs ne manquent pas de rappeler que le rapport Stern, publié en 2006, estimait que 1%, précisément, du produit intérieur brut mondial suffirait déjà à juguler les effets négatifs du réchauffement climatique. Aussi est-il indispensable de réformer les politiques de subventions, estiment-ils.

A l'instar de Nicholas Stern évaluant le poids financier du réchauffement climatique, l'équipe dirigée par l'économiste indien Pavan Sukhdev s'est penchée sur l'évaluation du bénéfice économique global de la diversité biologique, les coûts de la perte de cette diversité, et a comparé les coûts de l'inaction avec les coûts d'une conservation efficace - une première mondiale en matière d'économie environnementale. Le projet, initié en 2007 par la Commission européenne et le Ministère allemand de l'environnement, est organisé sous l'égide du programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), tandis que le Centre Helmholtz pour la recherche environnementale (UFZ) à Leipzig coordonne le travail scientifique. Les travaux sont financés par la Commission européenne, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, ainsi que la Norvège et la Suède, nouvellement arrivées. La version finale du rapport devrait être présentée en octobre 2010 pour la 10ème conférence des Parties de la Convention sur la Diversité biologique.

Le coût de l'inaction : 7% du PIB mondial

La première partie de l'étude publiée à Bonn, en Allemagne, en mai 2008, avait notamment permis de chiffrer le coût de l'inaction à 7% du produit intérieur brut mondial à l'horizon 2050. Le rapport actuel dégage, lui, quatre problèmes essentiels : la déforestation, qui représente 20% des gaz à effet de serre, la détérioration des récifs coralliens tropicaux, récifs dont dépendent 500 millions de personnes dans le monde, la pêche intensive qui conduit à l'épuisement des stocks de poissons et un déficit de 50 milliards de dollars annuels, et enfin le lien entre la dégradation des écosystèmes et la pauvreté dans les pays en développement.

Publié à quelques semaines seulement du sommet de Copenhague, ce rapport en appelle clairement aux acteurs politiques nationaux et internationaux : « Les ressources naturelles forment un capital qui offre tout le potentiel d'un bon investissement permettant de bâtir son existence et qui promettent un avantage économique durable », affirme Pavan Sukhdev, à l'occasion de la publication du rapport. « Nous espérons que le travail fourni pendant ces 15 derniers mois par les scientifiques de l'environnement, les économistes et les chercheurs en sciences politiques du monde entier ayant participé à l'élaboration de cette étude contribueront à un changement politique conduisant à des progrès véritables. »

Outre la réforme des subventions agricoles et industrielles préjudiciables à l'environnement, les auteurs de l'étude préconisent également la mise en place d'instruments de labellisation et de marché, une réglementation visant une véritable valorisation des biens et services relevant des écosystèmes, une multiplication d'espaces protégés, un usage plus conséquent du principe pollueur-payeur, ainsi qu'un investissement poussé dans des infrastructures écologiques. "Reconnaître et donner un prix aux services rendus par la nature à la société doit devenir une priorité pour les responsables politiques", explique encore Pavan Sukhdev à l'AFP. L'économiste estime ainsi qu'investir 45 milliards de dollars par an dans le développement de zones protégées sur terre et en mer permettrait d'assurer des bénéfices de l'ordre de 4 à 5,000 milliards de dollars par an après quelques dizaines d'années.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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