Publié le 15 février 2019

ENVIRONNEMENT

L'Anses veut renforcer la législation pour réduire l'exposition des abeilles aux pesticides

Alors que la France interdit depuis 2003 la pulvérisation d'insecticides et acaricides pendant la période de floraison, les données montrent que d'autres pesticides (fongicides, herbicides) sont retrouvés dans les ruches, contribuant au déclin des abeilles. Pour les préserver, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) recommande de durcir la législation et d'interdire tous les pesticides qui pourraient entrer en contact avec les abeilles pendant la période de floraison.

Des herbicides et fongicides retrouvés dans les ruches sont eux aussi nocifs pour les abeilles.
@CC0

Depuis 2003, il est interdit en France de traiter les arbres et cultures où butinent les abeilles avec des insecticides et des acaricides pendant la période de floraison et de production d'exsudats (liquide produit par les végétaux), sauf dérogations. Cette réglementation est en cours de révision, alors que les abeilles, qui contribuent à la pollinisation de 90 % des principales cultures dans le monde, voient leurs populations décliner.   

Dans un avis publié le 5 février, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) propose de durcir la législation et de mieux évaluer les risques pesant sur ces insectes indispensables à l'agriculture. "On retrouve beaucoup plus de pesticides que les insecticides et les acaricides dans les ruches, notamment des fongicides et des herbicides, et ces produits peuvent aussi avoir des effets nocifs sur les abeilles", a expliqué Françoise Weber, directrice générale déléguée de l'Anses en charge des produits réglementés, à l'AFP.

Un groupe de travail lancé par le gouvernement

L'Anses recommande d'élargir l'interdiction actuelle à l'ensemble des produits phytopharmaceutiques pulvérisés pendant la floraison ou appliqués avant celle-ci, mais ayant un effet persistant, c'est-à-dire les produits systémiques et les traitements de semences. En cas de dérogations, l'Anses préconise de les soumettre à "la réalisation de nouveaux essais" afin d'évaluer les risques qui pèsent sur le développement du couvain - l'ensemble des œufs et des larves d'abeilles -, la durée de vie des abeilles butineuses ou encore les risques de désorientation des abeilles.   

Dans la foulée, les ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture ont annoncé la création d'un groupe de travail "très prochainement" pour "définir les mesures permettant de limiter les risques liés aux produits phytosanitaires pour les pollinisateurs, tout en prenant en compte les contraintes techniques pour les agriculteurs". La France interdit depuis septembre l'utilisation des néonicotinoïdes, accusés de contribuer au déclin massif des colonies de pollinisateurs. Des dérogations restent possibles au cas par cas, jusqu'au 1er juillet 2020.

La Rédaction avec AFP


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