Publié le 15 février 2011

ENVIRONNEMENT

JO 2018 : la candidature d'Annecy critiquée pour ses impacts environnementaux

Alors qu'Annecy est auditée jusqu'au 12 février par les 11 membres de la commission d'évaluation du CIO, des associations écologistes dénoncent la faiblesse environnementale du projet et alertent le CIO sur trois sites à protéger.

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La candidature d'Annecy pour accueillir les Jeux Olympiques d'hiver en 2018 voit son impact environnemental aujourd'hui décrié par plusieurs associations écologistes.
« Nos craintes ne sont pas nouvelles. Nous avons adressé plusieurs courriers aux ministères des Sports et de l'Ecologie depuis le mois de septembre 2010 afin de demander le classement de plusieurs zones sensibles » explique Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE). Ces courriers n'ayant pas obtenu de réponse, la colère a poussé FNE, la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) et la CIPRA (Commission internationale pour la protection des Alpes) à envoyer directement une lettre à la Commission d'évaluation du CIO, le 1er février.

Les associations écologistes tirent le signal d'alarme

Les associations ont en ligne de mire trois sites qu'elles estiment fragilisés par le projet d'accueil des JO. C'est pourquoi, elles demandent des mesures d'accompagnement et de protection. Le premier de ces sites, le plateau du Semnoz, est destiné à accueillir les nouvelles glisses comme le free-style. « Ce massif calcaire représente aujourd'hui un espace de promenade familiale. Etant dépourvu d'accès à l'eau, il est pour l'instant préservé de toute volonté de construction. Mais l'organisation de ces épreuves serait la porte ouverte à une urbanisation importante » craint Fabien Perriollat, président de la FRAPNA Haute-Savoie. Il demande donc son classement en espace naturel sensible pour éviter les dérapages immobiliers.
La plaine agricole du Mont-Blanc, située en aval de Chamonix, représente le deuxième point noir. Selon le projet de candidature, un village olympique et une gare de transfert se trouveront dans cette zone, l'une des dernières terres agricoles de la vallée, qui accueille par ailleurs un corridor écologique. « C'est un lieu de passage privilégié pour les animaux entre le massif du Chablais et les massifs du Sud » détaille Fabien Perriollat, qui souhaite son classement en zone agricole protégée.
Enfin, le troisième site - la chaîne de montagne des Aravis, située entre le Grand-Bornand et La Cluzaz - pourrait se souvenir longtemps du passage des athlètes des épreuves nordiques. Aujourd'hui, cet espace accueille essentiellement des skieurs au printemps et des randonneurs qui grimpent au belvédère s'offrir un face-à-face avec le Mont-Blanc. Selon la FRAPNA, il pourrait demain connaître une forte pression immobilière et foncière, sauf si les autorités locales procèdent au classement des Aravis au titre de la loi de 1930 sur les monuments naturels et les sites.

Annecy 2018 met en avant son projet environnemental

« Notre lettre au CIO a fortement déplu à la coordination nationale d'Annecy 2018. Mais nous ne sommes pas du tout opposés à cette candidature. On a été perçus comme des empêcheurs d'aménager en rond alors que nous estimons simplement que le projet est trop faible du point de vue environnemental » se défend Benoît Hartmann.
Exposé dans une dizaine de pages (alors que le dossier de candidature en compte plus de 400), le chapitre consacré à l'environnement se donne pour objectif de faire « des Jeux exemplaires dont l'héritage sera la montagne du XXIème siècle ». Un conseil d'orientation dédié à l'environnement et au développement durable a été créé fin 2009. Au rythme d'une réunion par mois, il réunit une cinquantaine d'acteurs : quelques associations dont Prioriterre, Mountain Riders, ou la Cipra (partie en janvier dernier en raison de son désaccord), ainsi que des experts ou des représentants de stations engagées comme La Cluzaz. « L'objectif principal est de réaliser des jeux dont l'empreinte sera positive. Pour cela, nous misons sur la compensation des émissions de CO2 et des impacts sur la biodiversité » démontre Anne Huguet, directrice adjointe de Prioriterre. Associée au programme Action Carbone de la Fondation GoodPlanet (présidée par Yann Athus-Bertrand, qui fait partie des « ambassadeurs du projet », impliqués dans la candidature), l'équipe d'Annecy 2018 s'engage à compenser au minimum les émissions prévisionnelles de 472 000 tonnes eq. CO2.
Du côté de la biodiversité, l'équipe a évalué que sur les 422 ha des futurs sites olympiques, 18 ha seront déboisés, 1,5 ha de zone agricole sera perdu, mais une compensation est prévue avec CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des Dépôts, grâce à des opérations de culture et de reboisement. Enfin, le « plan pilote » se base sur quatre dynamiques : les éco-stations (déjà en route par l'intermédiaire du programme européen de recherche Interreg Iva), le train des jeux (transports collectifs par voie ferrée et routière), la filière bois et l'efficacité énergétique. Anne Huguet table sur une utilisation à 100% d'énergies renouvelables, tout en reconnaissant « qu'il est difficile de savoir quelle sera l'énergie la plus en pointe en 2018 ».
Ces arguments seront-ils convaincants ? Pour l'heure, Munich et Pyeongchang (Corée du Sud) bénéficient d'un budget de candidature très supérieur à celui d'Annecy, qui s'élève à 21 millions d'euros. La ville retenue sera annoncée le 6 juillet à Durban.

Stéphanie Senet
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