Publié le 31 mai 2019

ENVIRONNEMENT

[Édito Vidéo] Mettre un prix sur la nature pour la sauver ?

Les humains semblent bien incapables de prendre soin des services qui leur sont rendus quand ceux-ci sont gratuits. C’est le cas de ceux rendus pas la biodiversité qui pollinise nos champs, purifie notre eau, capture le carbone… Pour les rendre plus tangible, d’aucuns cherchent à donner une valeur réelle de l’apport de la biodiversité sur nos économies.

Les populations de vers de terre déclinent. Pourtant ils jouent un rôle essentiel dans la qualité des terres.
@JohnShepard

La biodiversité mondiale est en train de s’effondrer. Plus d’un million d’espèces sont en danger dans la seule décennie à venir et les dégradations actuelles des écosystèmes ne laissent rien présager de bon. Outre la tristesse d’un monde sans guépard ou rhinocéros, c’est aussi un ensemble d’équilibre et de mécanismes naturels qui sont mis à mal comme la pollinisation par les insectes, la filtration de l’eau par des plantes, la qualité des sols grâce aux vers…

L’Humanité possède une maîtrise technologique suffisante pour se passer, en partie et de manière dégradée, de ces services rendus. Elle est d’ores et déjà capable de déployer des armées de mini-drones volants pour suppléer le travail des abeilles ou de filtrer quasiment n’importe quelle pollution… Mais cela revient à dépenser des sommes considérables pour compenser un service naturel. Le problème fondamental est que l’être humain semble incapable de prendre soin de ce qui est gratuit.

125 000 milliards de dollars par an

C’est pourquoi, depuis une trentaine d’années, des économistes calculent la valeur globale des services rendus par la nature. Un travail subjectif et complexe. En 2014, le chiffre colossal de 125 000 milliards de dollars a été proposé, soit une fois et demie le PIB mondial. Cette somme fait aujourd’hui référence. Elle sert l’idée de "Mettre un prix sur la nature permettrait de la sauver". Pour aller plus loin, certains proposent d’introduire sur des marchés financiers la destruction de l’environnement.

Le mécanisme aurait une vraie puissance puisque le nombre de secteurs économiques concernés est considérable. L’effet pervers est que les mécanismes de compensation de la biodiversité ou de préservation des écosystèmes impliquent en général une destruction préalable de la nature. Nous ne sommes pas vraiment dans une logique de prévention.

Pour L’ONG Green Finance Observatory, "la biodiversité en tant que nouvelle classe d’investissement pourrait créer un aléa moral et des risques de crises financières". L’alternative est donc que, moyennant une régulation adaptée, les civilisations modernes soient capables de prendre soin des services gratuits de la nature… et en cela l’Humanité a encore ses preuves à faire.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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