Publié le 27 février 2020

ENVIRONNEMENT

COP15 Biodiversité : l'objectif de 30 % d'espaces protégés en 2030 ne suffira pas à garantir un succès

Depuis le début de la semaine, les négociateurs de 140 pays sont réunis à Rome, en Italie, pour plancher sur le nouveau cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020, en vue de la COP15 Biodiversité qui se tiendra à Kunming, en Chine en octobre. Il s’agit de déboucher sur un succès similaire à l'Accord de Paris pour le climat en 2015. Mais pour l'instant, l'objectif phare de 30 % d'espaces protégés n'est jugé ni assez ambitieux ni suffisant pour garantir un succès. 

Espaces proteges biodiversite
Pour l'instant, la question d'un objectif principal n'a pas été tranchée par la communauté internationale.
@CC0

Plus de 1 000 délégués venus de 140 pays sont réunis toute la semaine à Rome pour étoffer la feuille de route sur la biodiversité, dévoilée mi-janvier par la Convention sur la biodiversité biologique (CBD). Une nouvelle version doit être publiée mi-juin avant une dernière session de travail préparatoire en amont de la COP15 Biodiversité qui se tiendra en Chine, du 15 au 28 octobre.   

Les négociateurs travaillent plus particulièrement sur la première partie du texte consacrée aux objectifs à atteindre d'ici le milieu du siècle, avec un point d'étape à 2030. L’une des mesures phares est la protection d'au moins 30 % de la planète (terres et mers réunis) d'ici dix ans, et au moins 10 % sous stricte protection, ces pourcentages restant à négocier. Aujourd’hui, les zones protégées représentent 17 % des surfaces terrestres et 10 % des surfaces maritimes.

"Nous devons agir avec audace"

Cet objectif pourrait devenir un indicateur clé au même titre que l’était le seuil de 2°C de réchauffement global dans les négociations climatiques pendant la COP21 à Paris. "Mais pour l’instant, la question de savoir si la communauté internationale veut un objectif unique comme le 2°C, n’a pas été tranchée car elle est très complexe", explique Yann Wehrling, ambassadeur à l'environnement pour la France. "Il existe donc un débat autour de cet objectif principal qui pourrait aussi porter sur l’arrêt du nombre d’espèces en danger d’ici 2030", ajoute-t-il.

D’ores et déjà, 23 anciens ministres des affaires étrangères du monde entier, réunis au sein de "l’Aspen ministers forum", appellent les gouvernements à aller plus loin et à endosser un objectif de protection "d’au moins 30 % des terres et 30 % des océans d'ici à 2030". "L’humanité est au bord du précipice : elle risque de provoquer une perte irréversible de biodiversité et une crise climatique qui met en péril l’avenir de nos petits-enfants et des générations à venir. Nous devons agir avec audace, et le faire sans attendre" écrivent-ils dans un communiqué.

Ne pas se focaliser que sur les objectifs   

Mais attention à ne pas se focaliser uniquement sur les objectifs, alerte Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Iddri. "Deux volets supplémentaires demandent notre attention : celui sur les moyens et modalités de mise en œuvre et celui sur le cadre de transparence et de responsabilité", défend-il. Les précédents objectifs sur la biodiversité, dits d'Aichi, adoptés en 2010, étaient très ambitieux mais ont mené à un échec notamment faute de suivi.

Autre obstacle à lever : l’agenda international particulièrement encombré en ce moment. "Nous ne sommes pas dans une phase où le fonctionnement multilatéral est en pleine forme, explique Cyrille Pierre, directeur général adjoint au développement international au sein du ministère des Affaires étrangères. "Les crises géopolitiques actuelles sont lourdes et peuvent détourner l’attention de crises plus silencieuses comme la biodiversité pour laquelle le degré de maturité est bien moindre que sur d’autres enjeux globaux", prévient-il.

Reste qu'il y a aussi des "vents favorables tels que le Pacte vert européen, la mobilisation du secrétaire générale de l’ONU [avec un sommet spécial prévu en septembre, NDR], l’existence de quelques champions internationaux et des coalitions qui commencent à voir le jour", explique le diplomate. "Nous ne nous attendons pas à un échec", a martelé Elisabeth Maruma Mrema, la secrétaire générale de la CBD, assurant que les erreurs du passé avaient été apprises. Espérons que d'ici octobre, le coronavirus ne sera plus qu'un lointain souvenir et qu'il ne pèsera pas sur la réussite de cette COP15 qui se tiendra, rappelons-le, à Kunming dans la province du Yunnan.

Concepcion Alvarez, @conce1


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