Le Brésil connaît une nouvelle fois cet hiver des pluies torrentielles, provoquant des inondations records et des glissements de terrain meurtriers. Alors que les Brésiliens retourneront aux urnes en octobre prochain et qu'ils sont 60 % à désapprouver l'action du président actuel Jair Bolsonaro, celui-ci continue de nier le changement climatique et n'hésite pas à multiplier les cadeaux aux industriels miniers et agroalimentaires. Ces mesures ont pourtant des conséquences néfastes sur l'environnement et les peuples autochtones. 

En quelques heures, la pittoresque ville de Pétropolis a reçu plus de pluie que pendant tout un mois de février habituel. Au moins 94 personnes sont mortes et 35 sont portées disparues dans les inondations et glissements de terrain provoqués par les pires pluies en près d’un siècle dans cette ville touristique de située près de Rio de Janeiro, placée en "état de calamité". En janvier, le pays avait déjà été frappé par des précipitations particulièrement sévères dans les États de Bahia (nord-est), Minas Gerais et Sao Paulo (sud-est), que les experts ont liées au réchauffement climatique.


Mais cela n’empêche pas le président d’extrême-droite, Jair Bolsonaro, de continuer de nier le changement climatique et de multiplier les cadeaux aux industries minières et agroalimentaires à l’approche des présidentielles d’octobre. Développement de l’orpaillage, allègement des restrictions sur les pesticides, destruction de l’Amazonie, le président brésilien affiche un bilan environnemental désastreux.

L’orpaillage encouragé


Dernière polémique à son actif, la signature d’un décret le 14 février visant à développer l’orpaillage, notamment en Amazonie, alors que la pratique est dénoncée par les écologistes pour ses impacts sur la déforestation et la pollution des rivières, mais aussi sur les peuples autochtones. Le gouvernement estime que quelque 4 000 orpailleurs illégaux opèrent dans des territoires indigènes en Amazonie, un chiffre largement sous-évalué selon les écologistes.  
Le texte prévoit la "mise en place de politiques publiques pour encourager le développement des activités minières artisanales et à petite échelle, en vue du développement durable". Jair Bolsonaro, dont le père a déjà été orpailleur, a toujours défendu les "garimpeiros" (terme brésilien qui les désigne). Mais les activités minières ont causé la destruction de 125 km2 de forêt amazonienne l’an dernier, une surface supérieure à celle de Paris intra-muros. L’usage du mercure pour séparer les particules d’or des autres sédiments est aussi une source de pollution des fleuves. Et les orpailleurs sont accusés d’envahir les territoires autochtones.

"Ils sont en train de libérer le poison pour l’envoyer dans nos assiettes"


Quelques jours plus tôt, les députés avaient approuvé une loi controversée sur les pesticides surnommée "la loi du poison" par ses détracteurs, mais dont les partisans affirment qu’elle contribuera à moderniser l’agriculture. Soutenu par le président Bolsonaro, qui a toujours appelé de ses vœux l’expansion des activités minières et agricoles en Amazonie, le texte assouplit les règles d’usage des pesticides et donne au seul ministère de l’Agriculture le pouvoir d’autoriser les nouveaux produits. Sous ce quinquennat, ce sont plus de 1 000 nouveaux pesticides qui ont déjà été autorisés.  
"Ils sont en train de libérer le poison pour l’envoyer dans nos assiettes", s’est alarmé le chef de l’opposition parlementaire, Alessandro Molon, en affirmant que la nouvelle loi aura des conséquences "irréversibles" pour la santé des Brésiliens. Le gouvernement Bolsonaro "est en train de choisir un modèle qui rend malade, déforeste et tue", a dénoncé l’organisation écologiste Greenpeace.   
Depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro en 2019, la déforestation amazonienne bat des records. Pour le seul mois de janvier 2022, elle a été multipliée par cinq par rapport à la même période l’année précédente. C’est l’équivalent de sept fois la taille de Manhattan qui a disparu en seulement un mois. Le président brésilien fait en outre l’objet de plaintes pour "écocide" et "génocide" auprès de la Cour pénale internationale. L’Articulation des peuples autochtones du Brésil (APIB) appelle ainsi à "examiner les crimes perpétrés contre les peuples autochtones par le président Jair Bolsonaro".
Concepcion Alvarez @conce1 avec AFP

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