Publié le 27 décembre 2018

ENVIRONNEMENT

Après l’Islande et la Norvège, le Japon annonce la reprise de la chasse commerciale des baleines

Le Japon a annoncé son retrait de la Commission baleinière internationale (CBI) dans le but de reprendre la chasse commerciale dès juillet prochain, défiant ouvertement les défenseurs des cétacés 30 ans après y avoir mis fin. Pour Tokyo, "l’abondance de certaines espèces" justifie cette décision.

Harpon baleinier japon Baleine chasse KazuhiroNogi AFP
Un harpon pour baleine sur un navire japonais de chasse.
@KazuhiroNigo/AFP

Tokyo renoue publiquement avec la chasse à la baleine à des fins commerciales, rejoignant l'Islande et la Norvège. Le pays a officialisé mercredi 26 décembre son départ de la Commission baleinière internationale (CBI). Les baleiniers nippons pourront donc reprendre leur activité dès juillet prochain.

En réalité, l'archipel n'a jamais complètement cessé cette pratique : il utilise en effet une faille du moratoire mis en place en 1986, qui autorise la chasse aux cétacés pour des recherches scientifiques. Les critiques n'ont pas tardé, le gouvernement australien se disant "extrêmement déçu" et exhortant le Japon à revoir sa position. Le ministre des Affaires étrangères néo-zélandais Winston Peters a adressé à Tokyo un message similaire, fustigeant "une pratique dépassée et inutile".

Le Japon s'abstiendra cependant d'aller chasser "dans les eaux de l'Antarctique ou dans l'hémisphère sud", a indiqué le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, lors d'un point presse. La pêche sera "limitée aux eaux territoriales et à la zone économique exclusive", "en accord avec les quotas de prises calculés selon la méthode de la CBI afin de ne pas épuiser les ressources", a-t-il précisé sans donner de chiffres.

Abondance de certaines espèces

Yoshihide Suga a justifié cette décision par "l'absence de concessions de la part des pays uniquement attachés à la protection des baleines", "bien que des éléments scientifiques confirment l'abondance de certaines espèces", selon lui.

Un désaccord "évident" est apparu lors de la réunion de la CBI en septembre dernier, a-t-il expliqué. L'instance avait alors rejeté le texte phare porté par le Japon, intitulé "le chemin à suivre". Il visait à mettre en place une double voie au sein de la CBI, instance de 89 pays membres, afin de faire coexister la préservation et la chasse commerciale des baleines. La proposition aurait mis fin au moratoire de 1986, dont le Japon est signataire. Le Japon était par ailleurs le plus gros contributeur financier de la Commission.

"Un retrait n'est pas la meilleure option, mais c'est ce qui est préférable afin de parvenir à notre objectif principal qui est de reprendre la pêche commerciale", a souligné Hideki Moronuki, un responsable de l'Agence des pêches.

Le Japon ouvre ainsi un nouveau front entre les détracteurs et défenseurs de la pêche aux cétacés, que les Japonais considèrent comme une importante tradition nippone multiséculaire. De nombreux membres du Parti libéral-démocrate (PLD), formation conservatrice du Premier ministre Shinzo Abe, défendent "la richesse de cette culture", selon les termes du porte-parole du gouvernement. "Nous espérons que cette décision permettra de la transmettre à la prochaine génération", a-t-il argué.

Nation pirate

Les organisations écologistes ont aussitôt condamné avec force la nouvelle. "Il est clair que le gouvernement tente de faire passer cette annonce en douce à la fin de l'année, loin des projecteurs des médias internationaux, mais le monde n'est pas dupe", a réagi dans un communiqué Sam Annesley, responsable de la branche japonaise de Greenpeace.

"La décision du Japon est en décalage total avec la communauté internationale, et fait fi de la nécessité de protéger nos océans et ces créatures majestueuses", a-t-il insisté. L'association américaine Humane Society International (HSI) a de son côté déploré que l'archipel "devienne une nation pirate des baleines".

La saison dernière, les pêcheurs nippons ont tué près de 600 baleines au titre des expéditions scientifiques, à la fois dans l'Antarctique et le Pacifique. En dépit de ce motif officiel, la chair de cet animal finit souvent sur les étals des poissonniers, même si la plupart des Japonais disent aujourd'hui ne pas en manger, ou très rarement.

La dernière étude de l’Union mondiale pour la nature (UICN) révèle une légère amélioration pour le sort des cétacés. Le rorqual commun (Balaenoptera physalus), plus grand animal au monde après la baleine bleue, est passé du statut d’espèce "en danger" à celui d’espèce "vulnérable". On assiste à une remontée importante de sa population. Elle a doublé depuis 1970 pour atteindre 100 000 individus. De même, la situation des baleines grises, chassées depuis des siècles pour leur graisse et leur viande, s'est également améliorée.

Ludovic Dupin avec AFP


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