Retour au bercail pour Tara. Après deux ans et demi à explorer des récifs coralliens dans le Pacifique et à mesurer l'impact du changement climatique sur ces écosystèmes riches mais menacés, la goélette scientifique est arrivée 27 octobre samedi au port de Lorient avec des nouvelles peu rassurantes.

Des dizaines de scientifiques ont pris place à bord du navire de 36 mètres de long au cours de son périple de plus de 100 000 kilomètres qui l’a conduit dans une quarantaine de pays, du Panama au Japon en passant par les îles Samoa, Hong Kong ou encore l’Australie. Le but de cette mission inédite, partie en mai 2016, était de parcourir l’océan Pacifique pour étudier la diversité des récifs coralliens et mieux appréhender l’impact du réchauffement climatique.
"C’est la première fois qu’on va avoir un état des lieux précis de la santé des coraux à l’échelle d’un océan entier", a souligné Stéphanie Thiébault, directrice de l’institut écologie et environnement CNRS, à Groix. "On n’a pas de résultats scientifiques" pour l’instant, "par contre on a observé beaucoup de choses", a expliqué Romain Troublé, directeur général de la fondation Tara expéditions.
"On a observé des récifs très tristes comme ceux des Samoa" avec des coraux morts, et "des récifs magnifiques", a complété Serge Planes, directeur scientifique de l’expédition, qui parle de "patchwork". Le petit atoll de l’île isolée de Ducie a par exemple souffert d’un fort blanchiment quand l’archipel de Chesterfield, lui aussi préservé d’activités humaines, présente des coraux en très bonne santé.
30 % des espèces marines
"Au global l’équilibre n’est pas catastrophique mais on est dans des systèmes très fragiles", qui peuvent vite se dégrader, a poursuivi Serge Planes. Les scientifiques disposaient de deux laboratoires à bord, un "humide", une petite cabine sur le pont, et un autre "sec" emménagé dans un coin du couloir desservant les cabines.
Les récifs coralliens ne couvrent que 0,2 % de la superficie des océans, mais réunissent environ 30 % des espèces marines connues à ce jour. Plusieurs menaces pèsent sur eux : les aménagements portuaires et touristiques, la pêche à l’explosif ou au cyanure, la pollution, des espèces invasives, le réchauffement des eaux qui entraîne leur blanchiment ou encore l’acidification des océans.
20 % des récifs sont déjà détruits, 15 % risquent de l’être d’ici à 10-20 ans. Les coraux protègent les côtes de l’érosion ou rendent des services pour la pêche, en attirant des poissons. Plus de 500 millions de personnes en dépendent.
Donner du temps
"C’est important de donner du temps aux récifs pour se reconstruire", a souligné Serge Planes. Si le réchauffement climatique ne peut pas être stoppé du jour au lendemain, "on peut demain empêcher la construction d’une digue", rappelle-t-il.
"Nous créerons une base de données" pour "comprendre ce que peuvent devenir ces écosystèmes à l’avenir", a fait savoir Patrick Wincker, directeur de recherche au CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives).
Cette même semaine, le WWF a révélé sa nouvelle étude bisannuelle "Planète vivante" sur l’état de la biodiversité. Selon cette dernière, en 40 ans, 60 % des populations d’animaux sauvages sur Terre ont disparu : poissons, mammifères, oiseaux, amphibiens et reptiles. Les espèces n’ont jamais décliné à un rythme si rapide, qui est aujourd’hui cent à mille fois supérieur que celui calculé au cours des temps géologiques", indiquent les experts. 
La Rédaction avec AFP

Découvrir gratuitement l'univers Novethic
  • 2 newsletters hebdomadaires
  • Alertes quotidiennes
  • Etudes