Publié le 23 décembre 2020

ENVIRONNEMENT

[Anticipation] Et si la destruction massive de la biodiversité était stoppée par le Traité de Kunming

La pandémie de COVID 19, première zoonose qui a paralysé le monde entier et tué plus d’un million et demi de personnes en 2020, a provoqué un sursaut global. Tous les pays réunis l’année suivante à la COP 15 sur la biodiversité organisée en Chine, ont signé et appliqué un Traité très ambitieux pour mettre fin à la destruction massive de la biodiversité. Un changement de cap que n’avait pas réussi l’Accord de Paris sur le climat, cinq ans auparavant. En cette période de fêtes, Novethic vous propose une série de récits prospectifs inspirés de cette année pas comme les autres.

Deforestation amazonie juillet 2020 christian braga greenpeace
En 2021, le Brésil reconnait l'Amazonie comme un bien commun de l'humanité et la protège contre la déforestation.
Christian Braga Greenpeace

Lors du One Planet Summit sur la biodiversité, organisé virtuellement le 11 janvier 2021 par le gouvernement français, on avait senti un premier frémissement. Les milliers de participants derrière leurs écrans avaient tous été éprouvés par la pandémie et avaient le même mot d’ordre : Plus jamais ça ! Le SRAS COV 2 avait montré au monde qui était le maitre : la nature. Déforestée, privée de milliers d’espèces en voie de disparition, faune et flore confondues, elle s’était vengée.

Un virus mutant passé de l’animal à l’homme, avait paralysé toute l’économie mondiale, démontant les chaines de sous-traitance planétaires, faisant des dizaines de milliers de morts. Quel catalyseur ! Il avait réussi à faire comprendre à tous quelles étaient les conséquences dramatiques qu’entrainait le changement climatique et la destruction de la biodiversité : une modification irrémédiable des conditions de vie des humains sur la Terre où ils avaient pourtant construit une civilisation digitale incroyablement sophistiquée !

Un miracle onusien

Cette prise de conscience avait entrainé un miracle onusien, en mai 2021 à Kunming en Chine, à la Conférence des parties qui réunissaient les signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB). Pour la première fois, pas de discussion interminable pour modifier l’alinéa du texte, d’oppositions entre pays désireux de s’approprier leur bout de terre pour continuer à le surexploiter. Le Brésil avait reconnu que l’Amazonie était un bien commun mondial et qu’il fallait la protéger de toute nouvelle tentative de déforestation. Les Africains avaient enfin déployé le Great Green Wall grâce à la force de conviction de son infatigable avocate la chanteuse Inna Modja.

Le Paraguay avait renoncé à tout élevage bovin conscient que celui-ci avait ravagé, en une dizaine d’années seulement, son capital biodiversité, le Chaco. Surnommé "l'enfer vert", il avait réussi à conserver pendant des siècles toute sa diversité biologique grâce à ses températures extrêmes, ses forêts impénétrables et l’hostilité de ses indigènes. En choisissant de freiner cette civilisation destructrice, le pays avait donné l’exemple à tout le continent américain qui avait ensuite renoncé à manger de la viande dopée au soja OGM et aux antibiotiques.

Sur les océans les derniers pêcheurs qui avaient survécu à la guerre sans merci qui avaient opposé dans la Mer du Nord les Européens aux Brexiters  en janvier 2021, avaient détruit leurs chalutiers industriels. En application du Traite de Kunming, ils ne pêchaient désormais plus que des petites quantités de poisson adultes et uniquement d’espèces non menacées.

Lier protection de la biodiversité et lutte contre le changement climatique

Tous ces efforts ont mis une trentaine d’années à avoir des effets visibles pour tous car, dans le même temps, le monde entier était toujours confronté à la transformation radicale du climat. L’Accord de Paris lui n’avait pas été respecté parce que les différents pays signataires n’avaient pas pu renoncer à leurs modèles énergivores et atteindre la neutralité carbone à laquelle ils s’étaient massivement engagés en 2020. Alors, en 2050, entre deux catastrophes climatiques, on s’accroche à l’esprit du Traité de Kunming.

Nous savons grâce à lui que l’humanité entière a été capable, au moins une fois dans son histoire, de laisser respirer la terre parce que c’est indispensable à sa survie. 2020 a été une grande leçon sur les sacrifices nécessaires à faire pour survivre en tant qu’espèce. Nous nous sommes appuyés sur la pandémie pour faire enfin ce grand changement auquel les scientifiques avaient appelé des dizaines d’années auparavant. Malheureusement nous n’avons pas réussi à lier protection de la biodiversité et lutte contre le changement climatique. Pour cela il aurait fallu nous penser comme partie prenante d’un éco système en déliquescence à protéger dans toutes ses dimensions ! Il nous reste une autre moitié de siècle pour tenter d’y parvenir.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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