Publié le 05 août 2014

ENVIRONNEMENT

Viande : une facture trop salée pour l’environnement

Grand émetteur de gaz à effet de serre, trop gourmand en eau, consommateur d’antibiotiques… l’élevage intensif montre ses limites environnementales. En 68 pages d’infographies et de chiffres, l’"Atlas de la viande", publié par la Fondation Heinrich-Böll et l’ONG les Amis de la Terre, dresse un état des lieux sans concession. Des chiffres qui font peur, mais qui encouragent une consommation responsable.

Couverture de l'Atlas de la viande
© DR

Biodiversité : 83% du lait mondial produit par une seule race de vaches

Aujourd’hui, une dizaine de multinationales de la viande domine le marché international. En tête, JBS, une entreprise brésilienne, qui abat chaque jour 12 millions de volailles, 85 000 bovins et presque autant de porcs, qu’elle distribue ensuite dans 150 pays.

La même concentration s’applique à la sélection génétique. Quatre compagnies se partagent 97% de la recherche sur le poulet et 75% de la recherche sur les bovins et le porc. Conséquence: la diversité génétique se réduit drastiquement, passant à la trappe la majorité des 8 000 espèces domestiquées actuellement recensées. Par exemple, la race de vache holstein couvre 83% du marché mondial du lait. Quant aux porcs, trois races se partagent les trois quarts du marché. Comme pour les cultures, cette réduction de la biodiversité inquiète les experts, alors qu’elle réduit d’autant les capacités d’adaptation de l’élevage au changement climatique.

 

 

Climat : 30% des émissions de gaz à effet de serre produites par l’élevage

L’élevage est très émetteur de gaz à effet de serre. Au-delà des rejets connus de méthane liés à la digestion des ruminants, l’Atlas de la viande comptabilise aussi les émissions de dioxyde de carbone et de protoxyde d’azote. Ce dernier, lié aux excédents d’azote, est un gaz à effet de serre (GES) particulièrement nuisible, 300 fois plus que le CO2. L’ensemble des activités liées à l’élevage, y compris les cultures destinées à l’alimentation des animaux, contribuerait ainsi à 32% des émissions de GES.

Terres : 40% des céréales mondiales destinées à l’élevage

L’élevage engloutit 40% des céréales mondiales, soit 800 millions de tonnes. Auxquelles il faut ajouter 250 millions de tonnes de soja. Ces cultures représentent un tiers des surfaces cultivées. Selon l’Atlas de la viande, cette proportion s’élèverait même aux trois quarts de la surface agricole en tenant compte de l’ensemble des coproduits des cultures destinés à l’élevage comme la paille, les tourteaux de soja... (Voir notre article: La trop forte empreinte terre des Européens.)

Dans les nouveaux pays grands producteurs de viande et de soja, l’élevage est aussi une des premières causes de la déforestation. En Amazonie, 62% des terres sont déforestées directement par les éleveurs. Cet impact devrait s’aggraver, alors que les élevages les plus industrialisés (porcs et volailles) enregistrent les plus fortes croissances. La production de poulet devrait augmenter de 25% entre 2010 et 2020. Cette évolution conduit à une marginalisation des pâturages dans l’alimentation animale au profit des cultures.

Eau : 15 500 litres d’eau pour produire 1 kg de bœuf

L’élevage est également très gourmand en eau : il mobilise 20% des ressources mondiales disponibles. Et pour cause : produire un kilo de bœuf nécessite environ 15500 litres d’eau (cent fois plus qu’un kilo de carottes). Si l’Atlas invite à modérer sa consommation de viande, il rappelle aussi que tous les modes d’élevage ne se valent pas. Et qu’un animal élevé à l’herbe consomme moins d’eau que celui engraissé à l’intérieur d’un bâtiment. Si la croissance de la production se maintient, prévient le rapport, la consommation d’eau pourrait encore doubler d’ici à 2050. Quant à la pollution de l’eau, les dégâts du lisier en Bretagne donnent une image inquiétante de ce qui attend la Chine. Ce géant, qui produit plus de porcs que l’Europe, les États-Unis et le Brésil réunis, aura industrialisé la moitié de sa production porcine d’ici une poignée d’années.

Santé : 100 000 tonnes d’antibiotiques par an pour les élevages chinois

Autre source d’inquiétude, la contribution de l’élevage au développement de l’antibiorésistance. L’élevage consomme en effet plus d’antibiotiques que l’humanité. Cette situation est une conséquence directe des conditions intensives d’élevage, plus exposées aux épidémies. Les antibiotiques sont aussi largement utilisés pour accélérer la croissance des animaux. A titre d’exemple, un porc qui reçoit des antibiotiques a besoin de 10 à 15% d’aliments en moins pour atteindre le même poids qu’un animal non dopé.

Si l’Union européenne a interdit l’usage des antibiotiques comme facteur de croissance, leur consommation n’y a toujours pas baissé. Ailleurs, elle continue d’augmenter. A elle seule, la Chine administre à ses élevages 100 000 tonnes d’antibiotiques chaque année. Cette surconsommation de médicaments contribue à la pollution de l’environnement par des molécules chimiques (voir notre article : La pollution de l'eau par les médicaments n'est pas analysée).  

Article initialement publié sur novethic.fr le 29 janvier 2014

Magali Reinert
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