Publié le 05 août 2014

Cartouche supply chain

ENVIRONNEMENT

Pollution pétrolière au Nigeria : Shell va devoir s’expliquer sur son inertie

Un rapport publié le 4 août par Amnesty International et des associations locales révèle que Shell et le Nigeria n’ont pratiquement rien fait contre la pollution pétrolière qui ravage le delta du Niger. Et ce, malgré une enquête menée par l'organisation environnementale des Nations Unies et des actions en justice. Un rapport qui pourrait peser contre la compagnie pétrolière lors du procès qui se tiendra en mai 2015. 

La pollution pétrolière fait des ravages dans le delta du Niger. Ci-dessus dans le village de Bodo, non loin de l’usine Shell Petroleum Development Company (SPDC) au Nigeria, en juin 2010.
Pius Utomi Ekpei / AFP

"Pas de progrès". C’est l’implacable constat du rapport publié ce 4 août par Amnesty International avec les Amis de la Terre Europe et Nigeria, le CEHRD (Centre pour l’environnement, les droits de l’homme et le développement) et Platform concernant l’évolution de la situation dans le delta du Niger. Cette partie du Nigeria – premier producteur de pétrole africain – est ravagée par une pollution incontrôlée liée à cinquante ans d'exploitation pétrolière.

Principale major à opérer dans la région, Shell est régulièrement pointée du doigt par les associations de défense de l’environnement et des droits humains pour son implication dans cette pollution qui a de graves conséquences sanitaires sur la population. De nombreuses fuites ont conduit au déversement de centaines de milliers de barils de pétrole, souillant la terre, l’eau et l’air de la région.  

Shell est accusée par les organisations non gouvernementales et la communauté Ogoni d'avoir négligé l'entretien de son matériel, tout en continuant de l’utiliser, et de ne pas avoir pris les mesures qui s'imposaient pour protéger et dépolluer le delta du Niger. Il y a trois ans, l’organisation environnementale des Nations Unies, le PNUE, leur donnait en partie raison dans un rapport faisant suite à plus d’un an d’investigations poussées.

 

Aucune mesure significative 

 

L’enquête scientifique concluait que l’opération de nettoyage adéquate devrait durer de 25 à 30 ans et mobiliser des moyens importants. Le PNUE appelait la compagnie pétrolière et le gouvernement nigérian à mettre en place un plan d’information et de dépollution financé à hauteur de 1 milliard de dollars. Trois ans plus tard, les actions engagées par la compagnie pétrolière et l’Etat ne sont que de la poudre aux yeux, dénoncent les associations.

"Depuis la publication de l’étude du PNUE, le gouvernement du Nigeria et Shell n’ont pris quasiment aucune mesure significative pour mettre en œuvre ces recommandations", note le rapport. Le PNUE avait établi 27 recommandations portant sur la dépollution de l’eau, des sols, la restauration de la mangrove, des études sanitaires, etc.  Mais aucune n’a été réalisée complètement à ce jour. Deux seulement – une campagne de sensibilisation sur les impacts sanitaires et environnementaux de la pollution et une autre sur les dangers de l’exploitation illégale du pétrole Le Programme des Nations unies pour l'environnement – ont été "partiellement" menées.

 

La responsabilité de Shell en procès

 

Shell refuse cependant de reconnaître sa responsabilité dans cette pollution. Selon la compagnie pétrolière néerlandaise, elle est essentiellement due aux actes de sabotage des rebelles nigérians et à l’exploitation illégale dont seraient responsables les communautés locales.

Cet argument – contesté par les organisations non gouvernementales et la communauté Ogoni – n’est toutefois plus recevable si l’on en croit les dernières décisions de justice. En janvier 2013, le tribunal de La Haye condamnait la filiale nigériane du groupe à payer des dédommagements à des fermiers dont le terrain avait été pollué par des fuites de pétrole. Le tribunal reconnaissait que les fuites étaient liées à des sabotages, mais il considérait aussi que la filiale aurait dû prendre des mesures pour les empêcher. 

C’est aussi ce qu’a estimé la justice britannique le 20 juin 2014. Lors d’une audience préliminaire à un procès qui doit se tenir en 2015, la Haute Cour de Londres a considéré que Shell Nigeria avait le devoir de prendre des dispositions raisonnables (détection de fuites, équipement de surveillance, matériel antivol) pour protéger ses oléoducs.

Conséquence directe : les plaignants nigérians qui réclament justice depuis des années sont autorisés à demander réparation à la compagnie pétrolière. Un premier pas d’ores et déjà considéré comme "historique" par les associations qui suivent le dossier.

Béatrice Héraud
© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Agriculture

Avec ou sans pesticides, bio ou OGM, les modes de production agricole jouent un rôle déterminant sur la biodiversité et la pollution. Le développement massif de monocultures comme celle de l’huile de palme dans certaines régions entraine des problèmes variés dont la déforestation.

APRE S LE GLYPHOSATE LE NOUVEAU SCANDALE PHYTOSANITAIRE S APPELLE CHLORPYRIFOS

Après le glyphosate, le nouveau scandale phytosanitaire s’appelle chlorpyrifos

C'est un pesticide interdit en France et pourtant on en retrouve des résidus dans les fruits et légumes vendus en rayon. Le chlorpyrifos, encore autorisé dans l'Union européenne, doit être réévalué par la Commission européenne, sa licence d'autorisation de mise sur le marché arrivant à échéance....

Inondation champs de mais Nebraska ScottOlson GettyImage NorthAmerica AFP

Le manque de maïs attendu mondialement dès 2020 illustre l’impact systémique du changement climatique

Le Midwest américain a les pieds dans l’eau. Ces inondations, qui risquent de devenir la norme face au réchauffement, empêchent les agriculteurs de semer le maïs. D’ores et déjà, le gouvernement américain prévoit une production en recul de presque 10 % cette année. Un impact considérable sur l’offre...

Catherine geslain Laneelle FAO agriculture Xavier Remongin agriculture

La candidate française à la présidence de la FAO envisage toutes les solutions pour lutter contre la faim, y compris les OGM

La candidate de l'Union européenne à la présidence de l'organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations unies (FAO), la Française Catherine Geslain-Lanéelle, souhaite que "toutes les solutions" soient envisagées pour éradiquer la faim sur la planète, y compris l’utilisation des OGM et...

Tomates bio sous serres en hiver symbole industrialisation de la filiere

Des tomates sous serre en hiver, symbole de la dérive du bio

Des tomates cultivées sous serres chauffées au mois de mars peuvent-elles être labellisées bio ? Pour l'instant oui, mais les acteurs historiques du bio veulent faire interdire cette pratique qui va à l'encontre des valeurs environnementales et sociales qu'ils portent. Un combat contre...