Publié le 18 mars 2007

ENVIRONNEMENT

Semaine sans pesticides : un répit pour les abeilles ?

La semaine sans pesticides, organisée du 20 au 31 mars par l'Action Citoyenne pour les Alternatives aux Pesticides, veut sensibiliser le grand public aux alternatives à ces produits dont elle rappelle les dangers. Elle décline plus de 200 actions en France mais aussi en Europe. Les abeilles, ces « sentinelles de l'environnement » subissent, par exemple, une hécatombe à cause des pesticides. Pour tirer la sonnette d'alarme les apiculteurs installent des ruches en ville.

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Menace persistante

En France, le Gaucho sur le maïs et le tournesol ainsi que la molécule du Régent (fipronil) ont été interdits, grâce à une lutte de 10 ans, menée par les apiculteurs, à coup d'études contradictoires à celles menées par les fabricants Bayer et BASF. Ces neurotoxiques puissants, responsables de troubles du comportement des abeilles, pourraient tout aussi bien agir sur les cellules du cerveau humain. Les apiculteurs restent vigilants, car les fabricants tentent en permanence de faire homologuer des insecticides cousins. Par exemple, le fipronil est en attente d'homologation au niveau européen. C'est la France qui est chargée de statuer sur son cas, via l'AFSSA. Or, les apiculteurs dénoncent le manque de moyen de l'Agence publique pour mener à bien les études. « On se retrouve avec cinq mètres cubes de dossier [ndlr : fournit par le fabricant] que personne ne lit » souligne l'UNAF. D'autre part, le syndicat constate la difficulté du système judiciaire français à apporter « une réponse pénale effective et adaptée aux infractions environnementales » en matière de traitements chimiques.

L'hôtel du département des Pyrénées orientales, à Perpignan, a sa ruche, celui du Finistère s'apprête à en accueillir six. Le Conseil régional de Rhône-Alpes va en accueillir huit. Les parcs de Lille, Nantes, Besançon, Martigues en abritent. On en trouve même dans les bureaux parisiens d'une agence de communication (Anatome) reliée à l'extérieur par un tuyau. Les abeilles sont également à la fête autour du restaurant de Michel Bras, grande toque française. Enfin, les jardineries Botanic viennent de décider d'adopter 14 ruches dans leurs sept magasins d'Alsace. Tous ces acteurs soutiennent l'opération « Abeille, sentinelle de l'environnement » lancée par l'UNAF (Union nationale de l'apiculture française). L'avenir de l'abeille serait-il en ville ? « Nous utilisons le paradoxe de l'abeille, qui vit mieux en ville que dans les grandes cultures pour communiquer » explique Anne Henriot, porte-parole de l'UNAF sur le projet. Rencontre avec le public et sensibilisation au rôle de l'abeillesont au programme, ce printemps et au moment de la récolte de miel, en juin et septembre.
Sur le toit de l'Opéra Garnier, à Paris, les cinq ruches de Jean Paucton, accessoiriste à la retraite, donnent un miel de qualité devenu mythique. « Il a pu récolter jusqu'à cent kilos de miel pour une seule ruche...C'est exceptionnel ! » s'exclame Anne Henriot (on récolte en moyenne 7 kilos en rase campagne).

Abeilles en voie de disparition ?

La profession apicultrice, généralement plus rurale qu'urbaine, traverse une crise depuis 1995. En dix ans, la production nationale a chuté de 30% et les importations de miel ont triplé. A la campagne, les abeilles meurent : chaque année près de 30% des colonies d'abeilles disparaissent et 1500 apiculteurs abandonnent la profession. Ils mettent en cause des pesticides de plus en plus puissants.
Alors qu'en ville la période de floraison s'étale de juin à septembre, dans les champs, les herbicides, la monoculture et la suppression des haies ont réduit drastiquement les plantes mellifères à butiner. Tout en plaçant ses ruches-témoin, l'UNAF a fait signer une charte aux collectivités partenaires. La profession s'adjoint ainsi leur soutien dans sa lutte auprès des juridictions administratives contre l'utilisation des produits phytosanitaires. Les villes s'engagent, entre autres, à ne pas utiliser de produits toxiques pour les abeilles dans les parcs et jardins, ne pas cultiver de plantes génétiquement modifiées ou encore à exiger une stricte application de la directive européenne (91/414) en matière d'homologation des produits phytosanitaires (voir encadré). L'information du public fait également partie de la charte. L'enjeu est de convaincre l'opinion publique pour qu'elle fasse pression.

Autour des ruches, on rappelle aux citadins que les abeilles donnent non seulement du miel mais sont indispensables à la production de fruits et légumes. Que ce soit pour les pruniers d'Agen, les fraisiers du Gard ou les melons de Languedoc-Roussillon, les producteurs louent les abeilles aux apiculteurs au moment de la floraison. Mais les pertes en abeilles s'accentuent avec les traitements chimiques parfois lourds qu'appliquent les agriculteurs. Du coup, les ruches sont de plus en plus chères. « En Californie, les amandiculteurs en sont à payer une fortune les ruches qu'ils font venir de très loin pour polliniser leurs amandiers » rapporte l'UNAF. Le phénomène est en effet global. Des témoignages d'apiculteurs de plusieurs pays d'Europe et d'Argentine, font part du même désarroi, face à leurs cheptels décimés.

Responsables de la pollinisation de plus de 80% des espèces végétales dans le monde, les abeilles sont à juste titre appelées « sentinelles de l'environnement ». L'analyse annuelle des miels et pollens met en évidence avec précision l'évolution de la flore dans un rayon de 3 km (deux tiers des pollens ont disparu en 50 ans). Et si les apiculteurs relèvent la mortalité au pied des ruches, et s'efforcent de renouveler les populations, personne en revanche n'est là pour constater les pertes chez les insectes pollinisateurs sauvages - hormis l'étude européenne ALARM, qui devrait aboutir à un constat en 2009. Globalement, c'est la biodiversité dans son ensemble qui est menacée. En parcourant ainsi la chaîne interdépendante des écosystèmes, Albert Einstein prophétisait : « Si l'abeille venait à disparaître, l'homme n'aurait plus que quelques années à vivre..."

Hélène Huteau
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