Publié le 25 février 2019

ENVIRONNEMENT

[Salon de l'agriculture] Malgré les promesses de sortie de crise, le sauvetage des agriculteurs patine

2019 devait être l'année de sortie de la crise des agriculteurs. Mais les premiers signes des négociations commerciales sont mauvais et les distributeurs contournent déjà les seuls dispositifs un tant soit peu contraignants mis en place par le gouvernement. Le Salon de l'agriculture qui a ouvert ses portes le 23 février sonne comme une dernière chance. À l'occasion de cet événement, Novethic vous propose, toute la semaine, une série dédiée au secteur sensible de l'agriculture en France. 

Emmanuel Macron a visité le salon de l'Agriculture pendant quatorze heures le samedi 23 février.
@ConstantinForme-Becherat/HansLucas

"Ma priorité est de faire remonter le revenu des agriculteurs et de lutter contre l'agribashing", disait Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture, sur RMC le 20 février. Avant lui, l'ancien occupant du maroquin Stéphane Travert avait aussi placé ce dossier en haut de la pile en lançant les États généraux de l'alimentation. Autour de la table, les acteurs de la filière, dont les distributeurs et industriels, avaient promis de tout faire pour sauver l'agriculture française et surtout ceux qui la font. 2019 serait l'année de la sortie de crise !

Mais c'était sans compter la persistance des pratiques existantes. Les négociations commerciales, entre distributeurs et industriels qui se déroulent actuellement se passent mal. La pression sur les tarifs est forte et se répercute sur les revenus des agriculteurs. "Dans 15 jours, si rien ne change, les États généraux de l'alimentation seront bel et bien enterrés !", dénonce l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) dans un communiqué. "Acheter au prix toujours le plus bas reste le seul leitmotiv des distributeurs". Selon les industriels, 96 % des entreprises interrogées estiment que la situation avec leurs clients de la grande distribution n'est pas meilleure, voire s'est dégradée.

Une pression sur les prix toujours plus forte

Le gouvernement se félicite que la filière laitière, une des plus touchée depuis le début de la crise, s'en sorte bien. Mais, "le lait est l'arbre qui cache la forêt", a dénoncé, lors d'une audition au sénat, Richard Panquiault, directeur général de l'Institut de liaisons et d'études des industries de consommation (Ilec).

"Il y a un paquet de filières, en céréales, fruits et légumes ou en viande, où il ne s'est rien passé", explique-t-il. Les fabricants bio se plaignent de la guerre des prix. Au premier round des négociations, 40 % d'entre eux se sont vus demander des efforts par la grande distribution. Christiane Lambert, présidente du principal syndicat agricole (FNSEA), a même demandé d'installer des caméras dans les boxes des négociations.

"Le manque de transparence et de dispositifs de sanction dans la loi Egalim nous laisse plus que sceptiques sur le fait que ces négociations aboutiront à une répartition équitable de la valeur qui redonne du revenu aux paysannes et paysans", dénonce de son côté la Confédération paysanne. Le gouvernement a en effet misé sur des engagements plutôt que des sanctions, une démarche qui lui a été reprochée maintes fois.

Des moyens de contournements

D'autant que les distributeurs semblent avoir trouvé des moyens de contourner les seuls dispositifs un minimum contraignant que sont l'encadrement des promotions (elles ne peuvent plus excéder 34 % de la valeur d'un produit) ou la hausse de 10 % du seuil de revente à perte, c'est-à-dire le prix en dessous duquel les distributeurs ne peuvent pas vendre un produit. 

Le gouvernement brandi l'arme du name and shame, qui consiste à divulguer publiquement le nom des distributeurs qui ne jouent pas le jeu, mais la menace ne semble pas faire trembler outre mesure les distributeurs. Le plus rebelle d'entre eux, Michel-Edouard Leclerc, président du groupe éponyme, ne cesse de mettre dos à dos pouvoir d'achat des Français et augmentation des prix. Un argument qui trouve un bel écho en pleine crise des Gilets jaunes. 

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Agriculture

Avec ou sans pesticides, bio ou OGM, les modes de production agricole jouent un rôle déterminant sur la biodiversité et la pollution. Le développement massif de monocultures comme celle de l’huile de palme dans certaines régions entraine des problèmes variés dont la déforestation.

Huile de coco

[La mondialisation dans l'assiette] L'huile de coco, parfois plus impactant sur la biodiversité que l'huile de palme

L'huile de coco, très tendance depuis quelques années dans les pays occidentaux, est perçue comme bonne pour la planète et la santé. Or, une nouvelle étude révèle qu'elle a un impact très néfaste sur la biodiversité, parfois pire que l'huile de palme. Cette dernière est pourtant de plus en plus...

Lait d amande biodiversite impact

[La mondialisation dans l’assiette] Le succès du lait d’amande, un massacre pour les abeilles

C'est un véritable plébiscite. Entre les laits de soja, de noisette, de riz, les laits végétaux rencontrent un succès fulgurant. Le lait d'amande est particulièrement apprécié, mais son impact sur la biodiversité est lourd. Alors que plus des trois quarts des amandes sont produites en Californie,...

Mondialisation dans l assiette tomates

[La mondialisation dans l’assiette] La tomate industrielle, un concentré de dérives

La tomate industrielle, qui représente un quart du marché mondial de ce fruit rouge, est devenue le symbole des dérives de la mondialisation. Entre des concentrés de tomates frelatés, des sauces "Made in Italy" envoyées depuis la Chine, des migrants sous-payés et des systèmes mafieux intenses,...

Champs de betterave Tereos

Le gouvernement veut sauver la filière betterave mais doit autoriser un insecticide dangereux pour les abeilles

Le ministère de l'Agriculture veut autoriser de nouveau l'utilisation de néonicotinoïdes dans la culture de la betterave pour sauver la filière. Cette filière est la première en Europe net emploi 46 000 personnes en France. Mais plusieurs ONG alertent sur un risque pour les abeilles.