Publié le 16 octobre 2018

ENVIRONNEMENT

Rémunération, glyphosate, bio… Les dossiers chauds du nouveau ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume

Le remaniement est enfin là. Didier Guillaume remplace Stéphane Travert au poste de ministre de l'Agriculture. Alors que la loi alimentation vient d'être votée par les parlementaires, il aura la difficile tâche de faire respecter leurs engagements aux acteurs de la filière. Entre la fin du glyphosate chez les agriculteurs ou celle de la guerre des prix chez les distributeurs, le ministre devra faire preuve d'autorité s'il veut réussir. 


LIONEL BONAVENTURE / AFP

Fin du suspense. Stéphane Travert, annoncé sortant dans ce remaniement tant attendu, vient d’être remplacé par l’ancien socialiste Didier Guillaume au ministère de l’Agriculture. On pourrait croire que cet ancien sénateur de la Drôme, proche de Manuel Valls, arrive après la bataille. La loi alimentation et agriculture vient tout juste d’être adoptée par les Parlementaires à la suite des États généraux de l’alimentation.

L’heure n’est pourtant pas à la détente, il faut désormais faire respecter les engagements. S’il veut se faire entendre dans le chaos de la crise agricole, Didier Guillaume va devoir suivre de près industriels, distributeurs, producteurs et associations de consommateurs. Et c’est loin d’être gagné tant les mesures prises font peu consensus. Cinq dossiers chauds l'attendent. 

 

 

 

  •  Faire respecter les engagements pour mieux rémunérer les agriculteurs

Un agriculteur sur trois vit avec moins de 350 euros par mois. La FNSEA, principal syndicat agricole, dénonce depuis des années l’attitude des industriels et de la grande distribution qui serrent les prix pour vendre au plus bas. Pour mettre fin à ses méthodes de "voyou", le gouvernement veut que la construction du prix de vente se fasse à partir du coût de production, et non l’inverse. Ces mesures doivent faire l’objet d’ordonnance et seront un "marqueur politique for à l’aube des négociations commerciales d’automne", indique la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert. Mais les critiques se font déjà entendre : aucune sanction n’est prévue contre les distributeurs qui ne joueraient pas le jeu.

  • Plus d’exploitations bio pour approvisionner les cantines

C’est une des mesures les plus fortes de la loi alimentation. D’ici 2020, les cantines devront s’approvisionner à 50 % en produits bio ou locaux. Mais il s’avère difficile pour les collectivités de trouver les quantités nécessaires. Seuls 6,5 % de la surface agricole en France est consacrée à l’agriculture bio. L’objectif est d’atteindre 15 % d’ici 2022. Pour y parvenir, Stéphane Travert avait promis une enveloppe de 1,1 milliard d’euros à ce sujet. Mais la FNAB, Fédération nationale des agriculteurs bio, craint de ne pas en voir la couleur. À Didier Guillaume de les rassurer.

  • Le climat, star maudite du monde agricole

Alors que le sud de la France se noie sous des trombes d’eau, d'autres régions subissent une sécheresse difficilement soutenable pour les agriculteurs. L’été a déjà été rude. Entre le manque d'eau et la canicule, certains ont dû vendre en boucherie une partie de leur cheptel car les prairies, brûlées, ne pouvaient nourrir tous les animaux. La FNSEA attend de Didier Guillaume des "réponses concrètes et urgentes à ces épisodes dramatiques".

  • L’épineuse question du glyphosate

Qui s’y frotte, s’y pique. La question de l’interdiction du glyphosate a été le sujet le plus problématique entre Nicolas Hulot, ancien ministre de l’écologie, et Stéphane Travert. Ce dernier est d’ailleurs accusé d’avoir précipité le départ du ministre le plus populaire du quinquennat. Les positions de Didier Guillaume sont très attendues à ce propos. Emmanuel Macron a promis, en France, une sortie sous trois ans de ce pesticide phare de Monsanto, contre cinq ans dans l’Union européenne. Mais le gouvernement, dont Stéphane Travert, a refusé d’inscrire cet objectif dans la loi. Le Président a même évoqué des dérogations qui ont suscité des craintes de la part des associations environnementales.

  • La future PAC dessine l’agriculture de demain

Chaque année, la France reçoit neuf milliards d’euros des fonds de la PAC (politique agricole commune). Elle en est d’ailleurs le pays le plus bénéficiaire en Europe. Mais cela pourrait bientôt changer. La Commission veut baisser les crédits de la future PAC 2020-2027 et la remodeler en partie. Celle-ci est décriée par les agriculteurs bio ou encore la Confédération paysanne pour qui la PAC soutient une agriculture productiviste. Les positions de Didier Guillaume sur le sujet seront scrutées à la loupe par les acteurs concernés. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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