Publié le 05 février 2019

ENVIRONNEMENT

Augmenter le prix du Nutella pour aider les agriculteurs, le pari osé du gouvernement

Pour aider les agriculteurs à sortir de la crise, le gouvernement interdit désormais aux distributeurs de vendre à prix coûtant des produits comme le Nutella, le Coca-Cola ou le Ricard. Un moyen de faire baisser la pression sur les produits agricoles. Mais l'issue de cette mesure non contraignante reste largement incertaine. Les consommateurs pourraient finir par payer plus... pour rien. Une mesure risquée au moment où les Gilets jaunes réclament, depuis des mois, une hausse du pouvoir d'achat. 

Nutella intermarche promotions producteurs
À partir du 1er février, le prix de plusieurs centaines de produits devrait augmenter.
©CC0

Coca-Cola, Ricard, couches Pampers et crèmes dessert pourraient être la clé d’une meilleure rémunération des agriculteurs. C’est en tout cas ce que croit le gouvernement. Et c’est la raison pour laquelle il oblige la grande distribution, depuis le 1er février, à augmenter de 10 % son "seuil de revente à perte".

Concrètement, aujourd’hui, pour attirer le consommateur, les distributeurs vendent à prix coûtant des produits d’appels. "Sur les 20 000 références disponibles dans un supermarché, toutes ne sont pas vendues avec le même taux de marges. Les produits qui sont soumis à des comparateurs de prix comme le Coca-Cola ou le Nutella sont vendus avec zéro marge", explique Système U. Ces produits représenteraient 7 % des denrées alimentaires proposées. Pour compenser ce manque à gagner, les distributeurs "surmargent" d’autres références, comme les produits agricoles.

Au bon vouloir de la grande distribution

La stratégie du gouvernement est simple. Il veut forcer la grande distribution à récupérer une marge sur les produits d’appels pour lui permettre de baisser la pression sur les prix des produits agricoles. "Le panier moyen va augmenter aux alentours de trois euros par mois pour les mêmes courses", assure le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume. "L’intérêt c’est de faire en sorte que les agriculteurs s’y retrouvent".

Cette mesure, soutenue la FNSEA, le principal syndicat agricole, ne fait pourtant pas l’unanimité chez les agriculteurs. "Il n’y a aucune disposition concrète pour assurer un retour aux producteurs et augmenter leur rémunération", dénonce la Confédération paysanne qui demande une évaluation, sous six mois et le retrait de la mesure "si le retour aux paysans n’est pas effectif".

Baisse du pouvoir d’achat des consommateurs

Une crainte partagée par l’UFC-Que Choisir qui considère les consommateurs comme les premières victimes de cette mesure. Selon l’association, la facture s’élèvera entre 1,74 et 4,98 milliards d’euros. En pleine crise des Gilets jaunes, une telle hausse pourrait apparaître comme une provocation et creuser un peu plus le fossé entre le gouvernement et les manifestants. 

"Cette histoire est une totale aberration. Si l’impact inflationniste est officialisé, les promoteurs de la mesure, dont la FNSEA, ne sont toujours pas à même de nous expliquer par quel procédé miracle ces surmages de la grande distribution "percoleront", c’est leur terme, vers les agriculteurs français"

Le ministre de l’Agriculture l’a dit et répété, il n’hésitera pas à divulguer le nom des distributeurs qui ne jouent pas le jeu. Mais même l’autorité de la concurrence ne semble pas y croire pas. Dans une note, l'institution évoque une issue "très incertaine". 

L'avenir de cette mesure dépendra surtout des moyens de pression du gouvernement exercés sur les distributeurs. Pour l’instant, seul Leclerc se rebiffe. Michel-Edouard Leclerc, patron du groupe éponyme multiplie les sorties dans la presse pour dénoncer la "connerie" de cette mesure et prétend défendre le pouvoir d’achat des consommateurs. Mais c'est surtout les prix bas qu'il défend, le cœur de son business model. 

Marina Fabre@fabre_marina


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