Publié le 07 octobre 2022

ENVIRONNEMENT

Poules réformées, lait en poudre… la France exporte toujours plus de produits animaux élevés à bas coûts

La France est le premier exportateur européen de lait en poudre écrémé et un acteur majeur des poulets congelés à destination des pays du Sud, constate une étude de trois ONG. Subventionnées par la PAC (Politique Agricole Commune) et orchestrée par une poignée d’industriels, cette stratégie d’exportation massive de produits bas de gamme se fait au détriment d’une production alimentaire locale et de qualité, et déstabilise les marchés des pays en développement. Ces choix ont également des effets délétères sur l’environnement, la biodiversité et le bien-être animal.

Elevage poules pixabay stux
42 % du lait produit sur le sol français, 39 % du porc et 25 % des poulets partent à l’export.
@CCO

"Déléguer notre alimentation à d'autres… est une folie", lançait Emmanuel Macron au déclenchement de la pandémie. Le président prenait ainsi des engagements pour transformer ce système agricole organisé pour l’exportation depuis des décennies. La "souveraineté agricole et alimentaire" est "la mère des batailles" répétait en septembre dernier le chef de l’État. Mais dans les faits, notre modèle alimentaire continue à produire de manière intensive pour exporter massivement et non pour nourrir localement sa population. Ce sont les conclusions du rapport co-rédigé par trois ONG, Oxfam, Greenpeace et le Réseau Action Climat, intitulé "dans les coulisses de l’élevage d’exportation bas de gamme".

"Le commerce de produits d’élevage français sur le marché mondial connaît une profonde mutation depuis une quinzaine d’années : si son solde commercial reste stable, il se dégrade nettement avec les pays de l’Union européenne, alors qu’il s’améliore avec les pays hors de l’Union (pays tiers)", constatent ainsi les auteurs de l’étude. "Cette tendance, tirée par les pays en développement (au premier rang desquels la Chine), entraîne une recherche de compétitivité internationale qui a d’importants coûts environnementaux et sociaux", affirme encore le rapport.

Une mauvaise stratégie

Résultat, l’étude constate que 42 % du lait produit sur le sol français ou encore 39 % du porc et 25 % des poulets partent à l’export. Or ces exportations sont avant tout celles "des produits très bas de gamme comme le "poulet export", les bas morceaux du porc ou le lait en poudre", précise l’étude. "Cette tendance augmente (…) les stratégies des filières d’élevage françaises continuent de s’engouffrer dans ce qu’on estime être une mauvaise stratégie", analyse Guillaume Compain, chargé de plaidoyer Climat et Agriculture chez Oxfam France, sur France info.

Depuis quelques années, cette stratégie d’exportation massive subventionnée par la Politique Agricole Commune (PAC) est opérée par quelques dizaines d'opérateurs économiques dont des groupes alimentaires comme Lactalis, Bigard ou la Cooperl. Elle conduit au développement d'une agriculture intensive de produits animaux élevés à bas coûts, de manière intensive, au détriment d’une agriculture de qualité pour nourrir localement les populations. La France est par exemple le premier exportateur européen de lait en poudre écrémé, à destination de la Chine, d'Asie du Sud-Est ou de l'Algérie. Les exportations des poulets congelés sont des poules pondeuses de réforme, non consommées en Europe et ainsi vendues en Afrique.

"Cette orientation de l’export est d’autant plus problématique que les systèmes intensifs et industrialisés capables d’être compétitifs sur le marché international produisent, en bout de chaîne, des produits animaux à faible valeur ajoutée qui concurrencent souvent les filières d’élevage de pays en développement", ajoute le rapport. Par ailleurs, ces produits issus de l’agriculture intensive, maltraitante pour les animaux et les agriculteurs, sont "bradés, car peu valorisables sur le marché européen et se font au détriment de l’éthique et de l’environnement", constate l'étude.

Les ONG appellent à sortir des élevages intensifs

A contrario, la France importe des denrées haut-de-gamme "pour répondre aux tendances sociétales françaises en matière de respect du travail des éleveurs, de lutte contre le dérèglement climatique, de pollution ou de bien-être animal", note encore le rapport. Ainsi, un tiers des volailles consommées en France est importé tout comme le porc bio notamment.

Les ONG s’interrogent : quelle est "la moralité d’une méthode consistant à exporter à bas coût dans des pays tiers des produits de faible qualité dont les consommateurs européens ne veulent pas" ? Le trio d’associations appellent ainsi à "sortir des élevages intensifs et enclencher la transition vers un élevage durable, et accompagner l’évolution des modes de consommation alimentaire". Elles encouragent l’État à passer des paroles aux actes pour que la souveraineté agricole et alimentaire devienne une réalité.  

Mathilde Golla @Mathgolla


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