Nicolas Hulot s’est prononcé en faveur d’une interdiction du glyphosate, composant principal du pesticide Roundup de Monsanto. Il est soupçonné d'être un perturbateur endocrinien et de présenter un risque cancérigène. Mais en l’absence d’alternatives, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) appelle à une sortie progressive.

Pour sa conférence de rentrée, Christiane Lambert, présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), a égrené les nombreux sujets qui ont animé le monde paysan pendant la trêve estivale : lancement des ateliers des États généraux de l’alimentation, crise des œufs au fipronil, allocation de la PAC… Parmi ces actualités, un sujet inquiète les agriculteurs : la possible interdiction du glyphosate en France. Il s’agit d’un des composants principaux du Roundup, le pesticide le plus utilisé au monde, fabriqué par l’entreprise controversée Monsanto.
Les 5 et 6 octobre, la Commission européenne doit se réunir afin de voter pour ou contre la prolongation de 10 ans de l’autorisation du glyphosate en Europe. Fin août, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire a d’ores et déjà donné la position de la France. Le ministre s’opposera à toute nouvelle homologation de ce produit et tentera de convaincre d’autres pays de s’aligner avec Paris. Même en cas d’autorisation européenne, la France pourra décider une interdiction sur son territoire.
Y en a marre !
Une prise de position qui est loin de satisfaire la FNSEA. "Même avec une utilisation de plus en plus modérée des produits phytosanitaires, les agriculteurs continuent à en avoir besoin", explique Christiane Lambert. Elle ajoute : "Il faut envisager une sortie en douceur. Mais une interdiction totale et brutale tant qu’il n’y a pas d’alternatives n’est pas possible". La représentante du secteur en appelle au ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, pour modérer les propos de son collègue de l’Environnement.
"Il faudrait une concertation pour aboutir à une opinion partagée et plus représentative des acteurs concernés en France", propose avec diplomatie Christiane Lambert. Le secrétaire général adjoint, Éric Thirouin, prend moins de précautions : "Les gouvernements qui décident des interdictions sans jamais proposer des solutions, y en a marre !". Il ajoute : "Nicolas Hulot a donné jusqu’en 2040 pour interdire les moteurs thermiques en France. Pourquoi dans notre cas, l’interdiction est immédiate ?"
Selon ce dernier, la question est d’autant plus pertinente que, dans le cas de l’automobile, une alternative existe déjà avec la voiture électrique qui a fait ses preuves. Selon la FNSEA, il n’existe pas d’alternative au glyphosate, quand bien même le secteur agricole affirme mener des recherches avec des laboratoires. Elle rappelle aussi que la filière est engagée dans la réduction l’impact et des risques des produits phytosanitaires de -25 % en 2020 et -50 % en 2025.
Nicolas Hulot reçoit le soutien des ONG
La réaction de la FNSEA fait contrepoint à celle des ONG qui s’étaient réjouies de l’annonce de Nicolas Hulot. En particulier Nadine Lauverjat, coordinatrice de Générations Futures, interrogée par Novethic, se disait "très satisfaite" de cette annonce. Ces associations dénoncent le risque sanitaire du glyphosate. Selon le CIRC (Centre international de Recherche sur le Cancer) et l’OMS (Organisation Mondiale de la santé), il s’agit d’un cancérogène probable pour l’homme.
Mais en mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a estimé que le glyphosate ne pouvait être classé comme substance cancérogène. C’est sur cette expertise que se base désormais la Commission européenne. Le FNSEA appuie cette étude tout en insistant pour que "les co-formulants du glyphosate, qui eux sont cancérigènes, soient retirés" des produits phytosanitaires.
Ce débat sur le glyphosate pourrait compliquer les échanges lors des ateliers des États généraux de l’alimentation lancés par le gouvernement fin août. La FNSEA, présente dans toutes les discussions, pourra peser de tout son poids alors que l’exécutif est à la recherche de compromis et d’engagements volontaires. La France, premier producteur agricole européen, est aussi le premier utilisateur de pesticides en valeur absolue. Mais rapporté à l’hectare, l’Hexagone ne se situe qu’au neuvième rang.
Ludovic Dupin @ludovicDupin

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