Publié le 16 mars 2007

ENVIRONNEMENT

OGM : regain de tension et enjeu de campagne

Les détracteurs des OGM ont mis à profit la campagne présidentielle pour demander aux candidats de se prononcer sur la question. Nicolas Sarkozy restant le seul à ne pas s'être prononcé, Greenpeace est allé déverser, le 16 mars au matin, 8 tonnes de maïs OGM devant son QG de campagne dans le 10eme arrondissement, à Paris. La veille, le directeur de l'ONG et sa présidente ont été mis en examen pour avoir incité au fauchage d'OGM en publiant la carte de France des cultures.

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Pour interpeler les candidats à la présidentielle sur les OGM, Greenpeace a utilisé diverses stratégies. Elle a créé un site dédié intitulé « t'es sourd ou quoi » sur lequel figure les engagements de chacun d'eux. Nicolas Sarkozy ne s'étant pas prononcé pour un moratoire sur la culture en plain champ d'OGM malgré de nombreuses sollicitations, Greenpeace lui a livré ce matin un camion benne de 8 tonnes de maïs transgénique sur le thème « si vous voulez des OGM en voila ». L'ONG n'a pu déverser que la moitié de sa cargaison et ces militants ont été brièvement entendus par la police.
Cette action que le président de l'UMP n'a pas commenté pour l'instant est un nouvel épisode dans la campagne globale que mène Greenpeace contre les OGM. Fort des sondages qu'elle a effectués selon lesquels 86 % des Français réclament une interdiction temporaire ou définitive des OGM et 62 % des agriculteurs attendent un moratoire de la part du futur président, Greenpeace ne cesse d'interroger le gouvernement français sur ses pratiques en contravention avec le droit européen (voir article lié).
« Tant que la France refusera de transposer la directive liée à la transparence sur les cultures d'OGM en plain champ, nous le ferons nous-mêmes » explique Pascal Husting directeur de Greenpeace France. Il a été mis en examen, le 15 mars 2007, à la suite de la plainte de deux agriculteurs. Ces derniers ont saisi la justice parce que la publication de la carte de France des cultures d'OGM par Greenpeace constituait, selon eux, une incitation et une provocation au fauchage de ces parcelles par les anti-OGM. En référé, il avait déjà été demandé à Greenpeace de retirer le nom des exploitants figurant sur cette carte ce que l'organisation a fait. « Cela ne change rien à notre stratégie » explique Pascal Husting « Cette carte est un outil d'engagement citoyen constituée après vérification des signalements qui remontent jusqu'à nous. Elle n'a pas été contestée sur le fond. Elle n'est plus en ligne puisque la saison est terminée mais nous préparerons la version 2007. Pour nous, on est aujourd'hui bien en deçà des 5000 hectares de culture OGM dont se prévalent les producteurs de maïs qui veulent mettre les Français devant le fait accompli ».

Toxicité démontrée

Dernière pièce versée au dossier OGM par Greenpeace le 13 mars 2007 : la publication dans la revue Archives of Environmental Contamination and Toxicology d'une étude scientifique qui « prouve qu'un OGM, autorisé à la consommation humaine, présente des signes de toxicité » selon Arnaud Apoteker, de Greenpeace France. L'étude porte sur les analyses toxicologiques fournies, en 2004, par la firme Monsanto quand elle a voulu faire homologuer son maïs MON863. Si, à l'époque, Greenpeace avait signalé que les rats de laboratoire nourris avec ce maïs présentaient des « effets » au niveau des reins et du foie, Monsanto considérait que ces anomalies n'étaient pas significatives et l'Union européenne en a autorisé l'importation pour l'alimentation animale, en 2005, et humaine en 2006.
Le professeur Gilles-Eric Séralini a réexaminé les travaux d'étude de Monsanto portant sur des rats nourris pendant 90 jours avec du MON863. Il affirme que ces derniers présentent des « signes de toxicité » au niveau des reins et du foie et conteste les conclusions de Monsanto. « La firme semble avoir tout simplement "oublié" d'étudier plus avant la différence significative entre le poids des rats nourris avec le MON863 et les autres » et il souligne que « dans ses propres publications, Monsanto a même dissimulé des données cruciales provenant de tests d'urine. »

A.C.Husson-Traore
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