Publié le 17 juin 2007

ENVIRONNEMENT

OGM : nouvel épisode dans la guerre des études

Le gouvernement français a décidé de ne pas faire de moratoire sur la commercialisation du maïs transgénique Mon 810 contrairement à l'Allemagne. Il avait saisi la commission du génie biomoléculaire en mai pour avis. Celle-ci vient d'estimer que les récentes études publiées ne sont pas de nature à la faire revenir sur l'autorisation accordée au maïs transgénique. Greenpeace a aussitôt condamné cette décision en stigmatisant ce refus d'appliquer le principe de précaution.

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Le maïs OGM Mon 81O, commercialisé par Monsanto, est l'un des premiers dossiers dont avait été saisi Alain Juppé, ministre du développement durable pendant un mois. Cette variété de maïs transgénique, autorisée en Europe, fait l'objet d'un moratoire en Allemagne. Angela Merckel a décidé, le 21 mai 2007, de stopper sa commercialisation, à la suite de la publication d'études de Greenpeace Allemagne, témoignant de risques sanitaires et environnementaux. Alain Juppé avait alors proposé de s'aligner sur cette position, Christine Lagarde, ministre de l'agriculture, y était opposé. Le 14 juin, les deux ministres ont publié un communiqué commun pour expliquer qu'ils suivaient l'avis de la commission du génie biomoléculaire qui n'a constaté aucun élément de nature à remettre en cause l'évaluation environnementale de ce maïs.
Parmi les diverses études sur le sujet, celle de Greenpeace Allemagne qui a conduit au moratoire allemand, porte sur 600 échantillons prélevés sur des cultures en Allemagne et en Espagne. Elle affirme que les quantités de toxines Bt produites par le maïs transgénique Monsanto MON810 "varient de manière considérable et inattendue entre les épis et au cours du temps "L'ONG affirme aussi que « les effets cumulatifs à long terme de la culture sur plusieurs années du maïs OGM Bt n'ont pas été convenablement évalués dans le contexte européen. »
La commission française du génie biomoléculaire estime, selon les ministres, que cette étude ne s'appuie pas sur « un protocole permettant pas de déterminer si les concentrations de toxines Bt, observées dans ce cadre, correspondent à la production réelle de toxines dans les plantes testées. Les études en laboratoire montrent, par ailleurs, un bon contrôle des individus sensibles. Enfin, une étude récente montre que les variétés MON810 n'ont pas plus d'impact sur les invertébrés non cibles que les autres variétés de maïs Bt. » Il faut noter que Gilles-Eric Céralini, l'un des fondateurs de l'organisation indépendante d'évaluation, le CRIIGEN, qui a travaillé sur les études remettant en cause l'inocuité des maïs transgéniques, siège dans la commission du génie biomoléculaire qui a refusé de remettre en cause l'autorisation le 14 juin...

La polémique fait rage puisqu'au moment même où le gouvernement annonçait sa décision Greenpeace rendait publique une nouvelle étude du CRIIGEN , sur un autre OGM, le NK 603 qui, selon elle, « montre à nouveau la faiblesse du système d'évaluation et d'autorisation des OGM en Europe. Menée pendant 90 jours par le CRIIGEN, l'étude révèle 60 différences significatives entre des rats ayant consommé du maïs transgénique NK603 et des rats nourris sans OGM. Ces différences, qui affectent les reins, le cerveau, le cœur et le foie, ainsi que le poids des animaux, pourraient être des signes avant coureurs de toxicité, mais n'ont même pas fait l'objet d'études complémentaires. » Greenpeace demandait donc, dans la foulée, au gouvernement de suspendre immédiatement la mise sur le marché des maïs transgéniques NK603 mais aussi le MON863. Constatant qu'elle n'avait pas été entendue, Greenpeace a condamné la décision du gouvernement avec le slogan Lagarde 2, Juppé 0. « Si le gouvernement semble bel et bien sourd aux demandes des Français, des experts indépendants et des écologistes, il n'hésite pas à servir les intérêts des lobbies de l'agriculture intensive », concluait Arnaud Apoteker, responsable de la campagne OGM de Greenpeace France. Il en profitait pour rappeler que le 13 juin, la France avait accepté au Conseil européen des ministres de l'agriculture que les produits biologiques puissent contenir jusqu'à 0,9% d'OGM.

A.C.Husson-Traore
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