Publié le 18 juin 2014

ENVIRONNEMENT

Objectif 50 % de nucléaire en 2025 : combien ça coûte et qui paiera ?

Les conséquences financières d’un passage de 75 % à 50 % de nucléaire dans la production d’électricité sont difficiles à évaluer. Analyses et scénarios divergent. Les investissements s’annoncent en tout cas très lourds. Reste à savoir comment les financer.

Centrale nucleaire illustration istock
Centrale nucléaire - photo d'illustration
© Istock

Le mercredi 18 juin, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Ségolène Royal, présente les grandes lignes du projet de loi sur la transition énergétique. Parmi les objectifs : ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % en 2025, contre 75 % aujourd’hui. Quel sera le coût de cette mesure ? Impossible de le savoir précisément, tant les incertitudes et les éléments à prendre en compte sont nombreux. "Je ne me hasarderais même pas à donner un ordre de grandeur !", souligne l’économiste Jean-Marie Chevalier, professeur émérite à l’Université Paris-Dauphine.

 

Une équation à trois inconnues

 

L’évolution de la consommation française d’électricité est l’une des inconnues. Elle dépendra, entre autres, des efforts fournis en matière d’efficacité énergétique et de la croissance économique. EDF mise sur des économies d’énergie de 20 % d’ici à 2025 et un taux de croissance de 2 %/an. Le parc nucléaire actuel couvrirait alors "à peine" 50 % des besoins électriques en 2025. Le PDG d’EDF, Henri Proglio, l’a expliqué devant la commission d’enquête parlementaire sur les coûts de la filière nucléaire.

Mais le ministère de l’Ecologie s’appuie sur une tout autre hypothèse. C’est ce que rappelle le rapport de la commission, rendu public le mardi 10 juin : grâce aux économies d’énergie, la hausse de la consommation d’électricité serait limitée à 0,4 %/an. Ce, malgré une croissance économique de 1,8 %/an. Il serait alors nécessaire de fermer une vingtaine de réacteurs (sur 58) d’ici à 2025.

 

"Une bourde économique", selon le conseiller de la Sfen

 

Ramener la part du nucléaire à 50 % est "une bourde économique". C’est en tout cas l’avis de Francis Sorin, conseiller du président de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN). Car chaque réacteur de 1 000 MW (mégawatts) rapporte en moyenne 200 millions d’euros (M€) par an de recettes à EDF. Laisser 22 réacteurs fonctionner dix ans de plus rapporterait donc 44 milliards d’euros (mds€) à l’énergéticien.

Il convient de retrancher à ce montant les coûts d’exploitation (50 M€ par réacteur et par an, soit 11 mds€ sur dix ans pour 22 tranches). Il faut aussi déduire l’investissement nécessaire pour prolonger la durée de vie des centrales. Car certaines approchent des quarante ans prévus initialement.

Selon EDF, le "grand carénage" (l’opération de rénovation et d’amélioration de la sécurité du parc) devrait coûter 55 mds€. Soit de l’ordre de 22 mds€ pour 22 tranches. Pour la Sfen, ce sont donc quelque 33 mds€ qu’il faut soustraire aux 44 mds€ de recettes. Soit un manque à gagner de 11 mds€ pour EDF.

L'éolien, moins coûteux que le réacteur rénové, selon Greenpeace

 

Le rapport parlementaire le souligne : le coût du "grand carénage" reste "difficile à cerner". S’appuyant sur une analyse du cabinet Wise-Paris (World Information Service on Energy), Greenpeace l’évalue à 4,4 mds€ par réacteur (plus de 4 fois les prévisions d'EDF!). L’organisation de protection de l’environnement l’a indiqué le jeudi 12 juin en publiant une étude sur le coût de production futur du nucléaire. "Maintenir la part du nucléaire à 75 % coûtera plus cher que de la ramener à 50 %", affirme Cyrille Cormier, son chargé de campagne Energie et Climat pour la France.

Remplacer les capacités nucléaires par des énergies renouvelables sera "légèrement" moins onéreux, précise-t-il. D’après Greenpeace, le coût de production de l’électricité issue des réacteurs rénovés s’affichera à 133 €/MWh (à titre de comparaison, l’éolien terrestre offre des coûts compris entre 40 et 80 €/MWh.) Dans un rapport publié le 27 mai, la Cour des comptes s’inquiète de la hausse des coûts du nucléaire. Elle estime toutefois le coût de production en 2025 à un niveau plus modeste : 61,60 €/MWh.

 

Une meilleure efficacité énergétique pour limiter les coûts

 

Quelles que soient les hypothèses, des investissements massifs sont à prévoir dans le secteur électrique. Qui paiera ? "Ce ne peut être que les consommateurs, via le prix de l’électricité", estime l’économiste Jean-Marie Chevalier. De fait, les caisses de l’Etat sont vides. Face à la hausse du prix de l’électricité, une meilleure efficacité énergétique semble indispensable pour éviter l’envolée des factures. Le secteur du bâtiment est en particulier visé.

Le système de tiers financement pourrait aider à y réaliser les investissements nécessaires. Le principe ? Un tiers financeur permet à un particulier de mener les travaux. Il est remboursé ultérieurement grâce aux économies d’énergie réalisées. Une partie des recettes nucléaires d’EDF pourrait aussi être mobilisée pour financer la transition énergétique. C’est l’idée évoquée par Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, lors de la Conférence environnementale de septembre 2013.

 

 

Claire Prévalaut
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