Publié le 27 septembre 2018

ENVIRONNEMENT

La pollution au chlordécone au cœur de la visite d'Emmanuel Macron aux Antilles

[Mise à jour le 27 septembre 2018] Emmanuel Macron est arrivé ce jeudi en Martinique où il va visiter une exploitation agricole concernée par la pollution au chlordécone. Cet insecticide a été massivement pulvérisé sur les bananiers pendant plus de 20 ans en Guadeloupe et en Martinique. Aujourd’hui, neuf Antillais sur dix sont contaminés par ce perturbateur endocrinien classé comme cancérigène probable.

Pollution des sols, de l'eau, risque de cancer élevé, malformation des fœtus... La chlrodécone serait responsable d'un nombre important de maux aux Antilles.
Pixabay

Qu’est-ce que le chlordécone ?

Le chlordécone est un insecticide largement épandu dans les Antilles entre 1973 et 1993. Il portait alors le nom de Képone, puis Curlone. Son utilisation permettait de lutter contre le charançon, le plus grand prédateur des bananiers. Il a été interdit en France métropolitaine en 1990 puis 3 ans plus tard dans les Antilles, en raison de son extrême toxicité. En 1979, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a reconnu ce perturbateur endocrinien comme neurotoxique, reprotoxique (effet néfaste sur la fertilité) et cancérogène probable.

Quel est l’impact sur la santé des Guadeloupéens et des Martiniquais ?

Selon une étude publiée en 2013 par Santé publique France, 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont contaminés au chlordécone. Les taux d'imprégnations dans le sang varient de 0,13 microgramme à 18,53, mais aucune norme "acceptable" n'a été établi, souligne Le Monde. "Même à très faible dose, il peut y avoir des effets sanitaires", précise au journal Sébastien Denys, directeur santé et environnement de l’agence. Ce perturbateur endocrinien est également suspecté d’être responsable de nombreux cancers de la prostate sur ces îles.

La Martinique détient par exemple le record mondial de cas de cancer de la prostate selon le World Cancer Research Fund International. Une étude avait d’ailleurs été lancée en 2013 pour lever le voile sur le lien entre la chlordécone et ce taux record. Mais l’Inca, Institut national du Cancer, a coupé les financements de cette étude, car elle doutait de sa faisabilité. À sa tête à l’époque : Agnès Buzyn, l’actuelle ministre de la Santé.  

Pourquoi ce sujet revient dans l’actualité ?

En visite aux Antilles durant quatre jours, Emmanuel Macron doit visiter une exploitation agricole concernée par la pollution au chlordécone. Le 5 juin dernier, la chaîne Guadeloupe Première a révélé que des résidus de chlordécone avaient été retrouvés dans de l’eau du robinet. L’utilisation massive de l’insecticide a en effet pollué les nappes phréatiques sur l’île. Depuis, des filtres de charbon actif sont utilisés pour traiter l’eau. Le 16 avril une alerte a été lancée à la communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbes.

Les filtres, qui coûtent cher, n’ont pas été changés et leur efficacité est limitée dans le temps. Or, le communiqué des autorités sanitaires prévenant les populations à risque (les enfants et les femmes enceintes) de ne pas boire l’eau n’a été publié que le 2 mai. Deux semaines après la première alerte. Et le communiqué n’a été diffusé que cinq fois, à 5 h 45 du matin et à midi, souligne Guadeloupe Première.

Quelle est la réponse de l’État ?

"C'est un aveuglement collectif d'une période où on était moins vigilant qu'aujourd'hui (...) qui a conduit à une situation scandaleuse qui marque durablement le territoire", a reconnu à l'AFP l'Elysée. Lors de la présentation de sa politique pour les territoires ultramarins en juin, Emmanuel Macron avait souligné en référence au chlordécone "les drames du passé et de nos responsabilités collectives (...). Je serai clair pour dire que nous continuerons le travail avec lucidité et détermination car on ne peut accepter les situations dans lesquelles nous sommes".  

Interrogée par Le Monde, Agnès Buzin affirme que le gouvernement est "prêt à remettre de l’argent pour tout scientifique souhaitant monter une étude robuste". Jusqu’ici quelques vagues plans ont été lancés mais n’ont pas convaincu les populations locales. D’autant qu’en 2017, l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation a publié une étude dans laquelle elle déconseille de manger de la nourriture produite localement.

Marina Fabre @fabre_marina


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