Publié le 23 mars 2009

ENVIRONNEMENT

Mobilisation pour le « zéro pesticides »

La Semaine sans pesticides se déroule du 20 au 30 mars 2009 en Europe, au Brésil, au Canada et dans des pays d'Afrique du nord. Collectivités, entreprises et associations organisent en France des événements sur l'usage de ces produits, de plus en plus encadrés par la réglementation nationale et européenne.

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Pour sa 4ème édition, la Semaine sans pesticides se déroule dans un contexte qui a considérablement évolué. Si la France est toujours le premier consommateur de pesticides en Europe (77.300 tonnes utilisées en 2007, soit plus de 5 kg/ha/an), au plan réglementaire, le Grenelle et le plan « Ecophyto 2018 » ont inscrit la réduction des pesticides dans la politique agricole hexagonale, avec un objectif de « moins 50% dans 10 ans, dans la mesure du possible ». « Même si cette réglementation n'est pas juridiquement contraignante et qu'elle apparaît très insuffisante, nous reconnaissons des progrès dans cette démarche de plus en plus précautionneuse des pouvoirs publics », se félicite François Veillerette, président du MDGRF. De même, la directive européenne sur l'usage durable des pesticides et la liste noire des 22 produits les plus dangereux interdits par Bruxelles sont autant de signaux positifs pour les défenseurs de solutions alternatives aux pesticides. Collectivités, élus, associations et consommateurs sont en effet de plus en plus nombreux à rejeter leur usage. La ville de Paris, à l'instar d'autres collectivités locales engagées dans une démarche « Zéro pesticides », a entrepris un plan de réduction significatif pour les parcs et jardins, mais également pour le service de l'eau, dont la gestion reviendra à la ville l'année prochaine. Jacques Boutault, maire (écologiste) du 2e arrondissement de Paris, explique ainsi que « le remplacement progressif des pesticides par des alternatives plus naturelles a permis de faire chuter leur utilisation de 90% à Paris, depuis 15 ans ».
Si l'agriculture est le principal utilisateur de pesticides (95 % des substances utilisées), l'entretien des voieries et des espaces verts est également concerné. Or, cette exposition peut s'avérer particulièrement dangereuse pour les enfants et les femmes enceintes. En juin 2008, une campagne de mesures effectuée en Ile-de-France par Airparif avait mis en évidence la présence, à l'état de traces, de plus de trente molécules de pesticides dans cinq sites différents : Paris, les Halles ; Bois-Herpin (Essonne) ; Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ; Chelles et Coulommiers (Seine-et-Marne). Pas moins de 3 200 tonnes de pesticides sont employées chaque année en Ile-de-France, dont 2 900 tonnes pour des usages agricoles.

Des effets toxiques mal connus

Présents dans l'air, l'eau, les sols et l'alimentation, les pesticides ont des impacts sanitaires considérables. Certains produits, bien qu'ils ne soient plus utilisés depuis des années, persistent encore dans l'environnement. Si les études sur leurs effets en matière de santé sont trop peu nombreuses, une enquête menée par l'Ineris en mars 2008 lui a permis de conclure que : "Si le lien entre l'exposition aux pesticides présents dans l'environnement intérieur et l'impact sur la santé n'est pas encore précisément établi, la toxicité de ces produits est avérée ». Certains organismes, comme l'Agence de protection environnementale des Etats-Unis (EPA), ont classé des produits comme cancérogènes potentiels. C'est le cas de l'Oxadiazon, un herbicide toujours commercialisé.
Le nombre et le champ insuffisant des études sanitaires ont conduit à la création d'un Observatoire des résidus de pesticides (ORP) pour rassembler et exploiter les données existantes. 25 organismes spécialisés dans les domaines de l'environnement et des risques sanitaires sont réunis, sous l'égide de l'agence française de la sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) pour évaluer les impacts toxiques , dont le risque de cancers et de perturbation endocrinienne. Car même à faible dose, les substances génotoxiques peuvent modifier l'ADN et entraîner des cancers. C'est le cas pour un certain nombre de pesticides. De même, les perturbateurs endocriniens agissent comme des hormones, avec des effets à des doses très basses. L'« effet cocktail » de ces substances reste également mal connu. Pour obtenir une mise sur le marché, le fabricant doit fournir un dossier d'étude sur le produit, mais seule la substance active est testée, et non les autres composants, qui peuvent pourtant augmenter les effets de la matière active. Les travaux de l'ORP montrent par ailleurs qu'il est encore difficile aujourd'hui de mesurer l'exposition des citoyens aux pesticides. Un suivi annuel des usages des pesticides sur le territoire français va être mis en place, qu'il s'agisse des milieux professionnels ou des particuliers, notamment à travers le jardinage. Enfin, un plan 2009-2011 doit permettre de rassembler des données sur la présence de résidus de pesticides dans l'environnement et les produits de consommation.

Véronique Smée
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