Publié le 26 avril 2018

ENVIRONNEMENT

Les agriculteurs bio peuvent enfin vendre leurs semences paysannes (et ça ne va pas plaire à Monsanto)

Fini le monopole des gros groupes sur l'agriculture. En tout cas, sur la bio. Les eurodéputés viennent d'autoriser les agriculteurs bio à vendre leurs propres semences. Jusqu'ici, seules celles enregistrées dans un cahier officiel pouvaient être vendues. Or, elles sont en majorité détenues par des multinationales comme Monsanto. Résultat : 75 % des aliments de la planète proviennent de seulement 12 espèces végétales et cinq animales.

En 2016, Bayer et Monsanto ont réalisé 2,6 milliards de dollars de ventes de semences.
Pixabay

Les députés européens ont adopté, jeudi 19 avril, un nouveau règlement sur l'agriculture bio. Une des mesures autorise la "reproduction végétale de matériel hétérogène biologique". Cette formule technique et nébuleuse signe la fin de "la mainmise des grands groupes semenciers", estime l’eurodéputé José Bové. "Elle va permettre la commercialisation de semences traditionnelles et encourager les paysans bios à réutiliser leurs propres semences".

75 % des aliments proviennent de 12 espèces végétales

Concrètement, les eurodéputés viennent d’autoriser les agriculteurs bio à vendre les semences paysannes, c'est-à-dire celles qui ne sont pas enregistrées dans le cahier officiel des espèces. Jusqu’ici, pour être commercialisées, toutes les semences devaient y être inscrites. Pour ajouter une variété de céréales par exemple, il faut compter entre 6 000 et 15 000 euros, un coût trop élevé pour un agriculteur. 

Par ailleurs, des critères de sélection excluaient d’office les semences paysannes. "Le cahier officiel des espèces demande des critères d’homogénéité et de productivité. Or, les semences que les paysans utilisent depuis des milliers d’années ne sont pas toutes les mêmes. C’est justement leur atout, elles sont capables de s’adapter aux changements climatiques", explique le président du Réseau semences paysannes, Patrick de Kochko.

Ainsi, de 1930 à 1965, on est passé de 400 variétés de blés à 65. Pire, aujourd’hui, selon la FAO, 75 % des aliments de la planète proviennent d’à peine 12 espèces végétales et cinq animales.

Monopole des gros groupes

"Aujourd’hui, trois grands groupes possèdent plus de 53 % du marché mondial de la semence : c’est totalement inacceptable", a réagi l’eurodéputé socialiste Éric Andrieu. "Jusqu’à présent, le monde du vivant était cadenassé par la réglementation actuelle au profit de quelques grandes multinationales. Il est urgent de rééquilibrer la chaîne alimentaire et d'arrêter de dérouler le tapis rouge devant les oligopoles de l'agrochimie", ajoute-t-il.

Monsanto, DuPontDow et Syngenta sont les principaux détenteurs de semences. Après sa fusion avec Bayer, près d'une semence sur trois issues du cahier officiel sera signé Monsanto. 

Ouvrir la voie aux agriculteurs conventionnels

L’industrialisation des semences date de la Seconde Guerre mondiale et répondait à une volonté de sécurité alimentaire. Mais aujourd’hui les enjeux sont différents d’autant que "sans béquille chimique et sur une même surface, les semences industrielles ne sont pas plus productives", estime la Confédération paysanne. Et les consommateurs attendent aujourd’hui davantage de qualité que de quantité.

"On dirait qu’il y a une ouverture pour les semences paysannes mais la réalité c'est qu'il s'agit surtout d'une ouverture pour les multinationales. Elles pourront déposer des mélanges brevetés moins homogènes comme des nouveaux OGM sans supporter les contraintes de l'inscription au cahier officiel. Et peut-être échapper à la réglementation OGM, comme elles l'espèrent", prévient Patrick de Kochko. Reste que cette autorisation ne concerne pour l’instant que l'agriculture bio. Un rôle pionnier qui pourrait ouvrir la voie aux agriculteurs conventionnels. 

Marina Fabre @fabre_marina


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