Publié le 02 juillet 2019

ENVIRONNEMENT

OGM, antibiotique, pesticide... Le traité avec le Mercosur est-il vraiment néfaste pour notre alimentation ?

Allons-nous manger de la viande brésilienne chargée d'antibiotiques, des cultures utilisant des pesticides interdits ou valoriser du soja OGM dont la culture est interdite en France ? C'est ce que craignent les agriculteurs français, farouchement opposés à la signature de l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur. Emmanuel Macron a promis que les normes sanitaires et environnementales seraient respectés, mais le manque de traçabilité et de contrôle laisse planer le doute. Face à la contestation, le Président pourrait ne pas ratifier le traité.

Le Brésil détient 212 millions de têtes de bétail, le plus grand troupeau de bovins commerciaux de la planète.
MARIO TAMA / Getty Images South America / Getty Images/AFP

"N’importons pas l’agriculture et l’alimentation que nous ne voulons pas chez nous". Ce credo est porté depuis longtemps par Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, le premier syndicat agricole français. Et il prend tout son sens depuis la signature, le 28 juin, de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay et Venezuela).

Sur le papier, cet échange est bénéfique à tous. D’un côté, le Mercosur va exporter ses produits agricoles dans l’UE, à un taux préférentiel. De l’autre, il ouvre ses portes à l’industrie européenne, ses voitures, ses produits pharmaceutiques, sa chimie… Problème : l’agriculture sud-américaine est bien moins réglementée que l’européenne. Et les producteurs du vieux continent dénoncent une distorsion de concurrence.

Soja OGM, antibiotiques et feedlots

"À quoi bon demander en France et en Europe une montée en gamme en termes de qualité et de respect de l’environnement si c’est pour importer des produits contraires à cet effort", se demande le syndicat Jeunes Agriculteurs. Il faut dire que la situation est critique. Au Brésil par exemple, depuis l’élection de Jair Bolsonaro, près de 200 pesticides ont été homologués. Et le pays est déjà le plus grand consommateur de glyphosate au monde. Or les agriculteurs français devraient normalement se passer du glyphosate d’ici deux ans.

La viande est également concernée. L’Union européenne a concédé l’arrivée sur le territoire de 99 000 tonnes de bœuf par an à un taux douanier préférentiel de 7,5 % ainsi que 100 000 autres pour les volailles. Une ouverture qui pourrait fragiliser les filières européennes, qui sont déjà en crise. Mais qui posent surtout question quant à la qualité de la viande importée.

"Qu’y a-t-il de "durable" à mettre en péril nos élevages paysans, majoritairement nourris à l’herbe, en abaissant les droits de douane sur l’importation de 99 000 tonnes de viande bovine issus d’animaux entassés dans des feedlots (des parcs dédiés à l’engraissement intensif des bovins, NDR)", s’interroge Confédération paysanne. Cela pose un enjeu en matière de bien-être animal, un sujet de plus en plus sensible sur le vieux continent, chez les consommateurs, les entreprises sur les investisseurs. 

Les ONG et les agriculteurs européens dénoncent également l'usage du soja OGM résistant au glyphosate, dont la culture est pourtant interdite en France. Mais surtout l'emploi des antibiotiques, suremployés dans les élevages intensifs alors que l'Europe interdit l'utilisation de ceux destinés à favoriser la croissance des animaux. 

"Il n'y a aucune traçabilité au Brésil"

Emmanuel Macron lui, assure avoir négocié des garde-fous. "Cet accord est bon à ce stade, il va dans la bonne direction mais nous serons très vigilants", a-t-il déclaré le 29 juin, affirmant avoir imposé des critères, le deuxième étant "le respect de nos normes environnementales et sanitaires". Un vœu pieux pour beaucoup d’opposants à ce traité. "Il n’y a aucune traçabilité au Brésil, nous serons incapables de contrôler la qualité de ce qu’on importe", a déclaré au Monde le député LRM et agriculteur Jean-Baptiste Moreau, "Quand le bœuf arrivera au port de Rotterdam (Pays-Bas), on ne sera pas s’il a reçu des antibiotiques, des hormones, un certain nombre de farines animales… ".

Il faut dire que l’histoire ne joue pas en faveur du Brésil. En mars 2018, l’Union européenne, qui importe déjà 500 000 tonnes de poulets chaque année, a décidé d’interdire l’importation de volailles à deux groupes agroalimentaires brésiliens après une énorme fraude sanitaire. Des tonnes de viande avariées, certaines contaminées à la salmonelle, ont été vendues en Europe avec la complicité de services sanitaires brésiliens corrompus.

"Notre salut viendra des consommateurs à qui nous demandons de soutenir les produits", a déclaré Christiane Lambert. "Nous n’avons aucune confiance en une police de l’alimentation mondiale qui nous préserverait des risques sanitaires". Reste que la France n'est pas encore sûre de ratifier l'accord. Face à la levée de boucliers, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a indiqué que Paris allait "regarder dans le détail et en fonction de ce détail décider". 

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Agriculture

Avec ou sans pesticides, bio ou OGM, les modes de production agricole jouent un rôle déterminant sur la biodiversité et la pollution. Le développement massif de monocultures comme celle de l’huile de palme dans certaines régions entraine des problèmes variés dont la déforestation.

Chlordecone bananier

Le chlordécone, un scandale environnemental et sanitaire dont l’État serait le premier responsable

C'est un scandale environnemental et sanitaire d'envergure. Quarante ans après son interdiction, près de la totalité des Guadeloupéens et Martiniquais sont contaminés au chlordécone, un insecticide largement répandu dans les Antilles de 1973 à 1993. Un nouveau rapport parlementaire désigne le...

Ble agriculture bio emissions co2

[Science] À grande échelle, l'agriculture 100 % bio augmenterait les émissions de CO2

L'agriculture bio est-elle vraiment l'exemple à suivre ? Des chercheurs ont estimé que si l'Angleterre et le Pays de Galles optaient pour une production agricole 100 % bio, les émissions de gaz à effet augmenteraient. Les rendements étant moindres, les pays seraient obligés de convertir des prairies...

Moutons cargo echoue mer noire

14 600 moutons piégés dans un navire échoué, une dérive du transport d’animaux vivants

Un navire transportant 14 600 moutons à destination de l'Arabie Saoudite s'est échoué dimanche 24 novembre aux larges des côtes roumaines. Si l'équipage a pu être sauvé, seule une centaine de moutons ont été évacués. Un drame qui symbolise la dérive du transport d'animaux vivants, pourtant encadré...

Manifestations agriculteurs FNSEA DOMINIQUE FAGET AFP

Manifestations des agriculteurs : le malaise est profond

C’est un ras-le-bol fait de déceptions successives. Des centaines d'agriculteurs convergent ce 27 novembre vers Paris pour dénoncer la politique des prix bas de la grande distribution, un an après la loi alimentation. Si le désarroi financier des producteurs est réel, le malaise est plus profond....