Le Coronavirus va-t-il provoquer une crise alimentaire mondiale ? C'est ce que craignent trois organisations mondiales, la FAO, pour l'alimentation, l'OMC pour le commerce et l'OMS pour la santé. Plusieurs facteurs sont en effet en train d'enrayer la machine alimentaire mondiale : les surstocks que font certains États, l'interdiction d'exportations de grands producteurs de blé, la pénurie de main-d’œuvre agricole dans le monde entier ou encore les retards de transport.

Cette alerte est lancée par trois organisations qui n’ont pas l’habitude d’écrire un communiqué commun. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont prévenu, le mercredi 1er avril, d’un risque croissant de pénurie alimentaire mondiale.
"Nous devons nous assurer que notre réponse face à la pandémie de Covid-19 ne crée pas, de manière involontaire, des pénuries injustifiées de produits essentiels et exacerbe la faim et la malnutrition", écrivent-ils. Car aujourd’hui, de multiples facteurs font peser un risque sur l’approvisionnement. Les mesures protectionnistes prises par certains États, comme la limitation des exportations, sont un problème d’ampleur. C’est notamment le cas du Kazakhstan qui a suspendu ses exportations de farine de blé alors qu’il est pourtant le plus grand exportateur mondial.
Certains pays font d’énormes stocks
"De telles réactions peuvent contribuer à altérer l’équilibre entre l’approvisionnement alimentaire et la demande, avec pour conséquence des augmentations de prix et une hausse de la volatilité des prix", notent les trois institutions. Le Financial Times notait ainsi le 25 mars que les Bourses des produits agricoles s’étaient envolées de 12 à 8 %. Et ce sont les pays à faible revenu et en déficit alimentaire qui vont subir de plein fouet cette pénurie. Les directeurs de la FAO, de l’OMS et de l’OMC appellent donc à une coopération internationale mais, pour l’instant, chaque pays essaye de sécuriser son approvisionnement, parfois au détriment des autres.
La Chine par exemple, a fait des réserves de farine pour au moins une année, note le journal Le Temps. Pourtant, elle continue d’en acheter d’énormes quantités aux pays producteurs comme les États-Unis. Ces mécanismes ont les mêmes conséquences que les achats frénétiques des consommateurs. En France par exemple, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a insisté sur le fait qu’il n’y aurait pas de pénurie alimentaire si les Français continuaient leurs achats normalement, sans s’approvisionner en pâte ou riz pour des mois car cela enraye la fluidité de la chaîne d’approvisionnement.
Pénurie de main d’oeuvre et difficulté de transport 
D’autant que le secteur agroalimentaire est particulièrement touché par la pénurie de main-d’œuvre. Les agriculteurs du monde entier demandent de l’aide car, avec la fermeture des frontières, les saisonniers qui venaient habituellement leur prêter main-forte ne sont pas au rendez-vous. Au Royaume-Uni, où les récoltes doivent se faire urgemment, 90 000 postes sont à pourvoir. Le gouvernement prévoit d’affréter des vols exclusivement pour faire venir des travailleurs agricoles. En France, où 200 000 saisonniers étaient attendus, un vaste appel à l’aide a été lancé aux citoyens pour récolter les fraises et les asperges notamment. 
L’autre enjeu est celui du transport. L’ONU, l’OMC et l’OMS s’inquiètent des "retards aux frontières pour les containers qui pourraient provoquer un "gâchis de produits périssables et une hausse du gaspillage alimentaire". En France, la situation est tendue. Plusieurs transporteurs ont appelé à exercer leur droit de retrait et les tarifs sont en constante augmentation. La Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (FEEF) réunissant les moyennes entreprises, a tiré la sonnette d’alarme face à cette hausse tarifaire imposée par les transporteurs. Au ministère de la Transition écologique, on assure que la situation est suivie avec attention. 
"L’arrêt ou la forte réduction d’activité de pans entiers de l’économie, la réorientation des circuits de distribution alimentaires de la restauration hors foyer vers les commerces de proximité ou l’e-commerce entraînent à la fois une chute conséquente de la demande de transport et une désorganisation complète des flux. Cela se traduit par une augmentation des retours à vide des véhicules et, d’une façon générale, par une diminution de leur taux de chargement", explique un porte-parole du ministère. Il n’y aura donc pas de moratoire sur la hausse prix car les transporteurs doivent répercuter les coûts supplémentaires qu’ils subissent, mais toute augmentation devra être objectivée. C’est toute la filière d’approvisionnement, de l’amont à l’aval, qui subit l’impact du Coronavirus. 
Marina Fabre, @fabre_marina

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