Publié le 25 janvier 2019

ENVIRONNEMENT

La France n’interdira pas le glyphosate sous trois ans (et ce n’est pas une surprise)

La France ne sortira pas totalement du glyphosate sous trois ans, a annoncé Emmanuel Macron lors d'un débat-citoyen le 24 janvier. Une décision fustigée par de nombreuses associations environnementales dénonçant une "nouvelle reculade" du Président. Sauf que cette annonce n'est pas nouvelle. Le chef de l'État avait déjà annoncé, il y a un an, des dérogations pour les agriculteurs qui ne peuvent pas encore se passer de l'herbicide.

Emmanuel Macron a annoncé, lors d'un débat national, que la France ne se passerait pas à 100 % du glyphosate d'ici trois ans.
©Elysée

La France n’arrivera pas à se passer "à 100 % du glyphosate" dans les trois ans, a estimé le chef de l’État lors d’un débat citoyen à Bourg-de-Péage, dans la Drôme. "Je sais que certains voudraient qu'on interdise tout du jour au lendemain. Je vous dis : pas faisable et ça tuerait notre agriculture. Et même en trois ans, on ne fera pas 100 %, on n'y arrivera pas", a déclaré Emmanuel Macron.

Une reculade déjà annoncée en janvier 2018

Dès cette annonce, l’information a fait le tour des réseaux sociaux et de la presse, provoquant de vives réactions. "Après le refus de l’inscription (de l’interdiction du glyphosate, ndr) dans la loi, cette déclaration du Président sonne comme un renoncement à un réel objectif de sortie qui n’est pas acceptable", a réagi l’association Générations futures. C’est "une nouvelle reculade du gouvernement Macron, qui ne prend décidément pas la mesure des défis environnementaux auxquels nous devons faire face", ajoute Greenpeace France.

Sauf que cette décision, Emmanuel Macron l’avait déjà annoncée en janvier 2018 lors de ses vœux au monde agricole. "Les solutions existent pour 90 % des surfaces", avait-il déclaré, mais, "on ne peut pas laisser un agriculteur sans solution. (…) Pour les impasses restantes, notamment pour l’agriculture de conservation des sols ou les cultures en pente, nous mobiliserons la recherche pour trouver des alternatives avec un principe simple : je n’imposerai jamais une sortie s’il n’y a pas d’alternative crédible".

Un "retour au pragmatisme" salué par la FNSEA

En novembre 2017, lorsque les États membres s’étaient accordés sur un renouvellement de cinq ans de la licence du glyphosate, la France militait pourtant pour une sortie sous trois ans. Emmanuel Macron s’était donc engagé à maintenir cet objectif dans l’Hexagone, malgré les contestations de la FNSEA, principal syndicat agricole. Le rappel de dérogations pour certains agriculteurs est donc salué par le syndicat. C'est un "retour au pragmatisme", s’est félicitée Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

Le maintien de ces exceptions n'était pas gagné d'avance, surtout depuis que le tribunal administratif de Lyon a annulé, le 15 janvier dernier, l'autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360, un herbicide de Monsanto à base de glyphosate. La justice a estimé que l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait commis une erreur d'appréciation au "regard du principe de précaution". Une décision qui avait relancé le débat sur l'autorisation du glyphosate en France et dans l'Union européenne. 

Marina Fabre @fabre_marina


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