Publié le 22 mars 2011

ENVIRONNEMENT

La Basse-Normandie, futur fief du lait biologique français ?

Après avoir accompagné les producteurs laitiers normands dans leur conversion à l'agriculture biologique, la marque Les 2 Vaches s'associe avec les acteurs agricoles locaux pour structurer une filière laitière bio exemplaire.

133068_GF.jpg

La marque Les 2 Vaches, qui appartient au groupe Stonyfield, filiale de Danone, se lance un nouveau défi. Après avoir accompagné les producteurs laitiers dans leur conversion à l'agriculture biologique, elle passe à la vitesse supérieure. Son ambition ? « Faire de la Basse-Normandie une région pilote de la production et de la transformation laitière biologique.» En partenariat avec l'Institut de l'élevage, la Chambre d'agriculture de Normandie et le Groupement de recherche en agriculture biologique, l'enseigne souhaite désormais accompagner toute la filière régionale dans cette conversion, depuis l'enseignement en lycée agricole jusqu'à la revente des vaches de réforme, en passant par les éleveurs bien sûr, mais aussi les vétérinaires et les partenaires économiques. Un projet baptisé « Reine Mathilde » et financé par le Fonds Danone pour l'Ecosystème, crée en 2009 et doté de 100 millions d'euros.

Un premier pas encourageant

Ce projet ambitieux s'inscrit dans une stratégie initiée en 2008, alors que la crise du lait touchait de plein fouet les producteurs français (voir article lié). Les 2 Vaches s'était alors engagé à soutenir financièrement les producteurs de sa zone de collecte sur les deux années nécessaires à leur conversion au bio. Eric Lepage, agriculteur à Saint-Jean-des-Baisants dans la Manche, en a alors profité. « Je pratiquais déjà l'agriculture raisonnée depuis le début des années 2000. Et ce programme d'aide à la conversion est tombé à point nommé : à quarante ans, j'ai eu envie de changer de pratiques. J'ai trois enfants et j'en avais assez de leur dire de rester à l'intérieur quand j'allais traiter dehors. » D'autant que Danone a mis les moyens sur la table. « L'analyse économique a été vite faite, ajoute Eric Lepage. On perd peut-être 25 à 30% en rendement, mais Danone reverse une prime à la reconversion de 50 euros pour mille litres, et une fois le lait labellisé, le prix d'achat est 25% supérieur à celui du conventionnel. Quant aux charges, elles sont forcément moindres, puisqu'on arrête d'utiliser des intrants chimiques. »

Eric Lepage ne fait pas figure d'exception. Lors du lancement de ce programme, début 2009, trois producteurs laitiers normands approvisionnaient Les 2 Vaches. Aujourd'hui, ils sont une dizaine en reconversion, prêts à grossir les rangs. « Le programme se déroule bien, témoigne Daniel Tirat, directeur général de la marque. D'ici 2012, nos agriculteurs partenaires en Basse-Normandie seront quatre fois plus nombreux qu'en 2009. »

Sensibiliser tous les acteurs de la filière

Pour autant, le prix du lait conventionnel étant reparti à la hausse en 2010, certains agriculteurs restent hésitants à se convertir. Et si d'après l'Agence Bio les ventes de lait biologique ont progressé de 7,6% en France en 2010, la filière rencontre encore des obstacles - notamment culturels - pour mener une conversion vers l'agriculture biologique.

Les 2 Vaches a donc décidé d'élargir son champ d'action. L'ambitieux projet Reine Mathilde, lancé en février 2011 pour une durée de cinq ans, concerne désormais tous les acteurs de la filière. Son leitmotiv : « faire du bio, c'est bien, mais bien faire du bio, c'est mieux », dixit Daniel Tirat. Avec l'aide de ses partenaires, la marque veut installer ce plan de soutien au niveau de la région. Et comme le souligne le directeur de la marque, la formation et la sensibilisation restent les pierres angulaires de ce projet. « L'enseignement de l'agriculture biologique est aujourd'hui obligatoire dans les lycées agricoles. Mais quid de la formation des enseignants ? Nous leur proposons donc notre expertise pour illustrer la pratique de l'agriculture biologique, notamment via la visite d'une ferme de référence. C'est d'autant important que la plupart des élèves sont enfants de producteurs conventionnels, et héritent parfois d'une vision déformée de l'agriculture bio. » Autre public visé par le projet, les vétérinaires, trop souvent associés à un élevage très médicalisé des vaches laitières. « Nous avons organisé un séminaire fin février sur la pratique vétérinaire en élevage bio, ajoute Daniel Tirat. Quarante des deux cents vétérinaires implantés dans la région y ont assisté. L'objectif est de sortir du cliché qui voudrait qu'un éleveur bio néglige forcément le suivi vétérinaire de son cheptel. »

Par ailleurs, le projet prévoit également la sensibilisation des partenaires financiers des producteurs. « Le modèle économique en agriculture bio est très différent de celui d'une exploitation conventionnelle, précise le directeur de la marque. En particulier pour la gestion des charges : il y a moins d'intrants, mais davantage d'activité mécanique, de main d'œuvre, etc. Les comptables et les banquiers doivent être sensibilisés à ce nouveau modèle. » En bout de la chaîne de production, la valorisation des vaches de réforme en viande labellisée « AB » est également au programme. La vente de ces vaches constitue aujourd'hui entre 10 et 15% du chiffre d'affaires des éleveurs, et leur valorisation en viande biologique -qui permet un gain économique significatif - suppose une nutrition spécifique en fin de vie. Le projet Reine Mathilde prévoit donc un module de formation sur la question. Enfin, la qualité biologique et sanitaire du lait biologique fera l'objet d'analyses pilotées par l'Institut de l'élevage, l'idée étant d'adapter l'alimentation des bêtes pour obtenir un lait de qualité optimale. Dernier volet du projet, la performance écologique des exploitations sera également passé au crible, notamment par l'Agence de l'eau. Un vaste programme.

Anne Farthouat
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Agriculture

Avec ou sans pesticides, bio ou OGM, les modes de production agricole jouent un rôle déterminant sur la biodiversité et la pollution. Le développement massif de monocultures comme celle de l’huile de palme dans certaines régions entraine des problèmes variés dont la déforestation.

Crise alimentaire france

Créer une sécurité sociale de l'alimentation alors qu'un Français sur cinq souffre d'insécurité alimentaire

Plusieurs organisations dont Ingénieurs sans frontière et la Confédération paysanne militent pour étendre la sécurité sociale à l'alimentation. Cela permettrait à des millions de Français de se nourrir correctement et aux agriculteurs, conventionnés par cette Sécurité sociale selon des critères...

Agriculture invendus coronavirus

Fromages, pommes de terre, bières... Des montagnes d'invendus s'accumulent chez les producteurs faute de débouchés

C'est un des effets du Covid-19 et du confinement. Avec la fermeture des chaînes de fast-food, des restaurants, des bars... Les agriculteurs ont perdu d'importants débouchés. Les producteurs de pommes de terre ont 450 000 tonnes de tubercules sur les bras, les brasseurs ont perdu 10 millions de...

Coronavirus crise alimentaire mondiale FAO FIDA PAM Michael Tewelde

Coronavirus : L'aggravation de la crise alimentaire dans le monde pointe un risque d'explosion sociale

Derrière la pandémie de Covid-19, se cache une "pandémie de la faim". Selon les estimations du Programme alimentaire mondial, le nombre de personnes souffrant d'insécurité alimentaire aiguë dans le monde devrait doubler à cause du Coronavirus, atteignant 250 millions d'humains d'ici la fin 2020. Une...

Coronavirus risque mondial penurie alimentaire afp

Le Coronavirus pourrait provoquer une pénurie alimentaire mondiale, alertent les experts

Le Coronavirus va-t-il provoquer une crise alimentaire mondiale ? C'est ce que craignent trois organisations mondiales, la FAO, pour l'alimentation, l'OMC pour le commerce et l'OMS pour la santé. Plusieurs facteurs sont en effet en train d'enrayer la machine alimentaire mondiale : les surstocks que...