Publié le 19 janvier 2009

ENVIRONNEMENT

L'UE adopte une liste noire de pesticides

Les députés ont voté l'interdiction de 22 pesticides, considérés comme cancérigènes, repro-toxiques ou constituant des perturbateurs endocriniens. Deux d'entre eux sont interdits dès cette année, mais certains pourront encore être commercialisés jusqu'en 2018. Si les écologistes se disent satisfaits, certaines organisations regrettent l'absence de mesure pour protéger les résidants des milieux agricoles exposés aux pulvérisations de pesticides.

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Nouvelle étude sur le Roundup

L'équipe du professeur Gilles Eric Seralini, spécialiste des OGM, a publié dans la revue scientifique américaine Chemical Research in Toxicology, un étude qui démontre la dangerosité du Roundup, l herbicide distribué par Monsanto. «Pour la première fois, les mécanismes de la toxicité de quatre différentes formulations de Roundup ont été mis en évidence sur des cellules humaines», explique le MDRGF dans un communiqué. Cette étude sur la toxicité des Roundup montre que ces formulations, qui agissent à des doses infinitésimales (dilués jusqu'à 100 000 fois ou plus), programment la mort cellulaire en quelques heures, ainsi que des dommages des membranes et de l'ADN, empêchant ainsi la respiration cellulaire.

Monica Frassoni, coprésidente du groupe des Verts au Parlement européen, se félicite de l'adoption de cette « liste noire » votée par le Parlement européen, comprenant 22 pesticides. « C'est une victoire des Verts et des environnementalistes qui ont su collectivement résister aux énormes pressions de l'industrie » a-t-elle déclaré. 22 substances sur les 500 actuellement en circulation, c'est cependant moins de 5 %...Le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF) a salué cette nouvelle législation, mais regrette que « des produits susceptibles de conséquences neurologiques et immunologiques graves pour le développement prénatal des enfants » n'aient pas été prises en compte. Par ailleurs, l'association déplore l'absence de "mesure forte pour protéger les résidents des milieux agricoles exposés aux pulvérisations de pesticides", de "zone tampon" près des cours d'eau et "d'interdiction pure et simple" de l'usage des pesticides en milieu urbain. Cette législation européenne est cependant la plus stricte, puisqu'elle éliminera, à terme, les substances cancérogènes, mutagènes et neurotoxiques les plus dangereuses. Par ailleurs, elle permettra une plus grande protection des abeilles sur le territoire européen, protection indispensable à la biodiversité et à la vie humain (voir article lié). On estime en effet que les abeilles contribuent à la production de 80 millions de tonnes de produits alimentaires de l'UE.

"Un retrait arbitraire" selon l'UIPP

La décision européenne est loin de satisfaire, en revanche, l'UIPP. L'Union des industries de la protection des plantes, qui représente les fabricants de pesticides, estime qu' « il est regrettable d'exclure a priori certaines substances actives sur la seule base du danger ». Pour l'UIPP, ces pesticides ne seraient pas dangereux , s' ils sont utilisées « selon les conditions d'emploi qui figurent sur les autorisations de mise sur le marché », c'est à dire avec certaines précautions. L'UIPP demande la tenue « d'une véritable étude d'impact pour s'assurer que ces nouvelles dispositions ne condamneront pas la capacité de production de la ferme Europe à produire "plus et mieux" pour répondre aux besoins de nos concitoyens ». Enfin, les fabricants de pesticides mettent en doute le critère de « perturbateur endocrinien ». Ils « tiennent à rappeler qu'il n'est pas encore défini officiellement par la communauté scientifique et demande aux autorités européennes de revoir les modalités d'application relatives à ce critère ». Mettant en avant l'argument selon lequel « moins de pesticides équivaut à moins de production », l'UIPP estime que le « retrait arbitraire de ces substances, sans justification scientifique et sans mise en place rapide de solutions alternatives, aura des conséquences graves entraînant à terme la baisse, voire la disparition, de certaines productions européennes ».

Si, comme le dit l'UIPP, on manque toujours de données écotoxicologiques et épidémiologiques sur les impacts des pesticides, une étude menée par l'Ineris en mars 2008 lui a permis de conclure que : "Si le lien entre l'exposition aux pesticides présents dans l'environnement intérieur et l'impact sur la santé n'est pas encore précisément établi, la toxicité de ces produits est avérée." De fait, son enquête (voir article lié) comme celle de la DGCCRF sur la présence de résidus de pesticides dans l'alimentation relève que leur présence dépasse les limites autorisées. 6% des fruits et légumes testés contenaient déjà en 2006 plus que la Limite Maximale de Résidus (LMR) autorisée, contre 7,6% en 2007, témoignant d'une exposition croissante des consommateurs à divers types de pesticides. 266 matières actives ont été recherchées et mesurées sur quelque 5 412 échantillons issus de fruits et légumes frais ou transformés, de produits destinés à l'alimentation infantile et animale, de céréales ainsi que de certains produits végétaux biologiques présents sur le marché français. Résultat : 52,1 % des fruits et légumes contiennent des résidus de pesticides contre 45 % en 2006. En 2007, 70,3 % des fruits analysés portent des traces de pesticides, contre 65 % en 2006.

Véronique Smée
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