Publié le 23 mars 2009

ENVIRONNEMENT

L'agriculture sans pesticides dérange les idées reçues

La « semaine sans pesticides », Richard Wallner la vit à l'année. En Charente, ce jeune agriculteur expérimente une « agriculture naturelle » sans pesticides, sans engrais et sans labours, avec une production à la surface meilleure qu'en monoculture industrielle, notamment grâce à la complémentarité des cultures.

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Richard Wallner a banni de son exploitation agricole, depuis trois ans, les produits chimiques. Enthousiaste sur les résultats, il cite pour l'exemple : « le problème des limaces s'est réglé de lui-même, dès la seconde année, grâce aux carabes, crapauds et hérissons », des alliés naturels qu'il a su attirer par des bandes enherbées et conserver en s'abstenant de traiter ses salades et de labourer. Ce jeune agriculteur s'est installé en Charente, à Marsac, près d'Angoulême, pour mettre en pratique les principes d'une agriculture écologique, en totale rupture avec le modèle agricole intensif actuel. Sa ferme, Au Petit Colibri, qui est aussi un écolieu pédagogique, ressemble au premier abord à une friche. Pourtant, lorsqu'on pénètre, les choux, salades et autres légumes sont bien là, sur des buttes, calfeutrés dans de la paille.

"Principe du non agir"

Richard Wallner pratique une agriculture dite « naturelle », qui préconise le non labour, interdit tout pesticide, fongicide ou herbicide et évite même l'emploi de tout compost préparé, aussi naturel qu'il puisse être. Le concepteur de cette méthode, le Japonais microbiologiste des sols Masanobu Fukuoka, avait tant étudié la complexité des interactions au sein des écosystèmes, dans les années 1930, qu'il en était arrivé à la conclusion que toute intervention humaine causait plus de dégâts qu'elle n'en réparait. « La nature fonctionne très bien mais nous ne l'avons toujours pas comprise » résume Richard Wallner. Par exemple, ses plants de tomates, non taillés, résistent mieux aux maladies et donnent autant de fruits, même si ces derniers sont un peu plus petits. Il est rejoint dans ce principe par un chercheur contemporain de l'INRA, Jean-Marie Lespinasse, qui, après avoir tout essayé, conclut sur les arbres fruitiers : « il faut laisser l'arbre tranquille, avec de l'espace »... Pour autant, précise Richard Wallner, « le principe du non agir n'est pas l'agriculture du rien faire. Cette méthode nécessite beaucoup d'observation, de présence et de travail ». Surtout les premières années, où il faut arracher ou faucher les herbes indésirables. Ensuite, la couverture du sol, le fait de ne pas labourer et quelques autres techniques réduisent la repousse.

Locale, sobre et productive

Cette agriculture se pratique à petite échelle (moins de 10 ha la ferme) et sur la proximité. Rentable au plan économique, écologiquement et socialement viable. L'un des secrets de sa rentabilité, dès la première année, repose sur l'absence d'investissement lourd, puisqu'on se passe de tracteur et d'intrants. On évite au maximum les transports en organisant les terres autour de la ferme, selon les principes de la permaculture. La vente se fait aussi localement. Richard Wallner a vite fidélisé des familles avec ses paniers hebdomadaires.
Le concept d'organisation permaculturelle, qui fait des émules dans le monde entier, optimise toutes les énergies, humaines, fossiles et naturelles, du bâti aux cultures, en passant par la gestion de l'eau. Cette ferme idéale est non seulement sobre mais très productive grâce au mélange des cultures, qui permet de densifier l'usage de la terre. Ainsi, le verger sert aussi de poulailler. Les arbres sont d'ailleurs présents sur toutes les cultures puisqu'ils en sont les régulateurs, remontant les fertilisants à la surface grâce à leurs racines. « La ferme est de plus en plus auto fertile, sécurisée et de moins en moins pénible. Le système est mature au bout de dix ans, la durée d'une bonne emprise des arbres» explique Richard Wallner.

Une expérience qui dérange

L'objectif de l'expérience de Richard Wallner est de prouver la viabilité du système, indépendant du pétrole et de toute subvention européenne, bénéfique pour la santé et l'environnement, et qui recréerait du lien social et de l'emploi dans les campagnes. « A terme, on peut envisager un hectare par agriculteur, qui nourrirait vingt à trente familles de façon diversifiée, hors viande. Avec un million de fermes on nourrit la France sur une surface ridicule ! » extrapole-t-il. Son projet a commencé sur les chapeaux de roues, en 2005, grâce à l'aide de bénévoles et les deux premières années ont été prometteuses. Mais ce parisien exilé, ingénieur de formation, a dû arrêter les cultures commerciales pour cause de blocage de la mairie de Marsac, qui lui refuse arbitrairement le droit de construction sur son terrain. Son projet avait pourtant le soutien du Conseil Général, de la Chambre d'Agriculture et de la DIREN. En janvier, il a même reçu la visite des Verts. « L'expérience de Richard est intéressante car il utilise des méthodes que les agriculteurs traditionnels n'ont pas appris comme étant possibles » a déclaré Cécile Duflot, secrétaire nationale. Peut-être est-ce le succès potentiel de ce modèle qui gêne le maire de Marsac, maïsiculteur et éleveur de porcs hors-sol ? Après trois ans de négociation et de résistance, à vivre en caravane, Richard Wallner attaquera en justice la mairie à la fin du mois pour pouvoir mener son rêve à bien et cultiver notre espoir d'une agriculture durable.

Hélène Huteau
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