Publié le 14 juin 2018

ENVIRONNEMENT

Huile de palme : le gouvernement et les agriculteurs appellent Total à augmenter son apport de colza français

Après seulement trois jours de mobilisation la FNSEA, principal syndicat agricole, a annoncé la fin du blocage d'une quinzaine de raffineries et dépôts en France. Les agriculteurs demandaient à Total d'augmenter la part de colza français dans sa nouvelle bioraffinerie au lieu de privilégier l'importation d'huile de palme. Sur ce point, ils ont reçu le soutien oral du gouvernement. Rien d'autre. 

La FNSEA a annoncé la fin de la mobilisation qu'elle avait débuté dimanche 10 juin.
Pixabay

Les mines étaient fatiguées ce 13 juin au matin. La FNSEA, principal syndicat agricole tenait son point de presse à la suite d’une réunion de crise dans les bureaux du ministère de l’Agriculture. Les négociations ont duré tard dans la nuit, jusqu’à 4 heures du matin.

Et les agriculteurs semblent, à première vue, avoir obtenu satisfaction. Après 3 jours de blocage d’une quinzaine de dépôts et raffineries en France, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, annonce la suspension de la mobilisation. "Nous avons fait le choix d’une manifestation responsable qui sait commencer et qui sait se terminer", souligne-t-elle.

L'agrocarburant, premier débouché du colza français

Et pourtant, à bien y regarder, les agriculteurs n’ont obtenu aucun engagement concret du gouvernement. Le principal point de crispation se nommait Total. Le groupe va importer 300 000 tonnes d’huile de palme pour faire tourner sa nouvelle usine de production de biocarburant à la Mède. Or la FNSEA craint une distorsion de concurrence avec l’huile française de colza, dont le premier débouché est l'agrocarburant. Total s’est engagé à intégrer 50 000 tonnes d’huile de colza par an dans sa bioraffinerie.

"Ce n’est pas suffisant", argue la FNSEA. "Nous voulons qu’une augmentation des volumes de colza acheté en France par Total puisse être actée. Nous voulons qu’il aille plus loin", insiste Christiane Lambert. Un vœu partagé par le ministre de l’Agriculture. "Nous demandons à Total de travailler avec la filière colza pour aller plus loin. Que l’on fasse se croiser les courbes entre l’huile de palme et le colza", affirme-t-il. Mais non "l’État n’a pas à entrer dans les négociations".

Total devra prendre en compte le coût de production des agriculteurs 

Le gouvernement compte plutôt tester son nouvel outil de contractualisation mis en place à l’issue des États généraux de l’alimentation (EGA). Concrètement, il veut - et la FNSEA le suit dans cette démarche - que Total prenne en compte les coûts de production qui seront définis par l’interprofession dans le cas de contractualisation. "On veut un tarif EGA", souligne Christiane Lambert. L’État se tiendra prêt à "contrôler, valider, vérifier si Total est au rendez-vous", fait valoir Stéphane Travert.

Plus largement, la FNSEA dénonçait les accords internationaux "signés à tour de bras" sans "respect des conditions que l’on impose aux agriculteurs français". "Sur ces accords nous défendons avec force notre ligne rouge (...) et nos filières", promet Stéphane Travert qui veut "lancer un message de confiance". En bref, la FNSEA, qui voulait des "actes" n’a obtenu que des paroles. Mais attention prévient Christiane Lambert, la suspension "veut dire que nous prêts à y retourner [dans les raffineries]". 

Marina Fabre @fabre_marina 


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