Publié le 22 octobre 2008

ENVIRONNEMENT

Grenelle : objectifs sur les pesticides à confirmer

La réduction de 50% des pesticides en 10 ans a été votée dans le cadre du Grenelle. Mais de nombreux points, techniques et financiers, n'ont pas encore été déterminés. Si l'objectif est atteignable, l'Etat doit se donner, et donner aux agriculteurs, les moyens de la réussite.

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Réduire de 50% les pesticides utilisés dans l'agriculture française d'ici 2018. Objectif ambitieux du plan «Ecophyto 2018», indispensable selon de nombreuses associations, et validé dans le cadre du Grenelle. Le Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF) s'est félicité du maintient de cette promesse dans le texte voté le 21 octobre en première lecture du projet de loi relatif à la mise en place du Grenelle de l'environnement. Mais certains points restent à préciser sur les moyens financiers et techniques pour y parvenir.

Réduire les pesticides suppose en effet une alternative et un soutien aux agriculteurs. A part les agriculteurs biologiques, qui n'utilisent pas de produits phytosanitaires, les exploitants agricoles «traditionnels» ne connaissent pas toujours les alternatives au tout-chimique. Les habitudes prises depuis une quarantaine d'années sont tenaces. Les rendements sont artificiellement gonflés dans les exploitations qui évitent les maladies en privilégiant pesticides et engrais. Passer à moins de 50% de pesticides, c'est redéfinir tout un mode de culture pour les agriculteurs, qui sont habitués à utiliser les phytosanitaires sans se préoccuper des doses. C'est en effet le nombre de doses de pesticides qui sera réduit d'ici 10 ans, et non les volumes, pour éviter que les fabricants ne développent de nouveaux produits simplement plus concentrés.

Changer fondamentalement les habitudes

C'est d'ailleurs l'argument avancé par l'Union des industries de protection des plantes (UIPP). Le syndicat des producteurs de pesticides s'est indigné du possible retrait de quelques 200 molécules utilisées en Europe, dans le cadre de l'élaboration d'un nouveau règlement européen, qui viendrait compléter la directive 91/414/CE. L'UIPP avance que c'est l'utilisation incorrecte du produit qui le rend dangereux, et non le principe actif en lui-même. Elle soutient d'ailleurs la mise en place, dans le cadre du plan Ecophyto 2018, de fermes-pilotes pour sensibiliser les agriculteurs aux pratiques économes en pesticides. En revanche, le syndicat regrette la précipitation dans laquelle le Grenelle pousse les exploitants agricoles. Il craint l'interdiction en France de certains produits autorisés en Europe, qui rendrait les agriculteurs français moins compétitifs.

Rien de tel n'est pourtant prévu dans le Grenelle. Au contraire. François Veillerette, président du MDRGF, fustige l'adoption d'un amendement « assassin », selon lui. Le texte voté précise que la liste des substances pesticides retirées du marché français sera établie « en tenant compte des substances actives autorisées au niveau européen ». Autrement dit, aucune substance autorisée à la vente dans l'Union européenne ne sera interdite en France. Pas d'avancée possible en la matière, donc, indépendamment d'une loi européenne. Ce principe de nivellement par le bas anéantit l'intérêt même de la réglementation, aux dires de certaines associations environnementales.

Les points à préciser dans le Grenelle 2

Autre point déterminant : le budget alloué à la mise en place de ce plan. La réussite des exploitants qui ont converti leurs cultures à l'agriculture biologique est la preuve de la faisabilité d'une telle démarche. Mais les pertes liées à la conversion sont, pour l'instant, compensées par les allocations du second pilier de la Politique agricole commune (PAC). Ces aides permettent à la fois aux agriculteurs d'investir dans du nouveau matériel, et de compenser éventuellement la légère chute du rendement ressentie les premières années de la conversion. Pour l'instant, aucune aide financière n'est précisée dans le cadre du plan Ecophyto 2018, mais le Grenelle a toutefois acté la création d'un budget dès 2009.

Enfin, le suivi des exploitations agricoles dans cette phase de transition demeure incertain. Qui va vérifier que les agriculteurs ont bien banni les pesticides de leurs champs ? La question a apparemment fait débat au sein de la commission du plan Ecophyto. Au final, c'est la loi sur la responsabilité des citoyens à l'égard de l'environnement qui aura cours. Elle imposera des sanctions aux exploitants qui continueraient à utiliser des pesticides, s'il est prouvé que cette action nuit gravement à l'environnement. Reste à définir les sanctions, et à prouver l'impact des agissements des exploitants sur l'environnement...

Un éventuel essor des OGM ne doit pas non plus être ignoré. Les agriculteurs n'ont plus l'habitude de voir leurs cultures attaquées par les insectes et les maladies. La limitation des pesticides pourrait les encourager à se tourner vers des espèces naturellement résistantes aux maladies, qui ne nécessitent pas de pesticides. Là encore, il sera indispensable de soutenir, sensibiliser, former et aider les exploitants agricoles à cibler leurs choix dans l'optique d'une agriculture durable.

Rouba Naaman
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