Publié le 07 mars 2013

ENVIRONNEMENT

Filière miel : avec ou sans OGM ?

Avec des intitulés flous comme « Mélange de miels originaires et non-originaires de la CE », la réglementation européenne ne s'embarrasse pas pour éclairer les consommateurs. La directive « miel » débattue actuellement à Bruxelles pourrait même dispenser de mentionner la présence d'OGM dans les pots.

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La filière se divise alors que la Commission européenne propose de transformer les règles d'étiquetage pour éviter d'avoir à mentionner la présence de pollen OGM dans le miel. « L'enjeu est très important pour l'image du produit. À terme, il risque d'y avoir beaucoup de miel OGM sur le marché alors que le pollen ne représente qu'une portion infime du produit », estime Claude Noël, président de la Fédération des coopératives apicoles de France (Fedapi), favorable à l'assouplissement proposé par la Commission. Sa fédération membre de Coop de France relaie les inquiétudes d'une filière industrielle qui redoute les conséquences d'un étiquetage OGM sur la vente d'un produit apprécié pour ses qualités naturelles. Ils sont rejoints par les pays exportateurs de miel, qui fournissent 40 % du miel européen et souhaitent également un marché moins contraignant. A l'inverse, une quinzaine d'organisations apicoles européennes, dont l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf), réclament une plus grande transparence sur les OGM pour garder la confiance des consommateurs.

Le débat à Bruxelles est technique mais crucial : les eurodéputés sont en effet appelés à se prononcer sur un amendement de la directive « miel » proposé par la Commission. Celle-ci veut classer le pollen non plus comme un ingrédient mais comme un composant. Si la nuance peut sembler subtile, la conséquence sur l'étiquetage est capitale car la mesure du taux d'OGM se fait uniquement sur les ingrédients. Le pollen entrant en très petite quantité dans la composition du miel, calculer la proportion d'OGM sur le miel plutôt que sur le pollen garantit en effet de ne jamais dépasser le seuil des 0,9 % nécessaire à l'étiquetage OGM.

70 % du miel vendu en supermarché est importé

L'opposition autour de l'étiquetage des OGM reflète la dualité de la filière miel. La France importe plus de la moitié de ce qu'elle consomme. Les 25 000 tonnes de miel importées viennent principalement d'Espagne et de Belgique, qui importent eux-mêmes leur miel majoritairement de Chine. La Belgique s'est même spécialisée comme plateforme d'importation de miel chinois et de réexportation vers l'Europe. L'opacité sur son origine - permis par la mention « Mélange de miels originaires et non-originaires de la Communauté européenne » - convient à la multiplication des opérateurs... Une situation n'est pas sans rappeler celle de la filière viande, qui défraie aujourd'hui la chronique, d'autant que les méthodes de production du miel chinois sont beaucoup moins réglementées qu'en Europe et que les OGM y sont autorisés. Dans un tel système, les industriels ont tout intérêt à maintenir le flou sur l'information donnée aux consommateurs, que ce soit sur l'origine du produit ou sur la présence d'OGM.

Plusieurs pollens OGM autorisés en Europe

La donne est toute autre pour une majorité des apiculteurs français, qui sont extérieurs à la filière industrielle. Plus de la moitié du miel produit en France est commercialisé en vente directe, à laquelle s'ajoutent les 20% de miel vendus dans des magasins spécialisés. En outre, les cultures OGM étant interdites, tout comme les essais en plein champ, les apiculteurs français peuvent faire valoir un miel exempt d'OGM. Et s'il y a contamination, l'engagement de l'Union européenne à garantir la possibilité de maintenir une double filière doit permettre de trouver les responsables. C'est justement un des arguments des organisations apicoles opposées à l'amendement de Bruxelles. En contournant l'étiquetage des OGM, la Commission prive les apiculteurs de règles claires pour assurer la coexistence entre une production de miel non-OGM et des cultures OGM. Les apiculteurs se sentent d'autant plus lésés que les cultures OGM vont généralement de paire avec les pesticides, leur deuxième grand combat. Depuis que l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (Efsa) a incriminé mi-janvier les néonicotinoïdes dans la mortalité des abeilles, l'Unaf réclame en particulier l'interdiction de ces insecticides en France.

Enfin, la question du contrôle du pollen demeure. Le pollen OGM doit avoir reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour que le miel soit commercialisable. Le jugement de la Cour de justice européenne en 2011 - à l'origine de l'obligation d'étiquetage du pollen GM - est justement parti de la plainte d'un apiculteur autrichien qui a retrouvé dans son miel du pollen de maïs MON810. Interdit dans l'UE, ce pollen rendait son produit impropre à la commercialisation. Aujourd'hui, plusieurs pollens GM sont autorisés en Europe. Monsanto devrait prochainement obtenir l'AMM du pollen MON810 depuis que l'Efsa a statué sur sa non-toxicité pour la santé humaine.

Magali Reinert
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