Régime sec pour le bio. Après des années de folle croissance, la demande pour les produits bio se tarit, mettant en difficulté de nombreux agriculteurs qui sont désormais obligés de vendre leurs produits en conventionnel. Concurrencés par des produits locaux ou sans OGM moins chers, attaqués sur leurs valeurs sociales, les acteurs du bio demandent un soutien accru de l'État qui vient de débourser une aide dérisoire de 166 euros par ferme bio pour traverser la crise.
L’âge d’or du bio est-il déjà fini ? Après une période de forte croissance, enviée par tout le secteur agroalimentaire, la filière bio enregistre un ralentissement pour la deuxième année consécutive. Selon une enquête de NielsenIQ, les ventes de produits bio ont reculé de 7,4% en grandes surfaces en 2022. Côté enseignes spécialisées comme Biocoop, Naturalia ou Comptoirs de la bio, la baisse serait vertigineuse avec -12% de ventes, selon les données de deux enseignes.
"Nous avons un sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics qui laissent les structures économiques gérer seules les baisses de volumes, dans un contexte où nos collègues en conventionnel bénéficient régulièrement de plans d’aides (betteraves, porc, vin)", dénonçaient fin février plusieurs représentants de la filière dont la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB). 


Depuis, le gouvernement a débloqué des fonds. Et ils ne sont clairement pas à la hauteur des attentes. L’exécutif a alloué une enveloppe de 10 millions d’euros soit… 166 euros par ferme. "Vu l’ampleur de la crise en bio, pour les seules filières porcs, lait et fruits et légumes, nous avons besoin de 150 millions d’euros", a réclamé Mathieu Lancry, Président de Forebio qui a, avec trois autres organisations, symboliquement enterré la filière bio lors d’une conférence de presse au Salon de l’Agriculture. La confédération paysanne réclame, elle, une aide d’urgence de 15 000 euros par exploitant bio. 

Un litre de lait bio sur trois vendu en conventionnel



Difficile dans ce contexte de réussir à convertir 18% des surfaces utiles cultivées en bio d’ici 2027. Un objectif que s’est fixé l’État alors que le taux stagne à 10% aujourd’hui. "L’État doit respecter ses engagements en étant exemplaire avec le bio à hauteur de 20 % dans les cantines, donc il faut une montée en puissance", a plaidé Christiane Lambert, présidente du principal syndical agricole, la FNSEA. D’autant que face à une demande qui se tarit, les agriculteurs passés au bio ne trouvent plus de débouchés. Dans la filière lait, un litre bio sur trois est vendu comme du lait conventionnel selon le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière. Un manque à gagner colossal pour les éleveurs qui se sont convertis dans l’espoir d’être mieux rémunérés. 


Pire, en 2023, ce phénomène de déclassement (des produits bio vendus comme du conventionnel) pourrait atteindre 43%. Et la filière lait n’est pas la seule concernée. Jérôme Jacob, éleveur de porcs à Quimper et président de Bretagne Viande Bio (BVB) explique ainsi à l’AFP que les animaux qui ne peuvent être vendus sur le marché bio saturé sont écoulés sur le marché conventionnel. "Quand on déclasse, ça coûte à BVB 180 euros par porc", avance-t-il. Or une ferme bio emploie plus de personnel : pour 55 truies, deux emplois à plein temps et un mi-temps sont nécessaires "contre un salarié pour 100 à 120 truies en conventionnel", indique-t-il à l’Agence. 

200 magasins spécialisés bio ont fermés en 2022



Mais pourquoi les consommateurs boudent-ils le bio ? Si l’inflation et la crise du pouvoir d’achat sont évidemment des facteurs, Gil Kressmann, membre de l’Académie de l’agriculture de France évoque à Novethic une question de prix. "Le bio a toujours eu un problème de prix, cela limite le potentiel de développement du marché, avance-t-il. C’est un marché qui s’est banalisé, les acteurs du bio doivent retrouver des facteurs de différenciation mais ça sera difficile"


Entre le label Haute valeur environnementale (HVE), très critiqué par ailleurs, les produits locaux, régionaux, les mentions sans pesticide, sans OGM, sans huile de palme… la filière bio est concurrencée sur le créneau du " mieux consommer". Chez les enseignes historiques de la bio, c’est l’hécatombe. Près de 200 magasins ont fermé en 2022 selon le magazine Bio Linéaires, c’est particulièrement le cas pour Biocoop en Bretagne, territoire historique de l’enseigne. 


De manière générale, c’est une crise de confiance que traverse la filière attaquée sur ses valeurs. Manque de rémunération des producteurs, tomates en hiver, fruits de l’autre bout du monde… la déception est grande pour les consommateurs qui attendaient du secteur bio de la cohérence. Si les plus puristes se tournent vers des labels plus exigeants que le label AB comme Demeter par exemple, il n’est pas surprenant que les autres passent leur chemin. 
Marina Fabre Soundron


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