Publié le 15 novembre 2021

ENVIRONNEMENT

Face à la fronde, l’État suspend la privatisation de Grignon, le campus d’AgroParisTech

C'est un soulagement pour les élus, étudiants et associations qui militaient contre la privatisation du domaine de Grignon, haut-lieu de l'agronomie française et campus des ingénieurs d'AgroParisTech. L'État vient de suspendre sa vente au promoteur immobilier Altarea Cogedim pour "tenir compte du temps de concertation nécessaire". 

Nora Dollet grignon agroparistech
Les étudiants d'AgroParisTech se sont mobilisés contre la privatisation de Grignon.
Nora Dollet

La mobilisation a payé. L’État, par la voix de la préfecture des Yvelines, a annoncé le 15 novembre dans un communiqué mettre fin à son projet contesté de vente du domaine de Grignon (Yvelines), berceau de l'agronomie française, au promoteur immobilier Altarea Cogedim. "Afin de tenir compte du temps de concertation nécessaire, une nouvelle procédure de cession du site AgroParisTech de Grignon sera lancée au second semestre 2022", a précisé le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie.

"C'est une très bonne nouvelle, c'est le résultat d'un combat qui dure depuis cinq ou six ans et qui permettra, je l'espère, de retrouver un autre avenir pour le domaine de Grignon", a réagi auprès de l'AFP Georges d'Andlau, co-président de l'association Grignon 2000, opposée à cette privatisation. "Un autre dialogue devra s'ouvrir avec l'État vendeur et les collectivités locales", a-t-il ajouté.

La bétonisation contre la biodiversité

Le domaine de Grignon porte l’ADN de l’apprentissage agronomique. Situé à l’ouest de Paris, il domine avec son château du XVIIe siècle et ses centaines d’hectares de forêts et de terres agricoles. Ancien siège de la Société anonyme de l’Institution Royale Agronomique en 1826, le domaine accueillait jusqu’ici l’école d’ingénieurs agronomes AgroParisTech et des chercheurs. Mais l'école doit déménager pour rejoindre le grand pôle scientifique Paris-Saclay en 2022. Et la bataille pour lui succéder sur le site fait rage. 

En mars dernier, les étudiants se sont mobilisés craignant que le site ne soit cédé à des promoteurs immobiliers. "Je suis dévastée à l'idée de privatiser un domaine public depuis des générations. La valeur écologique du Parc est énorme, il permet non seulement de pratiquer directement sur le terrain mais sert également d'objet d'étude dans les autres écoles agronomiques de France", se désolait alors Nora Dollet, étudiante en première année à AgroParisTech. "La bétonisation met en péril un écosystème et une biodiversité unique. J'ai très peur d'imaginer des lotissements se construire là où nous étudions aujourd'hui", expliquait-elle.

"Méthode de consensus"

En septembre, la crainte des étudiants et des élus est devenue réelle. L’État a en effet retenu le projet d’Altarea Cogedim, qui était en concurrence notamment avec le projet alternatif "Grignon 2026", porté par une association d'anciens élèves de l'école soutenue par la communauté de communes Cœur d'Yvelines.  Selon les informations de Médiapart, l’affaire aurait été vendue pour 18 millions d’euros. Mais les journalistes ont mis à jour un dispositif de défiscalisation sur les monuments historiques et des montages financiers qui auraient réduit comme peau de chagrin les recettes de l’État. 

Contacté par Novethic, le ministère de l’Agriculture dit vouloir repartir sur de bonnes bases en s’appuyant sur une "méthode de consensus". Surtout, il indique que le projet de déménager AgroParisTech au pôle d’excellence de Saclay n’est lui, pas du tout remis en cause. Sur la manière dont le consensus va se traduire, le ministère reste pour l’instant évasif. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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