Publié le 20 juillet 2017

ENVIRONNEMENT

États généraux de l'alimentation : producteurs, transformateurs et distributeurs sont à couteaux tirés

Les États généraux de l'Alimentation s'ouvrent ce jeudi 20 juillet. Toutes les parties prenantes se rencontreront ensuite autour d'ateliers à partir d'août. Le premier objectif est de sortir de la crise agricole en répartissant mieux la valeur entre les producteurs et les distributeurs. Le second est de favoriser une alimentation saine, durable et accessible à tous. Cependant, cette dernière thématique risque fort d'être peu visible. 

Ce jeudi 20 juillet s'ouvrent les États généraux de l'alimentation promis par Emmanuel Macron lorsqu'il était candidat
FRED TANNEAU / AFP

C’est le Jour J. Ce jeudi 20 juillet marque le lancement officiel des États généraux de l’alimentation promis par Emmanuel Macron. Un signe fort pour une filière en crise. En 2016, un agriculteur sur deux a gagné moins de 350 euros par mois. Tous les deux jours, en France, l'un d'entre eux se suicide. Une détresse à laquelle veut remédier le Président de la République. "Je veux redonner un pouvoir de négociation aux producteurs face aux industriels", martelait Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle.

Tensions entre producteurs, transformateurs et distributeurs

Le premier gros chantier, qui débutera sous forme d’ateliers à la fin du mois d’août, concerne justement la création de la valeur dans la filière agro-alimentaire et surtout son équitable répartition. Une gageure alors les relations entre distributeurs, producteurs et transformateurs sont extrêmement tendues. "Nos revenus d’agriculteurs sont au plus bas alors que les marges de la distribution et de la transformation augmentent. Notre but est que nos produits de base soient mieux rémunérés. On est en dessous du coût de revient !", s’insurge Henri Bies Père, vice-président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Il ajoute : "On doit partir du coût de production pour définir un prix, et non l’inverse".

Du côté de la grande distribution, on accueille avec "bienveillance" ces États généraux. Mais pas question de les résumer à une guerre des prix. "La distribution ne peut pas se substituer à une politique agricole globale", résume un distributeur. Consciente, dit-elle, de son rôle, la distribution ne veut pas pour autant porter la responsabilité de la crise agricole. "C'est une crise globale, qui est due à plusieurs facteurs : la baisse de la consommation des produits d'origine animale, la baisse des cours mondiaux, une surproduction et une mauvaise réponse sur l'attente des consommateurs", résume la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD). Pour eux, il faut partir de la "fourchette à la fourche, et non de la fourche à la fourchette comme aujourd'hui". Comprendre : les producteurs agricoles produisent sans savoir ce que veulent les consommateurs.

Une alimentation durable, un thème relégué au second plan

La FCD attend également plus de transparence de toute la filière, et notamment des transformateurs, pour comprendre les difficultés rencontrées par les producteurs. En juin, lors de la crise des éleveurs laitiers, la FCD avait clairement accusé les transformateurs de ne pas jouer le jeu. "Malgré les efforts faits depuis le début 2017, les enseignes de la FCD n’ont aucune vision de qui est réellement reversé aux producteurs. Cette situation n’est plus supportable. Le produit intégral des efforts faits par les distributeurs doit être reversé aux éleveurs. Les enseignes de la FCD demandent donc aux transformateurs de prendre un engagement solennel de transparence (...)."

Ce 20 juillet, "toutes les parties prenantes seront représentées", assure l’entourage du ministre de l’Agriculture Stéphane Travert. L’occasion de commencer ces discussions avant le premier atelier d’août.

Une deuxième phase d'échange débutera en octobre. Elle sera tournée vers une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous. Le but est de changer un modèle à bout de souffle. "On a clairement l’impression que les acteurs ont conscience qu’on est au bout d’un modèle, d’une manière de faire, et qu’il faut changer les choses", estime l’entourage du ministre.

Un thème qui risque toutefois fort d’être relégué au second plan, la répartition de la valeur étant clairement une priorité. Le choix de commencer les États généraux par ce chantier n’est pas anodin vu sa complexité, assure le ministère.

Le gouvernement table sur des engagements volontaires, pas des réglementations

Pourtant les producteurs bio, eux, comptent bien montrer qu’une alimentation durable et saine est la voie à suivre. "Clairement, si on décortique notre modèle, il remplit les principaux objectifs de ces États généraux. Nos producteurs sont bien rémunérés, nous répondant aux attentes des consommateurs pour une alimentaire plus saine, nous créons des emplois, et participons à la transition écologique", résume Florent Guhl, directeur de l’Agence bio.

Chacun devra donc défendre ses positions et mettre de l’eau dans son vin pour aboutir à un consensus. Car l’État, lui, ne compte pas jouer l’arbitre. "S’il n’y a pas d’envie de construire ensemble, l’État se sera agité mais rien ne débouchera concrètement", prévient l’entourage de Stéphane Travert. Le gouvernement est clair : il ne compte pas légiférer et mise sur des "engagements volontaires".

Marina Fabre, @Fabre_Marina


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