Publié le 21 septembre 2018

ENVIRONNEMENT

Danone et Fleury Michon vont financer la transition agricole pour palier le désengagement de l’État

Plusieurs groupes agroalimentaires aident désormais les producteurs à s'engager vers une agriculture durable. Danone va par exemple reverser l'ensemble de son chiffre d'affaires du 21 septembre, soit environ 5 millions d'euros, à un fonds pour la transition agricole. Fleury Michon se porte garant des agriculteurs auprès des banques. Si ces initiatives sont saluées, elles sont le signe "d'un désengagement de l'État" dénonce la Confédération paysanne. 

Agriculture transition ecologie
Danone va reverser l'intégralité de son chiffre d'affaires du 21 septembre à des projets d'agriculture durable.
Pixabay

Une journée pour aider les producteurs à passer à une agriculture plus durable. C’est ce qu'organise Danone ce vendredi 21 septembre. Le groupe laitier va reverser la totalité de son chiffre d’affaires du jour à un fonds dédié à la transition agricole. Toutes les marques vont jouer le jeu et aideront ainsi les agriculteurs en contrat avec Danone à se convertir en bio, à réduire les pesticides, à améliorer le bien-être animal, à préserver durablement les sols…

Le groupe souhaite que d’ici 2025, 100 % des produits qu’ils cultivent dans l’Hexagone soient issus d’une agriculture "régénératrice" qui préserve les sols. Financer la transition agricole est donc une façon de sécuriser son approvisionnement en produits durables, répondant à la demande croissante des consommateurs. "Notre destin est lié à celui du monde agricole. Ce sont les 2 300 éleveurs et agriculteurs avec qui nous travaillons qui nous fournissent aussi notre matière première", explique à Novethic Laurence Peyraut, secrétaire générale de Danone. Et le groupe laitier n'est pas la seule entreprise agroalimentaire à s’engager dans cette voie.

Une question de sécurité d'approvisionnement pour les groupes 

Fleury Michon souhaite créer une vraie filière de porc bio en France. Aujourd’hui, le transformateur s’approvisionne au Danemark tant la production est faible dans l’Hexagone. Il faut dire que pour les agriculteurs, déjà largement endettés, une conversion vers le bio coûte cher. Et les banques ne suivent plus. "Fleury Michon n’a absolument pas les moyens de financer de nouvelles exploitations bio ou des conversions qui coûtent entre 500 000 et 1 million d’euros. Mais on veut que chaque membre de la filière prenne ses responsabilités", explique David Garbous, directeur Marketing du groupe.

Ainsi, l'industriel soutient les agriculteurs lors de leur demande de prêt auprès des banques. Il s’engage à acheter pendant cinq ans les produits vendus par cet agriculteur. "Si on est dans la boucle, cela rassure les banques", avance David Garbous. "Même si les résultats des États généraux de l’alimentation se font attendre, ils ont permis une vraie prise de conscience de la nécessité d’alliance entre tous les acteurs, pour changer de modèle".

"L'État a démissionné de ses fonctions" 

Des initiatives généralement saluées par les agriculteurs mais qui posent question sur l’engagement de l’État dans le financement de la transition agricole. "Est-il normal que ce soit aux acteurs privés de financer la transition ?", s’interroge Laurent Pinatel de la Confédération paysanne. "Cela montre que l’État a démissionné de ses fonctions ", fustige le porte-parole.

De fait, le gouvernement ne s’en cache pas, ce sont aux filières interprofessionnelles de mieux s’organiser pour à la fois rémunérer correctement les producteurs mais aussi monter en gamme. En septembre 2017, Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, avait d’ailleurs émis l’idée de créer un fonds privé dédié à la bio. "Cela peut être par exemple le fait qu’un industriel ou un distributeur sur un temps donné rogne sur une partie de sa marge pour créer ce fonds spécifique", avait-il proposé.

Le nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, semble être à l’unisson. Lors d’une séance de questions au gouvernement, il assure : "Je n'ai pas trouvé de pays dans le monde où l'économie administrée et étatisée aurait fait un champion de l'écologie. Nous avons besoin des entreprises pour mener la transformation écologique".

 

"Ce n'est pas aux privés de combler les défaillances de l'État", réagit la FNAB, Fédération nationale de l'agriculture bio. "C’est le monde à l’envers. Les entreprises vont financer la transition mais seulement dans quelques niches. Quand l’État, donc les citoyens, continuent de verser des subventions aux gros producteurs céréaliers à travers la PAC", lance Laurent Pinatel. "C’est toute l’agriculture qui doit changer de modèle, pas seulement certains segments de marché", ajoute-t-il. 

Marina Fabre @fabre_marina


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