Publié le 05 juin 2020

ENVIRONNEMENT

Coup de frein pour l'accord de libre échange UE-Mercosur après le rejet des députés néerlandais

Les députés néerlandais viennent de s'opposer à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur. Leur rejet marque un coup de frein à ce traité qui doit être ratifié par chaque membre de l'UE pour entrer en vigueur. Alors que la France s'était finalement opposée à cet accord pour des raisons environnementales, la Commission européenne peut difficilement pousser en sa faveur en pleine présentation du Green Deal. 

Manifestation anti mercosur GroupeFDSEA51
En juillet dernier, des manifestations organisées par la FNSEA, principal syndicat agricole, ont éclaté en France pour empêcher la ratification du Mercosur.
@Jean-PaulVinot-GroupeFDSEA51

"L’ère des accords de libre-échange est révolue". Voilà ce qu’a déclaré Esther Ouwehand, la dirigeante du parti animaliste des Pays-Bas après l’adoption d’une motion déposée par son parti, demandant au gouvernement de s’opposer au traité de libre-échange entre le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Venezuela) et l’Union européenne.  Le gouvernement néerlandais, qui n'a pas encore réagi, doit décider de suivre ou non le vote des députés, selon un porte-parole de la chambre à l'AFP mais ce vote est inédit. "C'est un signal politique : si même les Pays-Bas sont contre, ça va être difficile", concède une source européenne. 

Le texte doit être ratifié par l’ensemble des États membres pour entrer en vigueur. Or, plusieurs pays comme la Belgique, l’Irlande, le Luxembourg et la France se sont montrés récalcitrants depuis la signature officielle du traité il y a un an. En août dernier, alors que la forêt amazonienne partait en fumée, le président français Emmanuel Macron avait accusé son homologue brésilien Jair Bolsonaro d’avoir "menti" sur ses engagements en faveur de l’environnement. Le 23 août il annonçait que la France s’opposerait finalement "en l’état" au traité de libre échange UE-Mercosur.

Au-delà des questions environnementales, c’est aussi la question de la "concurrence déloyale" sur les sujets agricoles qui est particulièrement pointée du doigt. La FNSEA, le principal syndicat agricole français s’oppose farouchement à son adoption déplorant que la France souhaite importer une agriculture qu’elle ne veut pas produire sur son territoire. "À quoi bon demander en France et en Europe une montée en gamme en termes de qualité et de respect de l'environnement si c'est pour importer des produits contraires à cet effort ?", s’interrogeait le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA). 

La Commission repousse officieusement la ratification

Le rejet des Pays-Bas a surpris les experts tant le pays est historiquement ouvert aux traités de libre-échange. "Cette décision met en péril le plus grand accord commercial jamais conclu par l'UE" et "place le gouvernement néerlandais dans une position très difficile", estime Raoul Leering, analyste chez ING. D'un côté, "exiger que la Commission européenne renégocie un accord qui a pris vingt ans de négociations nuirait à la réputation" à Bruxelles de La Haye, explique-t-il. De l'autre, "il est également difficile" d'ignorer le vote au parlement.

En pleine présentation du Green Deal européen, le fameux plan de relance verte, il paraît de toute façon peu probable que la Commission défende le Mercosur, considéré comme un traité très impactant sur l’environnement, dans la même période. "Ce serait suicidaire de la part de la Commission de sortir le Mercosur maintenant, avec leur plan de relance à défendre", estime une source européenne. Selon l’AFP, la Commission espère accélérer le processus de ratification dans la deuxième moitié de l'année 2020, moment où l'Allemagne exercera la présidence tournante de l'UE. L'idée est notamment d'éviter que cet accord ne s'immisce dans la campagne présidentielle française de 2022, pays où il est particulièrement mal vu par les agriculteurs.

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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