Publié le 17 janvier 2020

ENVIRONNEMENT

Poids économique et culturel : Le gouvernement a renoncé à s'associer au mois de janvier sans alcool

En France, chaque année, l'alcool tue 41 000 personnes. Pour prévenir ce désastre, des associations ont lancé le Dry January, un mois de janvier sans alcool. Mais le projet n'a pas reçu le soutien du gouvernement. En cause, le poids des lobbys de l'alcool mais aussi le poids culturel du vin dans l'Hexagone. Une bienveillance dont ne bénéficie pas le tabac, taxé pour mieux limiter son accès.

La france a un probleme avec alcool
La France a une histoire profonde avec le vin. Une histoire de terre et une histoire économique.
CC0

C’est un enjeu de santé publique majeure. La France est un des pays au monde où l’on consomme le plus d’alcool. Selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) 41 000 décès sont attribuables dans l’Hexagone, chaque année, à l’alcool. 23,6 % des Français en consomment trop : ils dépassent le seuil des 10 verres par semaine. Dans ce contexte, Santé publique France devait organiser une opération équivalente au Mois sans tabac. L’idée était de lancer une campagne pour inciter les Français à se passer d’alcool pendant un mois, en janvier. Mais patatra, le "Dry January", "Janvier sec", se fait sans l’appui du gouvernement, le Président de la République s’y étant opposé.

L’information est tombée le 14 novembre, sur le site Vitisphère. Lors d’un déjeuner avec les présidents du Comité Champagne à Épernay, Emmanuel Macron se serait "fermement opposé à la tenue d’un janvier sec". Pour les associations de lutte contre les addictions, cette position résulte de la pression du lobby alcoolier. L’Anev, l’Association nationale des élus de la vigne et du vin, avait d’ailleurs publié une semaine plus tôt un communiqué demandant au gouvernement "de ne pas poursuivre cette initiative" qui "semble privilégier une abstinence totale en matière de consommation d’alcool et donc de vin"

Le poids culturel du vin

"La Fédération Addiction condamne l’absence d’une concertation organisée, cela a favorisé l’influence de lobbys qui ont conduit à cet abandon. Il serait temps de réapprendre à se parler, sans diabolisation partisane ou petites lâchetés politiciennes qui produisent de l’inertie", a réagi la Fédération Addiction. "L’opération envisagée restera une année de plus dans les tiroirs des pouvoirs publics (…) Les problèmes liés aux alcoolisations massives des jeunes ou les 40 000 morts prématurées liées à l’alcool méritaient autre chose qu’une dérobade", défend la Fédération. 

Il faut dire qu’en France l’alcool bénéficie d’une bienveillance "culturelle". "Le vin n’est pas un alcool comme les autres", défendait encore en avril le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, avant d’être repris par la ministre de la Santé Agnès Buzyn rappelant que "la molécule d’alcool contenue dans le vin est exactement la même que celle contenue dans n’importe quelle boisson alcoolisée".

"On met de véritables taxes sur le tabac, mais pas sur l’alcool"

La France a bien sûr une histoire profonde avec le vin. Une histoire de terre et une histoire économique. En 2018, l'Hexagone a été le premier exportateur de vin dans le monde, en termes de valeur. Un enjeu économique primordial pour la France. Ce qui explique notamment l’écart de traitement entre la prévention contre le tabagisme et celle contre l’alcoolisme. Le gouvernement a ainsi actionné le levier taxation pour le premier. Le prix d’un paquet de cigarettes est près des 10 euros.

"On met de véritables taxes sur le tabac, mais pas sur l’alcool parce que cette industrie est très puissante en France", explique à Slate Amine Benyamina, président de la Fédération française d’addictologie (FFA), "Si l’État mettait des taxes, les prix augmenteraient et l’accès à l’alcool serait plus difficile pour les jeunes, ainsi que pour les personnes nécessiteuses ayant des problèmes avec l'alcool. La cocaïne est consommée par les jeunes depuis que son prix a été divisé par dix en dix ans."

Marina Fabre, @fabre_marina


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