Publié le 10 mars 2010

ENVIRONNEMENT

Des industriels encouragent une production laitière durable

Les produits laitiers « bio » et « responsables » séduisent de plus en plus de consommateurs. Mais face à cette demande croissante, l'offre ne parvient pas à s'adapter. Certains industriels mettent donc en place des politiques de conversion à l'agriculture biologique ou durable avec les producteurs. Exemples avec Les 2 Vaches et Ben & Jerry's.

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Une marque biologique et responsable

Depuis l'harmonisation européenne du label AB, effective au 1er janvier 2009, les pays de l'UE n'ont plus le droit de compléter le cahier des charges européen par des règles nationales plus contraignantes. À l'initiative de la Fédération nationale de l'agriculture biologique, une nouvelle marque privée, élaborée par l'association Alternative Bio 2009, verra donc le jour en avril 2010. Le cahier des charges de cette marque, dont le nom est encore inconnu, sera plus contraignant que celui du label européen, notamment en termes de critères sociaux.

Les producteurs de lait ont symboliquement enterré leur profession. Dès le premier jour du Salon de l'Agriculture, lundi 8 mars dernier, ils étaient plus d'un millier à dénoncer la dérégulation du marché européen qui a conduit à la chute des prix. D'après Pascal Massol, président de l'Association des producteurs de lait indépendants, « aujourd'hui, 98% des producteurs perdent de l'argent. »

Mais en marge de cette crise, un segment de marché se développe considérablement ces dernières années : la transformation de produits laitiers issus de l'agriculture biologique. D'après l'Agence Bio, leurs ventes en grandes surfaces ont triplé en 10 ans et leur fabrication a augmenté de plus de 70% depuis 2007. Or, le fossé entre cette demande grandissante et l'offre en produits laitiers bio ne cesse de se creuser. Pour pallier cette lacune en évitant un recours massif aux importations, certains industriels du secteur mettent donc en place des partenariats avec les agriculteurs locaux pour soutenir leur conversion à l'agriculture biologique.

Conversion

Car si l'ambition du Grenelle est bien d'accélérer cette conversion, la coordination entre les différents acteurs de la filière peine à se développer. Bilan : les industriels prennent les devants. C'est le cas de l'enseigne Les 2 Vaches, du groupe Danone. Son idée: mener une vaste opération de soutien auprès des fermiers conventionnels présents dans la zone de collecte, autour de l'usine de fabrication du Molay en Normandie, en s'engageant à vendre leur production aux autres marques du groupe Danone pendant les deux années nécessaires à la reconversion. Depuis la création de ce programme il y a un an et demi, une quinzaine de producteurs y ont adhéré.

Concrètement, les fermiers sont d'abord conviés à visiter des exploitations biologiques, avant de se voir proposer un diagnostic, établi par les membres des groupements d'agriculteurs bio régionaux, qui évalue leur capacité à se convertir. Si l'agriculteur souhaite s'investir dans la démarche, il est ensuite encouragé à se former aux pratiques spécifiques de l'agriculture bio. Enfin, la marque s'engage par contrat sur une durée de 7 ans à acheter la production à un prix supérieur à celui du marché conventionnel. Comme l'explique Daniel Tirat, directeur général des "2 Vaches", « il faut d'abord convaincre les fermiers dont les terres sont propices à la reconversion, car on leur demande tout de même de changer de métier ! Passer du conventionnel au bio suppose de revoir complètement leurs méthodes de travail. C'est un engagement qui bouleverse leur quotidien. » L'entreprise bretonne de transformation laitière basée Triballat Noyal, qui détient les marques Vrai et Sojasun, propose également un dispositif similaire.

Sensibiliser les producteurs aux pratiques responsables

Mais la conversion à l'agriculture biologique suppose des efforts parfois insoutenables économiquement. D'autres enseignes ont donc préféré promouvoir une production laitière raisonnée, qui respecte également des pratiques sociales responsables. Ben & Jerry's collabore par exemple avec les fermiers hollandais voisins de son usine de fabrication, les chercheurs de l'université de Wageninger et les organisations de protection de la nature WWF et SNM au sein du programme "Caring Dairy", lancé en 2003.

Accompagnés par les chercheurs de l'Université, les fermiers déterminent leur « niveau de développement durable » suivant onze indicateurs*. Ils élaborent ensuite un plan d'action à mener. Ben & Jerry's offre alors une prime de 0,5 €/100L aux fermiers qui s'engagent dans ce dispositif, puis 0,5 €/100L supplémentaires à ceux qui pratiquent le pâturage. Expérimenté par onze producteurs entre 2003 et 2007, le programme "Caring Dairy" accueille désormais plus de 500 exploitants. « Aujourd'hui, 95% de nos approvisionnements en lait et crème sont issus d'exploitations adhérentes au programme », indique Julia Perroux, responsable de Ben and Jerry France. Si la marque ne s'est pas orientée vers un dispositif de soutien à la reconversion en agriculture biologique, c'est selon elle « parce qu'il s'agit surtout de trouver un équilibre économique entre la qualité des produits, la préservation de l'environnement, les pratiques sociales et le bien-être animal. » Un avis qui rejoint celui de Dominique Marion, président de la Fédération nationale de l'agriculture biologique : « la démarche de la marque "Les 2 Vaches" est intéressante, mais nous attendons de voir si elle est créatrice de nouveaux rapports sociaux dans les relations commerciales entre producteurs et industriels. »

*Fertilisation et protection des sols, érosion, nutriments, pesticides, biodiversité, viabilité économique, dépendance énergétique, gestion de la ressource en eau, développement humain, impact sur l'économie locale et bien-être animal

Anne Farthouat
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