Publié le 30 août 2019

ENVIRONNEMENT

[Décryptage] Le risque "déforestation Amazonie" pèse déjà sur l’industrie agroalimentaire

L’intensification des feux en Amazonie, a permis de mieux comprendre non seulement les conséquences dramatiques de la déforestation en termes de climat et de biodiversité mais aussi ses causes : la production extensive de bœuf et de soja au Brésil. Cette dernière est passée, en 20 ans, de plus de 20 millions à 120 millions de tonnes par an, dont plus de la moitié est exportée

Deforestation Amazonie Khlongwangchao
La forêt amazonienne est coupée pour laisser la place à des plantations de soja et des élevages de bœufs.
@Khlongwangchao

Les investisseurs responsables les plus engagés travaillent sur lesdites causes pour "faire leur part" de pression dans la lutte contre la déforestation. Leur principal moyen d’action est l’engagement actionnarial. KLP, le plus gros fonds de pension norvégien a, par exemple, annoncé qu’il allait intensifier son dialogue avec les entreprises acheteuses de soja brésilien dont il est encore actionnaire.

C’est le cas des quatre multinationales qui dominent le monde des matières premières agricoles qu’on appelle les ABCD, A pour ADM, B pour Bunge, C pour Cargill et D pour Dreyfus. KLP détient leurs actions pour un montant de 50 millions de dollars. En revanche, HLP exclut de son portefeuille l’entreprise la plus controversée, la compagnie brésilienne JBS. Il s’agit du plus gros producteur mondial de viande, mais elle a été mise de côté par le fonds de pension norvégien à cause d’un énorme scandale de corruption en 2017.

Risque "Déforestation Amazonie"

Si le fonds de pension norvégien parle avec les entreprises, il vient d’annoncer qu’il souhaite prendre la tête de la mobilisation des investisseurs auprès du monde des affaires et du gouvernement brésiliens pour leur demander de mettre en place des stratégies de lutte contre la déforestation. KLP a déjà entamé des discussions avec des géants mondiaux de la finance comme Blackrock, JP Morgan, HSBC, Bank of America ou Citigroup.

Ce qu’on pourrait appeler le risque "Déforestation Amazonie" est donc en train de devenir une réalité pour les géants de l’agroalimentaire. L’alerte mondiale est lancée sur les conséquences néfastes de leurs activités qui ne se limitent pas à la déforestation. La production massive et industrialisée de viande et de soja, pose d’autres problèmes environnementaux pour le climat mais aussi la santé.

Des pratiques jusque-là tolérées, voire encouragées par le gouvernement brésilien, peuvent devenir insoutenables à l’échelle de la planète pour les consommateurs et leurs gouvernements. Ils peuvent changer les règles du jeu et provoquer des disruptions majeures dans le secteur de l’industrie agroalimentaire qui verrait une part importante de sa valeur financière s’évaporer. C’est là que les risques dits extra-financiers deviennent financiers. Seule solution pour y échapper : entamer une transition crédible et rapide des modèles de production.

Incapable de relever le défi

Dans le domaine agroalimentaire, l’investisseur britannique Jeremy Coller a lancé l’alerte depuis plusieurs années. Il est à l’origine d’une initiative appelée FAIRR pour "risques et profits de l’investissement dans les fermes animales". Ce réseau rassemble plus de 160 investisseurs qui pèsent plus de 16 000 milliards de dollars. Il passe au peigne fin les pratiques de plus d’une centaine d’entreprises de l’agroalimentaire et utilise ensuite cette analyse pour faire de l’engagement actionnarial qui consiste à les pousser à améliorer leurs pratiques.

La conclusion de Jeremy Coller est sans appel : "L’industrie de l’élevage est incapable de relever le défi. Aucun des 50 plus grands fournisseurs de viande et de produits laitiers ne s'est doté d'une politique globale de lutte contre la déforestation couvrant toutes les régions à haut risque !" Il conseille donc aux investisseurs de long terme et donc aux épargnants d’investir plutôt dans les entreprises qui proposent des alternatives à la viande et des modes de production plus durables. C’est ce que veulent les Millenials, consommateurs de demain mais les feux de l’Amazonie pourraient encourager leurs parents à les rejoindre plus rapidement que prévu !

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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