Publié le 09 août 2011

ENVIRONNEMENT

Climat, biodiversité : les atouts de l'agroforesterie

L'agroforesterie - association sur une même parcelle d'arbres et de cultures - présente de nombreux atouts face aux défis environnementaux actuels : régénération des sols, biodiversité, réductions des engrais et pesticides, lutte contre le réchauffement climatique. Les expérimentations se multiplient dans l'Hexagone.

132817_GF.jpg

© Agroof

Le plus important projet expérimental d'agroforesterie en agriculture biologique jamais conduit à ce jour dans l'Hexagone a démarré cet hiver sur le site de la Bergerie de Villarceaux dans Vexin. Sur ce domaine expérimental de 600 ha, deux îlots de 72 ha sont dédiés au projet agroforestier. 1080 arbres de 15 essences différentes sont en cours de plantation : frênes, merisiers, érables champêtres, ormes, noyers, pommiers, noisetiers, châtaigniers, tilleuls ... Bientôt les interactions entre arbres et cultures dans un contexte d'agriculture biologique vont être étudiées à la loupe. Ce projet, fruit d'un partenariat entre La Bergerie de Villarceaux et Agroof, bureau d'études spécialisé en agroforesterie, associe de nombreux acteurs (INRA, Arvalis, l'ONF, le Parc Naturel Régional du Vexin ...)

Retour vers une pratiqe ancienne

Objet de toutes les attentions dans ce projet, l'agroforesterie n'est pourtant pas une technique nouvelle. Elle est pratiquée depuis longtemps dans de nombreuses régions avec, selon les cas, des associations d'arbres et de cultures ou/et d'arbres et d'élevage. Depuis les années 50 avec le recours massif aux engrais chimiques et aux pesticides, les surfaces cultivées en agroforesterie s'étaient pourtant considérablement réduites ; le modèle dominant reposant sur une séparation nette des espaces agricoles et forestiers. Aujourd'hui la donne change. Dans bon nombre de régions, les rendements agricoles se stabilisent, voire commencent à baisser. Dans le même temps, le prix des intrants ne cesse d'augmenter. Les problèmes liés à la pollution des eaux et les effets néfastes du recours aux pesticides se font de plus en plus pressants. Dans un tel contexte, les réflexions et expérimentations fourmillent pour initier d'autres méthodes de production agricole. L'agroforesterie commence à être remise à l'honneur.

Aides et admissibilité dans la PAC

S'il reste environ 150 000 ha cultivés en agroforesterie traditionnelle (en majorité des pré-vergers), « le changement récent, c'est la réintroduction d'alignements d'arbres dans les espaces de grandes cultures », explique Séverin Lavoyer, vice-président de l'AFAF (Association française d'agroforesterie). « Nous sommes aujourd'hui à un moment charnière pour le développement de l'agroforesterie ». De fait, en 2010, les évolutions de la réglementation ont été très importantes : dans le calcul des surfaces agricoles ouvrant droit à des aides directes, il est désormais possible pour des agriculteurs d'inclure les surfaces plantées en agroforesterie, les parcelles agroforestières étant admissibles intégralement aux DPU (droits à paiement unique) et autres aides compensatoires ce qui n'était pas le cas auparavant. « Cette admissibilité dans le cadre de la PAC était un point clef à régler pour le développement des futurs projets », insiste Séverin Lavoyer. Les investissements réalisés dans le cadre de projets agroforestiers peuvent aujourd'hui bénéficier de subventions (jusqu'à 80% des dépenses éligibles) tandis que d'un point de vue juridique et fiscal, les parcelles agroforestières relèvent désormais du statut agricole. « L'arbre est bel et bien en train d'être reconnu comme faisant pleinement partie du système de production agricole », se félicite Fabien Liagre, responsable d'Agroof, un bureau d'études spécialisé en agroforesterie.

Ce n'est pas tout. Le Club Carbone Forêt Bois - fondé il y a quelques mois pour étudier comment valoriser le carbone séquestré par les forêts des pays industrialisés - va inclure l'agroforestrie dans ses réflexions. L'objectif : rémunérer les services climatiques rendus par la forêt, obtenus notamment grâce à une gestion durable des acteurs. Enfin, compte-tenu de la réglementation applicable par les agriculteurs sur la préservation de la ressource en eau, la protection de la biodiversité ou encore la lutte contre l'érosion des sols, et étant donné tous les services rendus par les arbres sur ces problématiques, certains avancent un potentiel de développement pour l'agroforesterie très important, de l'ordre de 500 000 ha, voire plus.

Cet article a été initialement publié le 10/05/2011

Juliette Lakits
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Agriculture

Avec ou sans pesticides, bio ou OGM, les modes de production agricole jouent un rôle déterminant sur la biodiversité et la pollution. Le développement massif de monocultures comme celle de l’huile de palme dans certaines régions entraine des problèmes variés dont la déforestation.

Vache Ideale Egerie salon de l ariculture 2020 SIA2020

Salon de l'agriculture : entre financiarisation des terres et bas revenu, le métier d’agriculteur en voie de disparition

Le Salon de l'agriculture vient d'ouvrir ses portes à Paris. Cette grande fête de la ruralité cache toutefois une préoccupante réalité. Les agriculteurs sont de moins en moins nombreux en France. En 30 ans, leur nombre a été réduit de moitié. Et la situation devrait s’aggraver avec un nombre massif...

Salon de l agriculture 1964

[À l’origine] Le salon de l’Agriculture, un héritage du XIXe siècle

Devenu un rendez-vous incontournable des femmes et hommes politiques, le Salon de l’Agriculture a été créé en 1964 sous la présidence du Général de Gaulle par le ministre Édgard Pisani. Mais son origine est bien plus lointaine. Le Salon est l’héritage des concours "des animaux gras" de 1844 dont le...

Danone transition agroalimentaire YURI KADOBNOV AFP

Danone veut être moteur de la transition agroalimentaire en France

C’est un géant du secteur et il entend bien profiter de ce statut pour faire bouger les lignes. Danone, qui modifie à tour de bras ses recettes pour les alléger en sel, additif ou colorant, est l'un des leaders du bio. Pour assurer son approvisionnement en France, il a investi 40 millions d'euros...

Taxe viande

Des eurodéputés et ONG veulent ajouter une taxe sur la viande dans le Green Deal européen

Après la taxe sur les carburants, voici la taxe sur la viande pour lutter contre le réchauffement climatique. Un rapport, porté par des ONG néerlandaises et soutenu par quelques eurodéputés, remis au Parlement européen, évalue les avantages économiques et écologiques d'une taxe sur la viande. Pour...